Fainéantes ? Non FÉMINISTES !

Les féministes étaient hier dans la rue contre la loi Travail XXL 2017 (lire notre tribune collective), comme on était déjà là en 2015 contre la loi Macron, et en 2016 contre la loi Travail. Et pour cause ! Encore une fois, du fait de la manière dont est structuré aujourd’hui le monde du travail en France, à chaque nouvelle réforme libérale, ce sont les femmes qui prennent les plus gros coups.

Argumentaire contre la loi Travail

Argumentaire contre la loi El Khomri

On est, en France, dans un pays où :

  • Une femme active sur trois est à temps partiel;
  • La moitié des femmes actives sont cantonnées dans seulement 12 sur 85 catégories socioprofessionnelles (caissières, vendeuses, femmes de ménage, femmes de chambre, infirmières, secrétaires etc.) Exemple : 75% des caissiers sont des caissières.
  • 56% des travailleurs du dimanche sont des femmes, sachant que le dimanche est un jour non scolarisé, que ces femmes sont souvent privées de moyens de garde, et qu’elles devront aller plus tôt au travail et rentrer plus tard chez elles à cause de la lenteur des transports.
  • Enfin, les femmes sont majoritaires dans les TPE/PME/CDD, c’est-à-dire les maillons faibles du taux de syndicalisation.

Pourquoi ? Parce que le système capitaliste exploite d’autant plus facilement le terrain que laboure pour lui la culture patriarcale. D’abord, le fait qu’on tolère que les femmes n’aient que des salaires d’appoint, complémentaires à ceux des hommes. Et puis, quand on est déjà exploitée par le travail gratuit à la maison, pourquoi oser réclamer des salaires décents en allant faire la nounou ou le ménage pour un employeur ? D’autant que, d’après les stéréotypes de genre, ce serait gonflé de négocier une revalorisation des salaires puisqu’on sait faire tout cela naturellement, sans compétences ni qualifications acquises. De même, quand on est humiliée par le premier passant, harceleur de rue, pourquoi n’encaisserait-on pas des traitements dégradants sur son lieu de travail, où l’on est au moins rémunérée ?

C’est dans ces métiers très féminisés, où se concentrent les salariées les plus vulnérables, qu’on a justement besoin de la loi, d’un code du travail fort, non négociable, pour éviter la loi de la jungle, les dépassements d’horaires, la pénibilité des tâches et les cadences infernales.

Au nom de la flexibilité, on a déjà, l’année dernière avec la loi El Khomri, baissé de 25 à 10% la majoration des heures complémentaires des emplois à temps partiel (à 82% féminins) – permis des changements d’horaires non notifiés 7 jours à l’avance – facilité les licenciements si on ne s’adapte pas aux changements des conditions de travail. Et si on n’est pas content-es, on prend la porte : il y a des milliers de chômeurs qui font la queue. Ou plutôt la trompe de Fallope, vu que la majorité des chômeurs sont des femmes. Or les femmes sont beaucoup moins maitresses que les hommes de leurs temps disponible à cause de la double-triple-quadruple journée.

Le but de la manœuvre est évidemment de nous adapter entièrement aux besoins de l’entreprise, de faire de nous de la main d’œuvre sur mesure !

Pourtant, de la flexibilité, y en a déjà ! Au moment du vote de la Loi de 2014 pour l’égalité entre les femmes et les hommes, on avait obtenu que le temps partiel ne puisse pas être de moins de 24h/semaine… sauf dérogation ! Résultat : plus de 60 branches ont dérogé à la règle et le temps de travail moyen à temps partiel est de 17h par semaine. Des miettes d’emploi, pour des miettes de salaire, et plus tard miettes de pension de retraite.

La loi travail XXL enfonce le clou de l’inversion de la hiérarchie des normes, à savoir le fait que les accords d’entreprise puissent primer sur les accords de branche et sur la loi, en actant des conditions de travail plus défavorables aux salarié-es.

Exemples :

  • Les congés enfants malades (je vous laisse deviner qui les prend en très grande majorité), l’allongement du congé maternité, sa rémunération à 100%, l’allègement du temps de travail des femmes enceinte… ne dépendront plus de conventions collectives de branche, mais seront renvoyées à des négociations au niveau de l’entreprise.
  • La négociation annuelle « égalité professionnelle et qualité de vie » pourra devenir quadriennale voire disparaître et son contenu modifié, par accord d’entreprise.
  • La communication obligatoire des données sur l’égalité professionnelle femmes-hommes dans l’entreprise ne sera plus obligatoire, par accord d’entreprise.
  • Le droit d’expertise sur l’égalité femmes-hommes ne sera plus à la charge de l’employeur mais du comité d’entreprise, qui a un budget limité.
  • La disparition des CHSCT (comité d’hygiène, sécurité, condition de travail) peut fragiliser encore plus la dénonciation du harcèlement sexuel au travail, qui concerne une femme sur 5 !

Tout ça dans un pays où on voulait faire des droits des femmes la grande cause nationale, sans Ministère des droits des femmes, avec un budget qu’on vient de saigner de 27%, et leur fragilisation dans le monde du travail. Paye ton foutage de gueule.

Alors , comme à chaque fois, on nous rétorque que « Franchement, pourquoi vous ne voulez pas donner les pleins pouvoirs à votre patron ? C’est quoi cette méfiance mal placée ? Le patron, c’est le papa de l’entreprise ! » De même que Mme Vallaud Belkacem avait osé déclarer l’année dernière qu’un « responsable politique au sommet de l’état a comme un rôle de père de famille à l’égard de ses enfants » en parlant du Président de la République.

C’est le fameux mythe patriarcal de la domination bienveillante. Résultat, en 5ème République, la plupart des citoyen-nes admettent de donner des pouvoirs exorbitants à la figure paternelle du chef de l’état, et en société capitaliste, on admet de les donnerà la figure paternelle du patron, comme on a toujours dit aux femmes que leurs maris savaient mieux qu’elles ce qui était bon pour elles, et quand une femme dit non, elle ne sait pas toujours ce qu’elle dit. Alors comme on dit dans les manifestations féministes, ni patron ni daron !

Pour suivre les prochaines mobilisations, RDV sur pournosdroitssociaux.fr

 

 

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