Eric Zemmour, ou le périmètre des violences sexuelles

« Moi je connais des jeunes femmes qui n’osent pas sortir en robe, qui n’osent pas sortir en jupe, car elles se font cracher dessus, dans d’innombrables quartiers, pas plus loin que des banlieues parisiennes que je connais »

Eric Zemmour sur BFM-TV

Mediapart vient de lancer une enquête journalistique suite à deux témoignages qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux, de la part de l’élue Gaëlle Lenfant et de l’autrice Aurore Van Opstal : https://www.mediapart.fr/journal/france/290421/violences-sexuelles-plusieurs-femmes-accusent-eric-zemmour

Celui qui a fustigé à haute voix le mouvement #MeToo, qui affirme que le machisme est « un terme idéologique ostracisant un comportement masculin authentique naturel », qui défend la nécessité pour l’homme d’être « un prédateur sexuel civilisé », a étrangement déploré, suite à l’agression qu’il a lui-même subi dans l’espace public, les violences sexuelles que subissent les femmes de la part des « islamo-racailles ». Il avait déjà fait, en 2017, le lient entre harcèlement de rue et migrants, et l’année dernière entre viols et mineurs étrangers. Le machisme serait donc un terme « idéologique » s’agissant des blancs, et un fait réel s’agissant des migrants.  

C’est tout le sujet de l’instrumentalisation raciste et classiste des violences faites aux femmes. Elles seraient le fait des hommes étrangers ou des hommes perçus comme non éduqués, peu diplômés. Quand elles sont commises dans l’espace public qu’occupent les prolétaires ou les habitants des quartiers populaires, elles sont identifiées comme telles. Quand elles sont commises dans les espaces que fréquentent les classes moyennes, les riches, les puissants, les intellectuels, les influents, le débat bifurque vers la désignation de comportements déviants individuels, et non d’un fait de société systémique. Pire, il s’offusque qu’on criminalise ce qui ne serait que de la drague lourde ou maladroite, et le danger que représente le féminisme pour les rapports femmes-hommes. C’est ce qu’on perçoit ici dans la bouche d’un seul homme, Eric Zemmour, qui nomme et déplore les délits et crimes sexuels commis dans la rue, qui seraient le fait de migrants et d’islamo-racailles, situant son discours sur un terrain voire un champ lexical féministe, alors même qu’il dénigre ou nie la réalité de ces violences, leur caractère patriarcal, dès qu’elles se déroulent ailleurs que dans les « zones rouges ». Des violences qu’il commettrait lui-même, si on en croit les nombreuses accusations qui commencent à occuper le débat public.  

Dès l’annonce du projet gouvernemental de cartographier ses zones rouges du harcèlement de rue, des féministes se sont insurgé en rappelant que les violences sexistes sévissent partout, dans tous les lieux, tous les milieux. Propos dégradants, harcèlement, agressions et viols se déroulent autant dans les rues que dans les bars, les bibliothèques, les lieux de travail, les couloirs de l’Assemblée, l’ascenceur de TF1, le bureau du maire de Tourcoing, les réunions politiques, les soirées étudiantes, les organisations militantes, les festivals, les cours de récré, les plateaux télé, les programmes de télé-réalité où des scènes de violences sexuelles sont conservées au montage (Les vacances des anges saison 1 épisode 36), et bien sûr au sein des familles. Les femmes apprennent à les supporter, à les encaisser, à ne pas les dénoncer, les identifiants comme une fatalité dans la vie d’une femme. Que c’est à elles à prendre des dispositions pour les éviter.   Parmi tous ces lieux listées ci-dessous, qui forment une seule zone rouge appelée Société, un seul type de harcèlement est géographiquement déterminé jusque dans son appellation, le « harcèlement de rue ». Pourquoi cette exception ? Car il faut en faire un sujet exceptionnel, primordial en comparaison aux autres, au service d’objectifs politiques et sécuritaires bien précis.

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Le Parlement adopte définitivement la loi Sécurité Globale
La loi est passée au mépris de la forte mobilisation qui a rassemblé des dizaines de milliers de manifestant-es partout en France le 21 novembre 2020 pour dénoncer les atteintes à nos libertés fondamentales. La loi va être examinée au Conseil constitutionnel, seul contre-pouvoir capable de s’opposer à cette évolution législative liberticide : usage des drones, déploiement de caméras piétons par les agents de police, vidéosurveillance généralisée. Nous avions néanmoins forcé Gérald Darmanin à reculer sur l’article 24 qui menaçait la liberté de la presse. Devenu l’article 52, il n’y est plus directement question d’interdire la diffusion d’image, mais d’interdire la “provocation à l’identification”, interprétation volontairement floue qui peut encore nuire à nos libertés.  

#SayHerName #BlackLivesMatter
Ma’khia Byrant, 16 ans, a été attaquée chez elle dans l’Ohio. Elle a appelé la police de Colombus pour qu’on vienne la sauver. Lorsqu’ils sont venus, l’un des policiers l’a tuée de 4 balles dans le torse. Au même moment, des milliers de personnes célébraient à Minneapolis la Justice rendue à George Floyd par la condamnation de son tueur Derek Chauvin. L’euphorie n’aura été que de courte durée, entachant par le sang cette date historique.  

Les fascistes à l’assaut
Le Rassemblement lyonnais pour la fierté lesbienne a été attaqué par une cinquantaine de fascistes, qui sont arrivés en courant armés de panneaux de signalisation et de barres de fer. Ils avaient prémédité leur assaut annoncé sur un canal Telegram d’extrême-droite, Ouest Casual.

Ce climat de violences ciblant les militant-es lyonnais-es ne fait que monter crescendo : le 7 mars à la manifestation féministe, une cinquantaine de fascistes ont tenté une attaque, heureusement repoussée. Le 20 mars, la librairie anarchiste la Plume noire a été à son tour prise d’assaut. Le 3 avril, la manifestation antifasciste en soutien à la Plume noire a été (honteusement) interdite par la Préfecture.

Quelle est cette facilité avec laquelle l’extrême-droite lyonnaise a la possibilité de se réunir à plus de cinquante, traverser la Saône, rejoindre la place et rôder après l’attaque pendant plusieurs heures sur la Presqu’île, sans être inquiétée ? Pourquoi le local de Génération identitaire, La Traboule, est encore ouvert malgré leur dissolution ?  

Ce danger s’illustre également par divers événements inquiétants au niveau national : Nazis dans l’armée, tribune de militaires menaçants, jeune homme arabe victime d’une tentative de meurtre aux cris de « sale bicot », jeune racisé ayant perdu son emploi parce qu’il a dit à un professeur que les esclaves africain-es l’étaient dès le bateau négrier français, jeune racisé tabassé et violé en garde à vue.  

#FreeBritney
Britney Spears passe devant la juge dans le cadre de son procès contre son père, afin de lever la tutelle qu’elle subit depuis plus de 13 ans. Un youtubeur a retracé cette histoire hallucinante.
 Pétition contre la répression
Contre l’acharnement qu’inflige la RATP à Ahmed, qui a dénoncé et combattu les violences sexistes et sexuelles commises dans l’entreprise, signez et faites tourner la pétition #TousAhmed

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