Affaire Assange : Points sur les « i »

Merci à Sophie Péchaud d’avoir produit la note dont j’ai extrait ces passages :

19 mai 2017 : la Suède renonce à poursuivre Assange pour viol et classe l’affaire sans suite.

La procureure en charge de l’enquête, Marianne Ny, fait savoir que « toutes les possibilités de faire avancer l’enquête ont été épuisées », tout en précisant que l’abandon des poursuites « ne résulte pas d’un examen complet des éléments de preuve » et que la justice suédoise « ne se prononce pas sur la question de la culpabilité ».

La victime s’est évidemment déclarée choquée par la décision du parquet, et son avocate Élisabeth Fritz a complété auprès de l’AFP :

« C’est un scandale qu’un violeur présumé puisse échapper à la justice et par là éviter les tribunaux. Il existe des preuves dans ce dossier et ces preuves auraient dû être examinées lors d’un procès ».

Qu’est-ce qu’un classement sans suite ?

Un classement sans suite est la décision prise par le parquet de ne pas donner suite à une affaire, décision qui n’a pas « l’autorité de la chose jugée » et qui peut être révisé à tout moment, jusqu’à la prescription. C’est pourquoi la procureure a pris soin de préciser que si Assange se rendait en Suède, les poursuites pourraient être ré-ouvertes jusqu’en 2020, date de la prescription.

Ainsi, selon la procureure, la principale raison du classement sans suite est l’infernal imbroglio juridique suite au refus d’Assange de se rendre en Suède pour y être entendu, puisqu’il craignait, à juste titre d’ailleurs, d’être extradé aux États-Unis avec l’affaire Wikileaks, raison pour laquelle il vivait reclus à l’ambassade d’Équateur à Londres.

Le classement sans suite n’est donc pas du à une infraction insuffisamment caractérisée, et ne permet pas de dire qu’Assange est innocent, ni qu’il est coupable.

Les violences reprochées à Assange :

Assange n’était pas poursuivi initialement pour un seul viol, mais pour quatre chefs d’inculpation sur deux femmes :

  • « Sexual coercicion / contrainte sexuelle » : Il est accusé par une première femme, Mme A, d’avoir usé du poids de son corps pour la maintenir couchée, le 14 août 2010 ;
  • « Sexual molestation / agression sexuelle » : Il est accusé d’avoir, au cours de la même relation sexuelle, détruit son préservatif alors qu’elle avait exprimé le souhait d’en utiliser un ;
  •  « Sexual molestation / agression sexuelle » : Il est accusé par Mme A, le 18 août 2010, soit quatre jours plus tard, d’agression sexuelle (détaillée plus bas) ;
  • « Rape / viol » : Il est accusé par Mme W, le 17 août 2010, de l’avoir violé alors qu’elle était endormie.

Les dépositions des deux victimes, l’audition d’Assange du 20 août 2010 et sa déclaration du 14 novembre 2016 à l’Ambassade d’Équateur, sont en ligne sur différents sites, accessibles à la connaissance de tou-tes.

L’affaire : À l’occasion d’un séminaire du Parti Social Démocrate, Assange se rend en Suède pour une semaine et fait la rencontre de deux femmes, Mme A et Mme W, respectivement organisatrice de l’événement et bénévole, avec lesquelles il aura plusieurs relations sexuelles.

Les deux premiers actes d’accusation sont la contrainte sexuelle et l’agression sexuelle. Concernent Mme A, son audition précise qu’après avoir déchiré ses vêtements et son collier, Assange a essayé de la pénétrer sans préservatif, ce à quoi elle s’est opposée physiquement et verbalement. Assange aurait alors consenti à mettre un préservatif qu’il aurait intentionnellement abimé afin d’éjaculer en elle sans protection.

Le fait d’arracher les vêtements de Mme A, de casser son collier et d’enlever ses vêtements après qu’elle a tenté de les remettre n’a hélas pas suffit à la justice suédoise pour caractériser la violence.

Le troisième acte d’accusation est une agression sexuelle. Le rapport de police précise qu’Assange a sans arrêt harcelé sexuellement Mme A les jours suivants, puis l’a agressé sexuellement le 18 août en se frottant le pénis contre elle après avoir soudainement enlevé ses propres vêtements.

Le quatrième acte d’accusation est le viol de Mme W qui explique qu’Assange l’a poussé sur le lit en lui écartant les jambes pour la pénétrer alors qu’elle ne voulait pas avoir de relation sexuelle non protégée. Elle devait par ailleurs insister à chaque fois pour qu’il porte un préservatif, ce qu’il faisait à contre-cœur. Le matin, alors qu’elle dormait, elle a senti qu’Assange était entrain de la pénétrer sans préservatif et qu’il a éjaculé dans son vagin. L’état de sommeil de Mme W permet de caractériser un rapport sexuel forcé.

Depuis août 2015, les trois premiers actes d’accusation sont prescrits. Le dernier, le viol, a donc été classé sans suite et sera prescrit en 2020.

« La suède est l’Arabie Saoudite du féminisme » – Assange

L’affaire Assange place au cœur de la procédure et du débat public une question de fond : celle du consentement. À tout moment, les femmes (et les hommes) peuvent interrompre une relation sexuelle, quelles que soient les raisons !

Assange a bénéficié du soutien inconditionnel de La France Insoumise qui se définit pourtant comme un mouvement féministe. Le 30 novembre 2016, dans une vidéo publiée sur la chaine youtube du mouvement, Jean-Luc Mélenchon répond, minute 43, à un internaute qui demande au candidat « Que pensez-vous des lanceurs d’alerte, comme Assange ou Snowden et seriez-vous prêt à les accueillir en France ? » qu’il donnera la nationalité française à Snowden et à Assange, lesquels seront décorés de la légion d’honneur.

Puis le candidat poursuit « (…) car évidement il y a toujours un bon prétexte, ils l’arrêteraient pour une soi-disant affaire de viol pour laquelle il est poursuivi hein, il n’est ni inculpé, ni condamné, attention hein, il est juste poursuivi ! ».

« Une soi-disant affaire de viol »

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À la lumière des rapports de police, des auditions des deux femmes, du mode opératoire similaire qu’elles dénoncent (violences et tentatives répétées de les pénétrer sans protection, réticence à porter un préservatif, immobilisation en leur bloquant les bras, acte sexuel aboutissant à une éjaculation sans protection), il y a tout lieu de considérer avec gravité les violences reprochées à Assange.

En prétendant qu’il s’agit d’une « soi-disant » affaire de viol, Mélenchon affirme que la plainte de Mme W est calomnieuse, qu’elle ment ou que ce qu’elle dénonce n’est pas un viol !

À cette époque, Assange n’était effectivement pas inculpé, et la présomption d’innocence est un principe de droit fondamental. Pour autant, force est de constater qu’elle n’a pas été revendiquée avec la même constance ! En témoignent la présence d’élues du Parti de Gauche au rassemblement du 11 mai 2016 contre Denis Baupin, accusé de harcèlement et d’agressions sexuelles, alors même que celui-ci n’était pas encore poursuivi, encore moins condamné. En témoigne aussi le soutien de la FI à Théo, victime de viol de la part de policiers, alors que ces derniers n’étaient pas mis en examen.

« Nous avions raison de le soutenir »

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« La Suède renonce aux poursuites pour viol contre Julian Assange. Nous avions raison de le soutenir ».

Voici ce qu’a twitté Mélenchon le jour de l’abandon des poursuites, laissant entendre que le classement sans suite viendrait confirmer la conviction qu’il a de l’innocence d’Assange, donc du mensonge de la plaignante.

Un tweet qui est de l’ordre de la pure désinformation, puisque la procureure Marianne Ny avait bien tenu à souligner qu’il n’avait pas été innocenté, mais que la plainte pour viol avait été classée sans suite parce que l’affaire durait depuis trop longtemps :

https://www.lemonde.fr/europe/article/2017/05/20/julian-assange-regrets-et-soulagement-pour-les-suedois_5130859_3214.html?fbclid=IwAR1t-yO58bf1mtRmrxbWI5NUMHaEXhnfMIAPXslY1mtMCSM6vYUiJy0GeGI

Estime-t-il que tous les hommes poursuivis pour viol dont le dossier a été classé sans suite sont innocents, dans un pays, la France, où seulement 10% des violeurs contre lesquels les victimes portent plainte sont condamnés ?

Merci à Sophie Péchaud d’avoir produit la note dont j’ai extrait ces passages.

Bonne nouvelle : L’avocate de la victime d’Assange va demander la réouverture de l’enquête, la Suède ayant en effet abandonné les poursuites en mai 2017 faute de pouvoir faire avancer les investigations :

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/suede-l-accusatrice-d-assange-va-demander-la-reouverture-de-l-enquete-pour-viol-20190411

Par ailleurs, on peut quand même dire aujourd’hui qu’Assange a définitivement tombé le masque de son antiféminisme et de son racisme exacerbés :

https://francais.rt.com/international/42802-pour-assange-capitalisme-atheisme-feminisme?fbclid=IwAR3J2XhoQ_b2nlTTzOGip2elnHsov4wqnwr2g5uGEW17-i9GQeCHti9glv8

Capture d’écran 2019-04-11 à 17.42.22

https://www.huffingtonpost.fr/2017/08/09/julian-assange-propose-un-poste-a-lingenieur-de-google-renvoye-pour-sexisme_a_23071811/?fbclid=IwAR0_lFv67Se1LpgJxUMwvTULYm8l3Waq2aFx4iTuFSozZpniw6yzRzV9fBQ

Assange

Et pour ce qui est de mon petit avis sur la question, je crois que quand on invente une fausse histoire de viol pour piéger quelqu’un politiquement, on n’invente pas un récit si peu compréhensible pour le grand public que les chefs d’inculpation décrits ci-dessus, on invente un « bon gros viol » avec une femme qui hurle et qui se débat, bref obéissant à toute l’image stéréotypée qu’on se fait d’un viol dans les représentations collectives.

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