Réfugié-es : jour J de l’accord de la honte UE/Turquie

Aujourd’hui est le jour où la France, où tous les pays de l’Union Européenne signataires et donc engagés par les textes des conventions internationales touchant le droit d’asile, comme la convention de Genève, ont bafoué les idéaux dont ils se targuent dans le monde entier.

De facto, l’accord entre l’Union Européenne et la Turquie met en œuvre les  refoulements collectifs des personnes qui abordent nos territoires pour faire une demande d’asile, sans distinction des cas individuels qui peuvent compter des victimes potentielles de Daesh, des femmes qui craignent pour leur intégrité physique ou psychologique, menacées par une excision ou un mariage forcé, des homosexuels qu’un pays d’origine condamne à mort, sans traiter leurs dossiers au cas par cas.

C’est la honte !

Pour conclure cette infamie, il y avait besoin de couronner la Turquie du statut de pays sûr pour les réfugié-es. Un pouvoir dont il n’est plus un secret pour grand monde qu’il montre une attitude pour le moins ambigüe vis-à-vis de Daesh, préférant avantager l’État fascislamiste pour réprimer celles et ceux qui le combattent le plus courageusement et le plus efficacement, les unités de combat kurdes. C’était bien la peine d’éditer des centaines d’articles folkfloriques faisant l’éloge du courage des femmes combattantes des YPJ, pour préférer ensuite négocier avec leurs oppresseurs du gouvernement d’Erdogan !

Le Rapport d’Amnesty International est sans appel : la Turquie expulse illégalement des centaines de réfugié-es, dont des enfants seuls recensés par les militant-es des droits humains, vers la Syrie, au mépris du droit international et des règles européennes qui se rendent complices de ces crimes. Les arrivants croupiront comme les autres dans des camps de réfugié-es indignes, insalubres et surtout isolés, loin du littoral pour ne pas importuner les touristes à l’approche de la période estivale.

Le premier élément de propagande pour justifier cet accord de la honte est que nous serions, le continent européen, envahis par un nombre incompressible de demandeur-ses d’asile ! Parlons peu, parlons bien : il y a 60 millions de réfugié-es et de déplacé-es dans le monde, dont la majorité vont d’un pays du Sud à un autre pays du Sud. Ajoutons que fuir n’est pas un luxe que tout le monde peut se permettre. La réalité, c’est que les syrien-nes pauvres sont aujourd’hui coincé-es en Syrie, où ils risquent très fortement d’être massacré-es ou esclavagisé-es. Ceux qui auront le privilège (relatif) de partir sont ceux qui disposent du capital financier et du capital social pour le faire, qui ont les bons contacts et les bonnes relations pour financer et organiser le périple, comme les rescapé-es du Titanic étaient ceux qui, la veille, dinaient aux bonnes tables et pouvaient réclamer aux bonnes personnes un place dans le canot de sauvetage.

L’argument de l’Appel d’air relève donc, au mieux, d’une grande méconnaissance qu’ont nos élu-es politiques de la situation réelle, au pire de la démagogie et du mensonge. Il n’est d’ailleurs même pas vrai que les fugitids se retrouvent en majorité dans les pays de l’OCDE ou de l’Union Européenne, où ils pourraient trouver un modèle social à peu près équitable pour les travailleurs : Ils sont 2 millions de réfugié-es à être en Turquie (l’équivalent de 3% de la population), 1 million au Liban (20% !), et 1 million en Jordanie (12%). Quand à l’Union Européenne qui compte dans ses membres les pays les plus riches de cette planète et qui chante partout les louanges de ses valeurs humanistes, elle n’accueille que 1 million de réfugié-es, c’est-à-dire l’équivalent de 0,2% de ses habitant-es… Et on voudrait nous faire croire que c’est à cette proportion que la horde des réfugié-es risquerait aujourd’hui de perturber nos finances publiques ou d’opérer un fantasmagorique remplacement de civilisation !

L’équation est très simple : Plus Frontex ferme les frontières de l’Europe, plus on durcit l’accès des migrants à nos terres, plus ces derniers prendront des risques mortels pour y parveni, ce qui explique le chiffre atroce de 3770 mort-es  en Méditerranée dans la seule année 2015 ! Les migrant-es savent assez qu’ils risquent leur vie dans les frêles esquifs où ils s’embarquent pour s’éloigner du terrible conflit syrien. Il le font quand même, pourquoi ? Parce qu’on ne met ses enfants sur la mer que lorsque l’eau est plus sûre que la terre, dit le dicton. Parce qu’ils sont terrorisés, et parce vous feriez pareil à leur place si demain votre ville était envahie par des fascistes de n’importe quelle obédience réputés pour la cruauté de leurs pratiques ! Avez-vous déjà vu, de ces immeubles en flammes, sauter des malheureux des fenêtres du dixième étage ? Il s’agit en effet de situations de danger imminent telles que sauter dans le vide à des dizaines de km du sol laisse plus de chance de survivre que de rester.

J’ai été salariée de la Marche Mondiale des Femmes pendant toute l’année 2015. Une Caravane féministe avait fait le tour du continent européen en partant, le 7 mars, de Kobané pour finir, huit mois plus tard, au Portugal. C’est dans la ville de départ kurde que nos militantes ont rencontré et interviewé des femmes yézidis qui avaient réussi à fuir Daesh. Elles nous ont raconté la cruauté des barbares. Elles ont parlé de ces filles, à peine adolescentes mais bien conscientes de leur sort, qui s’étaient pendues dans les toilettes avant d’être capturées, de peur d’être violées puis revendues comme esclaves sexuelles. Le pire témoignage fut celui de cette mère qui se laissait mourir de faim. Pourquoi ? Parce qu’après l’avoir affamé pendant plusieurs jours, les islamistes avaient fini par lui servir un plat de viande qu’elle avait dévoré, avant de lui annoncer, hilares, qu’elle venait de manger la chair de son garçon qu’ils venaient d’assassiner. Elle ne voulait plus rien mettre dans son estomac coupable. Elle se laissait mourir.

Fermer les frontières et refouler ces malheureux au lieu de les sauver, c’est comme si vous aviez, ce 13 novembre 2015, fermé la porte de votre appartement à un fugitif poursuivi par un assassin de Daesh, car votre appartement était selon vous trop petit et votre frigo pas assez rempli.

Nous sommes aujourd’hui devant un défi de l’Humanité, une ère qui s’ouvre et qui connaitra des milliers de réfugié-es de guerre fuyant les cruautés des fascistes de toute obédience et des réfugié-es climatiques qui subissent le réchauffement de la planète dont sont coupables les pays du Nord avec leur modèle ultra-productiviste et polluant. Alors, qui voulons-nous être, enfants du XXIe siècle ? Que raconteront sur nous les documentaires et les films que réaliseront, dans 100 ans, nos petits enfants ?

Hélas, le chemin que nous prenons n’augure par des films très glorieux. Car aujourd’hui en France, quand un SDF meurt dans le très cossu huitième arrondissement de Paris bondé de milliers de mètres carrés de logements vides, on ne dit pas : « Cet homme est mort à cause des riches propriétaires de banques et d’agences de logement, qui réquisitionnent des logements vides pour spéculer dessus ». On dit « Cet homme est mort à cause du réfugié qui a l’heur, lui, de survivre dans un campement de fortune ou d’avoir droit à trois nuits d’hôtel ». Voilà tout le drame.

Voilà aussi tout le processus de déshumanisation qui infeste même notre champ lexical et la désinvolture de la parole publique de nos représentants. Macron ose dire qu’en cas de Brexit, la France pourrait bien lâcher sur l’Angleterre les migrant-es de Calais ! Les voici désignés comme des objets de chantage, comme des encombrants. On parle de crise migratoire au lieu de dire Crise humanitaire. On parle de troc des réfugié-es. On s’habitue au spectacle déplorable de la clochardisation des migrant-es, à voir leurs enfants déscolarisé-es. Surtout, on refuse de voir dans ce spectacle le reflet de nos propres responsabilités. On refuse de faire le bilan de l’Otan dans les troupes duquel nos soldats sont engagés, qui détruit les  infrastructures et déstabilise les régions où prospère ensuite Daesh. On refuse de voir que l’Europe forteresse jette les malheureux fugitifs dans les bras des passeurs, tandis que les capitaux et les marchandises, elles, circulent librement au bénéfice des plus riches. On refuse de voir le pillage du continent africain soumis à la voracité des multinationales européennes et américaines, dans le cadre d’accords de libre échange négociés entre deux parties radicalement inégalitaires. On refuse de voir tout cela, car le rôle fantasmé dont nous flattent nos propres médias, qui nous repeignent en hôtes trop généreux, est plus agréable que celui, réel, des coupables, néo-impérialistes et pollueurs à grande échelle et au delà des frontières !

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