Merci Simone !

Merci Simone

Si on fait une contraction entre les mots « merci » et « Simone », cela donnet « mersimone », et phonétiquement « mère Simone »…

L’image de Simone Veil a quelque chose, dans mon esprit, à la fois de métaphorique et de sacrificiel. Sacrificiel, car c’est elle qui s’est retrouvée dans l’arène des hommes, l’Assemblée Nationale de 1974 composée à 98% de députés masculins, pour porter la voix des femmes revendiquant le droit à l’avortement. Une revendication incroyablement tabou qui bouscule à la fois le conservatisme religieux et le machisme qui s’effarouche de la libération sexuelle des femmes. C’est dans cette arène qu’on l’a vu tenir tête aux pires tirades sexistes voire antisémites, avec un rare applomb. Et c’est dans cette arène qu’elle m’a également parue « métaphorique », une sorte de projection du courage de ces milliers de Simone anonymes qui bravaient l’interdit de la loi, sur le terrain.

Car pour remettre l’Histoire à l’endroit, Simone Veil a aussi été portée par un énorme mouvement social qui venait de soutenir Marie-Claire, jeune fille ayant avorté clandestinement suite à un viol, dénoncée par le violeur lui-même, et qui sera défendue avec brio par l’avocate Gisèle Halimi pendant le fameux « procès de Bobigny ». Il venait d’y avoir aussi le Manifeste des 343 femmes qui assumaient avoir avorté en dépit de la loi. Sans oublier les actions du MLAC, Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et la Contraception créé en 1973, dont les militant-es pratiquaient des avortement illégaux et aidaient les femmes à avorter à l’étranger en organisant des cars allers-retours, notamment pour les plus pauvres. On comptait alors environ 350 antennes du MLAC disséminées sur tout le territoire français et soutenues par les médecins du GIS (Groupe Information Santé) qui les formaient à la pratique de l’avortement par aspiration.

Mais la place de Simone Veil est d’autant plus importante dans notre Féministoire que cette lutte en particulier, dont son nom est devenu l’emblème, ne sera jamais vraiment de l’histoire ancienne. C’est l’autre Simone, de Beauvoir, qui écrivait.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. »

C’est en effet ce qui s’est passé en 2013 en Espagne quand, face à la crise économique, sociale, de mal-logement du fait d’un taux de chômage record, le gouvernement de Rajoy n’a rien trouvé de mieux à réformer que la législation liée à l’avortement, pour la rendre plus restrictive.

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Simone Veil, c’est aussi une insoumission à la fois frondeuse et stratège, qui a su affronter son camp politique, la droite, tout en essayant de les prendre par les sentiments, en défendant le droit à l’avortement via le prisme de la santé des pauvres femmes livrées aux pratiques clandestines et à une « situation de détresse ». Presque un accent de charité chrétienne. En réécoutant son discours de 1974 au Palais Bourbon, on ne peut que deviner la situation délicate où elle se trouvait. Il faut la voir affirmer vouloir parler en tant que femme, puis s’en excuser du fait d’être dans une Assemblée quasi exclusivement masculine, même si on soupçonne l’ironie qu’elle met dans ce passage. Ses premiers propos sont presque une sorte de flagellation féminine, « aucune femme ne recours de gaité de cœur à l’avortement ». Comme s’il y aurait eu une insoutenable impudeur à laisser deviner ce qui, dans l’avortement, peut aussi se traduire en sentiment de soulagement.

Quand elle s’exclame que c’est toujours un drame, les applaudissements fusent ! Les femmes, pour être absoutes, doivent promettre de souffrir beaucoup. Une tirade, incroyablement révélatrice, prétend que la légalisation de l’avortement pourra servir à contrôler, voire à dissuader les femmes d’avorter. En clair, il faut compenser la libération féminine que constitue l’accès à l’avortement par un outil ou une intention de contrôle.

Mais comment lui en vouloir de s’être finement adaptée à un tel auditoire, dans la position minorée où elle se trouvait ? Un auditoire qu’elle ne s’est pas non plus privée de tancer.

Comme Christiane Taubira qui a dû supporter les débats hallucinants qui ont éhonté l’Assemblée en 2012, à l’occasion du vote pour le Mariage Pour Toutes et tous, Simone Veil est à jamais icônisée, avant même d’être panthéonisée. On remarquera, à travers cette comparaison, qu’à chaque débat national autour d’une grande loi qui déstabilise ou remet en cause le modèle hégémonique de la famille patriarcale, on a droit aux mêmes outrances. Celles dont toute la Nation aura immanquablement honte, quelques décennies plus tard. Ce fut le cas au moment du vote pour le droit à l’avortement, au Pacs, au Mariage Pour Tou-tes, et c’est encore le cas en ce moment touchant le projet d’élargissement de l’accès à la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires.

À chacun de ses projets de loi, les réactionnaires nous ont prédit le déluge, la dégénérescence, la fin de la civilisation, « le suicide français ». À chaque fois, pourtant, notre société a survécu et ne s’en est portée que mieux. Il faut croire que les féministes, ces visionnaires, ont décidément toujours vingt coups d’avance, car l’avenir nous donne toujours raison.

« L’obtention du droit à l’IVG et à la contraception est un pas plus grand que celui de l’humain sur la lune » – Françoise Héritier

La légalisation de l’avortement ne fut pas seulement un petit pas pour l’Humanité. Ce fut un bond, une révolution qui a écarté l’épée de Damoclès des grossesses non désirées (sur)plombant toutes les femmes.

Les luttes féministes changent la vie entière, celles des femmes et le visage de toute la société. Quelle serait-elle, cette société, sans le droit de vote et d’éligibilité de plus de la moitié du pays autrefois privée de citoyenneté ? L’accès à la contraception et à l’avortement ? La condamnation du viol, dont le viol conjugal ? La facilitation du divorce, la reconnaissance des droits des LGBT (lesbiennes, gays, bis, trans), ou plus récemment la politisation des féminicides ? Merci qui ? Merci aux féministes qui ont envoyer promener l’idée d’attendre le grand soir, comme nous le soufflaient mesquinement certains « camarades ».

Aujourd’hui encore, le droit à l’avortement est si primordial pour la libération sexuelle et l’autonomie économique des femmes qu’il ne cesse de faire le yoyo, puisqu’il est constamment la cible des attaques des partis et des mouvements conservateurs. Dès que ces derniers reprennent la main, en Espagne, en Pologne, aux États-Unis, une proposition de loi vient lui montrer les dents. En Amérique Latine, l’église catholique et le Pape dépensent une énergie et des sommes d’argent gigantesques pour maintenir leur emprise sur les gouvernements, même les plus révolutionnaires, et « préserver » sa prohibition au mépris des drames et des crimes les plus sanglants. En 2015, au Paraguay où son interdiction est totale, une fillette de 11 ans, violée par son beau-père, était tombée enceinte et avait dû accoucher. Bonjour l’Humanisme religieux !

En France, le précédent quinquennat a plutôt renforcé le droit à l’avortement en supprimant la semaine de réflexion imposée aux femmes, en remboursant intégralement les actes liés à l’avortement et en s’attaquant aux sites faussement neutres qui tentaient de désinformer les femmes pour les inciter à garder l’enfant. En revanche, les centres d’IVG ne cessent de fermer à cause de la restructuration de l’hôpital public et des politiques d’austérité qui éradiquent plein de petits hopitaux de proximité, et les centres d’IVG qui vont avec. Or, moins il y a de centres d’IVG, plus le temps d’attente est long pour avoir un RDV, plus on risque de dépasser le délai légal pour avorter. Sans oublier la candidature de François Fillon, soutenue par la Manif Pour Tous, qui aurait pu faire planer sur nous un réel risque de reculs législatifs.

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Il s’agit maintenant, après la lutte victorieuse des espagnoles en 2013 et des polonaises en 2016, de lancer un mouvement des femmes européennes pour le droit à l’avortement afin que ce dernier soit inscrit dans la liste des droits fondamentaux pour l’égalité en Europe. L’avortement est totalement interdit en Irlande et à Malte, très restreint Hongrie et en Pologne, peu accessible à cause de la clause de conscience des médecins en Italie, ou à cause de l’absence de structures hospitalières en Grèce.

Nous nous mobiliserons autour d 28 septembre, journée internationale du droit à l’avortement.

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Le mot de la fin sera évidemment un grand « Merci Simone ». Merci à elle comme à toutes ces personnes dont le courage et la hargne se sont révélés dans des moments cruciaux de l’Histoire, des situations qui se poseront encore longtemps. Les femmes ont une énergie de survie incroyable, développée à travers les siècles face à l’oppression patriarcale. Du fait de la culture du viol, des agressions ou du harcèlement sexuel quotidiens, nous aurions pu devenir misandres, dépressives, abattues. Au contraire, nous savons encore vivre, jouir, rire et aimer, même dans les pires situations et après les pires expériences traumatiques. C’est dire comme nous avons du courage, de la ténacité et de l’indulgence. Le patriarcat forge aussi bien des victimes, des rebelles et des héroïnes, souvent désarmées et exploitées, mais incroyablement valeureuses.

Il y a toujours eut des Simones de l’ombre, d’autres qui ont résisté dans la lumière et qui sont entrées dans la Grande Histoire pour nous servir de modèles et pour nous redonner du cœur.

Et merci aussi à la copine Josie Ceret qui a profité de ce tragique évènement pour nous raconter l’Histoire du MLAC et des années 70.

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