#metoo violences sexistes, #metooinceste, #metoogay. Quelle libération de la parole sur les réseaux sociaux ?

TRIBUNE DANS L’HUMANITÉ – 18 février 2021 : https://www.humanite.fr/metoo-violences-sexistes-metooinceste-metoogay-quelle-liberation-de-la-parole-sur-les-reseaux-700302

Gabriel Matzneff sort un livre, et ce n’est pas étonnant. Depuis très longtemps, l’écrivain ne vit pas tant de ses succès commerciaux que de la puissance du réseau d’entraide qu’ont tissé ses admirateurs autour de lui. Autant de largesses qui lui permettaient de vivre, de sévir, puis de vendre le conte-rendu de ses crimes en toute impunité. Ce n’est donc pas la première fois que l’écrivain se sert de ses victimes pour vivre. Comme il a vécu jadis de « La prunelle de mes yeux » (pour ne pas dire La poule aux oeufs d’or), il vend aujourd’hui « Vanessa-virus » à prix d’or, lançant une souscription proposant à ses donateurs un exemplaire à 100€, 650€ s’il est dédicacé. Pourquoi ? Parce qu’il se trouve encore des personnes qui seraient fières d’acheter la dédicace d’un homme connu pour avoir violé je ne sais combien d’enfants dans je ne sais combien de continents. Et si l’écrivain s’est senti légitime de proposer ce manuscrit à des éditeurs, c’est que pour lui, nous n’avons ici à faire qu’à un débat, une controverse, et c’est à ce titre qu’il pense que le livre de Vanessa Springora, « Le consentement », appelait une quelconque réponse de sa part.

Pour l’instant, les éditeurs l’éconduisent et beaucoup de soutiens le lâchent, sauf quelques irréductibles. Cela ne veut pas dire que la société française est enfin prête à enterrer l’icône factice d’une Lolita manipulatrice, enfant maudite, sirène enchanteresse qui provoque le malheur des vieux marins. Car même si la pédocriminalité est un interdit ultime, un tabou haï, elle n’en est pas moins largement tolérée dès que l’opinion trouve le prétexte de désinnocenter la victime. Instable. Provocante. Précoce. “Plus une enfant”, dirait Finkielkraut.

La prochaine étape, et pas des moindres, sera de dépasser le déni français. On a d’abord voulu se convaincre que de telles déviances ne concernaient que des monstres marginaux, des hommes peu éduqués, psychopathes, homosexuels longtemps accusés d’avoir une attirance particulière pour les enfants. À présent que les médias montrent les visages coupables d’hommes éduqués, insérés dans la société, ne semblant souffrir d’aucune pathologie, certains ont voulu faire croire qu’on avait affaire à un courant de pensée particulier, une culture de la complaisance qui n’aurait connu son apogée que dans la gauche libertaire post-soixant-huitarde. Depuis, Robert Retout, conseiller régional du RN, a été mis en examen pour viols sur sa belle-fille de 12 ans. Enfin, certains ont affirmé qu’il s’agit d’une époque, “autres temps, autres moeurs”, et que cette époque est révolue. Pourtant, la fameuse vidéo où l’on voit Ardisson, Beigbeder et Matzneff plaisanter sur les gamines de 12 ans et demi avec qui ils aimeraient eux aussi finir au lit ne date pas des années 60, 70 ou 80. Elle date de 1995. Il y a un an, le monde du cinéma couronnait Roman Polanski aux Césars, soutenant la thèse selon laquelle Samantha Geimer, alors âgée d’un peu plus de 13 ans, était peut-être consentante. C’est la courageuse Adèle Haenel, elle-même ancienne victime d’un pédocriminel, qui avait été conspuée pour avoir quitté la cérémonie. 

Des Matzneff et des Polanski, il y en a des milliers, des connus et des anonymes, au sein de la famille et en dehors, et des milliers de procès les absolvent chaque jour, n’arrivant pas à trancher si les gamines de 14 ans, 13 ans, 12 ans, 11 ans, étaient consentantes ou pas. Les violences sexuelles concernent toutes les classes sociales, sévissent à gauche comme à droite, et n’en déplaise à certains journalistes, oui, la concentration d’hommes dans des lieux de pouvoir, politique, économique, artistique, culturel, favorise le passage à l’acte, l’omerta, la dédramatisation, l’impunité.

Suite aux vagues successives de témoignages qu’on porté les hashtag #MeToo, MeTooGay, MeTooInceste ou SciencesPorcs, il n’est plus temps de nier le caractère structurel et massif des violences masculines qui se nourrissent de la culpabilisation des victimes, de leur isolement, de notre accoutumance à ces violences qui nous poursuivent depuis la puberté voire l’enfance, le tout pour maintenir un ordre social : l’hétéropatriarcat. Éric Dupont Moretti a annoncé la création d’un crime de pénétration sexuelle sur mineur-e de 15 ans par un adulte, tant mieux, nous étions très déçues que le Sénat ait fixé l’âge minimum de consentement à 13 ans, mesure qui n’aurait été d’aucune utilité aux victimes dont on a entendu les prénoms dans les récentes affaires. Julie avait plus de 13 ans au moment des faits. Vanessa Springora avait 14 ans. Le jeune Kouchner avait 14 ans. Isabelle Demongeot avait 14 ans. Samantha Geimer avait 13 ans et demi. Leurs procès auraient quand même dû faire la démonstration qu’il y a eu violence, menace, contrainte ou surprise pour caractériser le viol. Nous continuons néanmoins à réclamer que cet âge soit de 18 ans si l’agresseur est un parent ou une personne ayant autorité sur la victime.

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