Féministe, je serai demain à la chaine humaine pour le Climat !

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En entrant en dette écologique envers notre planète, l’Humanité sacrifie l’unique écosystème compatible avec la vie humaine. En somme, l’humanité se suicide !

Le rapport du GIEC de novembre 2014 prévoit une augmentation de 4° d’ici 2100 et un processus bientôt irréversible de destruction de notre terre, comme nous le montrent tous les phénomènes angoissants que nous observons, de montée du niveau de la mer, de réduction de la biodiversité, de désertification, de pollution de l’air, d’événements climatiques intenses, de sécheresses, de pluies diluviennes, d’inondations, de bouleversement des saisons, bref du dérèglement climatique.

Évidemment, ces inquiétantes manifestations iront s’aggravant si la consommation des énergies fossiles et les déforestations continuent ainsi au grès des caprices de notre civilisation et surtout de ceux, privilégiés minoritaires et inconséquents, qui en ont pris la tête.

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Une nouvelle ère s’ouvre pour notre génération qui verra se renforcer la voracité capitaliste et son entreprise de marchandisation de la nature et de toutes les ressources naturelles, en privatisant via les fonds d’investissement et les multinationales les terres cultivables, l’accès à l’eau et aux semences. Nous nous heurterons fatalement, dans nos luttes pour la gratuité et la démarchandisation, à un monstre insatiable peu enclin à négocier.

S’aggravera aussi, je le crains, l’ère pré-fasciste où nous entrons suite aux grandes vagues de migrations des populations chassées de leurs terres natales par les guerres et les dérèglements climatiques  (le pétrole pollue ET génère des conflits), et qui attisent la haine des mouvements xénophobes. Sans oublier, bien sûr, l’aggravation du rapport de domination des hommes sur les femmes, les brutalités patriarcales et le retour en force des législations religieuses qui co-organisent notre vulnérabilité sociale et notre spoliation.

Un siècle écolo-féministe s’ouvre peut-être. Je l’espère, en tous cas. Nous voyons déjà que les femmes sont particulièrement investie dans toutes les luttes locales de préservation de l’environnement, non pas du fait d’une prédisposition, d’une sensibilité « biologique » à cette cause, d’une connexion mystique à la terre ou d’un quelconque instinct de conserver qu’on opposerait à l’instinct masculin de conquérir, comme le prétendent les masculinistes, mais parce qu’elles ont été patriarcalement désignées comme responsables de la survie des communautés, de l’équilibre familial, de l’hygiène et de l’alimentation.

Il n’y a pas à s’applaudir de cette division sexuelle du travail qui les pénalise énormément en leur imposant la prise en charge bénévole des enfants, des personnes âgées ou dépendantes, lorsqu’aucun service public ne s’y attelle, travail social considéré comme un devoir qu’on enseigne de mères en filles. Mais, de fait, les femmes sont aujourd’hui très investies dans les mouvements contre l’exploitation des mines d’or en Chalchidique, pour la défense des sources d’eau au Brésil, contre l’agriculture intensive ou la privatisation des ressources, car elles sont en première ligne pour observer, au plus près, les phénomènes de désertification et d’érosion de la biodiversité, si nécessaire à la capacité de résilience de la nature, de par leurs activités traditionnelles.

C’est donc avec des radicalités concrètes qu’elles élaborent des réponses. Ce sont des femmes japonaises qui ont lancé les AMAP dans les années 60. En Grèce, ce sont des femmes qui organisent des cuisines collectives pour lutter contre la pauvreté. Pour la petite histoire, étant militante à Avaaz, j’ai dû coordonner des équipes pour faire signer les pétitions 100% renouvelables et je confirme que les bénévoles qui se portaient volontaires pour le faire étaient très majoritairement des femmes, si ce n’est uniquement des femmes.

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J’ai été, ces dernières années, rappelée à ma vieille sensibilité écolo que j’avais déjà enfant, en fréquentant des collectifs de jeunes activistes et en co-fondant un squat Artistique, Féministe et Écolo, le SAFE. Je vais vous donner au moins quatre raisons, si vous êtes femmes, de venir demain défendre le climat, en tant que principales impactées par les bouleversements qui nous menacent !

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La souveraineté alimentaire !

Késako ? C’est tout simplement le droit de savoir et de décider ce que l’on mets dans nos terres, dans nos assiettes et donc dans nos corps, en mettant les actrices-eurs les plus légitimes, les personnes qui sèment, qui récoltent, qui préparent les aliments, qui distribuent et qui consomment, aux manettes de la chaine de production alimentaire, à la place des marchés et des entreprises. Une chaine de production des aliments extrêmement féminisée !

La semence, la récolte, le travail non reconnu ni rémunéré au foyer de préparer les aliments et de faire les courses incombent en premier lieu aux femmes. Dans les pays du Sud, 80% des personnes qui collectent l’eau, connaissent les semences, les sélectionnent et produisent cette nourriture via les cultures vivrières, sont des femmes qui possèdent, en revanche, très peu de terres et de pouvoir, détenus le plus souvent par des hommes et des marchés qui ne sont préoccupés ni par les conditions éthiques de travail, ni par la qualité des produits.

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Justice climatique ! 

On ne le remarque pas forcément en France, mais chaque fois que le dérèglement climatique s’aggrave d’un ou de deux degrés en hausse, ce sont des dizaines de kilomètres que doivent parcourir les femmes et les fillettes, déscolarisées à cet effet dans certains pays du Sud, puisque c’est à elles qu’échoit la tâche d’aller chercher l’eau, entre autres.

Face aux catastrophes « naturelles », les femmes sont beaucoup plus désarmées car, pour des raisons culturelles d’organisation patriarcale et puritaine de la société, beaucoup n’ont jamais appris à nager comme les garçons qui peuvent se jeter dès le plus jeune âge, torses nus, dans le lac du coin, ou à conduire une voiture. De ce fait, il y a deux fois plus de femmes que d’hommes qui meurent au moment de ces catastrophes, comme lors du Tsunami en 2004.

Défendre les ressources ! 

Les femmes pauvres des zones rurales et les personnes dites indigènes sont les plus exploitées par le système capitaliste qui, en quête de ses profits, génère et se repait de la fragilité des travailleur-ses et de la rareté des ressources, qu’il monopolise par ses stratégies guerrières, coloniales et impérialistes comme le fait l’Otan. La déstabilisation politique des régions du Moyen-Orient et la destruction de leurs infrastructures sont d’abord motivés par le désir d’accaparement du pétrole, et le chaos généré est le premiers engrais de Daesh… qui prennent les femmes comme premières victimes.

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Contre le productivisme et le consumérisme !

Souvenons-nous du drame du Rana Plaza. 1135 ouvrièr-es, en grande majorité des jeunes femmes, ont été tué-es dans les décombres d’un bâtiment insalubre qui s’est effondré au Bangladesh, le 24 avril 2013. Les multinationales du vêtement, grandes marques européennes, américaines et canadiennes, ont dû reconnaitre (du bout des lèvres et sous pression) qu’elles se fournissaient dans des usines qui exploitent une main d’œuvre payée au lance pierre. En imposant des cadences de production infernales pour améliorer leurs bénéfices, du fait de la concurrence de prix entre elles, les grandes marques donneuses d’ordre incitaient à sous-traiter localement, dans des conditions de travail inacceptables voire ici mortelles.

Ainsi, pour réaliser l’aliénation des femmes du Nord incitées à changer de garde-robe toutes les deux saisons pour plaire aux hommes, à l’autre bout de la chaine, d’autres femmes sont exploitées à mort pour les besoins d’un système de consommation ennemi de l’émancipation des femmes, sans oublier les victimes féminines intermédiaires, les mannequins anorexiques qui exhibent des corps décharnés par les fantasmes des grands couturiers couverts de vêtements qui ne respectent que rarement la morphologie et le confort des femmes.

Les femmes sont aussi aussi majoritaires à faire les courses et donc ciblées par les publicitaires qui exhortent à consommer pour être belles, bonnes épouses (ménagères et sexys à la fois) et bonnes mères. Produits superflus et marketing genré favorisent gaspillage et exploitation de toutes, et nous aurions tout intérêt à promouvoir une société de consommation d’utilité sociale, d’articulation respectueuse des temps de vie et de développement de l’économie solidaire.

Enfin, je voudrai souligner que le système patriarcal en soi s’organise d’une façon qui n’est pas sans rappeler le rapport de domination et de destruction de la nature. Dans beaucoup de société, il s’agit de donner sa sœur à un autre homme qui vous donnera sa sœur, comme on s’échange des patrimoines. Ces femmes n’auront pas le choix du nombre d’enfants qu’elles auront, ni de la temporalité pour les avoir. Elles sont à la disposition de leurs ayant-droits masculins qui les exploitent, les épuisent, plantent ce qu’ils veulent dedans, comme des ressources dépourvues de droits et de toute existence sociale autonome. C’est le même schéma culturel qui fait des hommes les maitres irresponsables et tyranniques de l’environnement. Les féministes ont souvent dénoncé les données culturelles de l’exploitation et de l’appropriation des femmes et de leurs corps, privatisés au service des prétendus besoins sociaux et sexuels des hommes, comme les écologistes le font pour défendre la nature… même combat ?

Bref, vous l’aurez compris, pour moi, le féminisme est un projet de société anti-patriarcal, anticapitaliste et écologiste. Être féministe, c’est être force de proposition et de mobilisation pour d’autres règles du jeu ! Si les multinationales ont souvent l’appui des gouvernements pour défendre leurs intérêts égoïstes, déforestation, barrages en Amazonie, en Inde et en Chine, privatisations etc., les femmes, elles, ne peuvent compter que sur leurs luttes pour défendre les services publics, les biens communs, les ressources naturelles et la politisation de notre droit à l’autonomie. Nos droits reproductifs et sexuels, notre niveau d’éducation et les aspects démographiques qui en découlent sont les bons engrais d’une société de paix et de respect de l’environnement !

Pour autant, les préconisations écolos prennent-elles en compte toutes ces dimensions genrées ? Lorsque l’on prétend remplacer l’usage de la voiture par des modes de transports alternatifs, comme le vélo, on ne pense pas que beaucoup de femmes n’ont souvent d’autres choix que d’être au volant pour faire les courses ou aller chercher les enfants à l’école. De même, diminuer les éclairages de certaines rue peut les mettre en insécurité face à d’éventuelles agressions. Ces aspects ne sont souvent pas écoutées ni remontées lors des réunions d’écolos, et ceux qui prennent les notes ont souvent tendance à penser que ce sont des avis isolés et individuels.

Aussi, les femmes sont peu maitresses… du temps. La double, voire la triple journée ne leur laisse souvent pas le loisir d’aller chercher un panier à l’AMAP ou de prendre le temps de cuisiner bio. Il serait bon, par exemple, d’introduire les AMAP dans les lieux collectivisés comme les restaurants universitaires, les crèches et autres cuisines collectives afin que les précaires puissent en bénéficier.

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J’ai été à Alternatiba, Village des alternatives, pour tenir un stand féministe dans le quartier « Climat ». Demain, je serrerai pendant une heure les mains de mes copines pour faire la chaine humaine qui se substitue à la Marche annulée après les attentats du 13 novembre. Je les tiendrai aussi pour m’indigner que les femmes, premières affectées par les impacts du changement climatique, premières mobilisées sur le terrain, sont écartées des négociations et des groupes de travail scientifiques très majoritairement menés par des hommes. Comme d’habitude et comme partout où se prennent les décisons !

Notre mobilisation est primordiale à l’occasion de la COP21 qui se déroulera du 30 novembre au 11 décembre à Paris (Le Bourget) pour obtenir un accord international contraignant, applicable à tous les pays à partir de 2020, pour maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C d’ici 2100, et pour défendre un autre modèle de société qui doit reconnaitre le droit à un environnement sain, à des biens communs mondiaux et contre leur marchandisation, avec la relocalisation de l’économie, des pratiques soutenables, des énergies renouvelables, la régénération de milieux dégradés, l’économie sociale et solidaire, mettre fin aux grands projets inutiles… bref d’affronter des lobbys extrêmement puissants et influents !

L’organisation de cette chaine humaine n’a pas été de tout repos ! Il faudra être sur place à 11h30 pour placer l’ensemble des participant-es sur les trottoirs du boulevard Voltaire, entre Oberkampf et Rue des Boulets. Les féministes se tiendront la main au niveau du M° Saint-Ambroise, 57 boulevard Voltaire. Je ne vous dis pas les mesures draconiennes imposées par l’état d’urgence et tout le tralala sécuritaire. Il faudra utiliser uniquement le trottoirs, ne pas perturber la circulation des piétons, ne pas aller au delà de la station Oberkampf côté République, ne pas ramener de banderoles ou de drapeaux, mais vous pouvez évidemment porter des vêtements ou des pancartes de vos organisations respectives.

Les plus courageux ou les résolument désobéissants peuvent aussi braver l’état d’urgence qui ne se contente pas de « protéger la population contre les terroristes » mais qui harcèle aussi les militant-es écologistes ou pour le droit au logement à coup de centaines de perquisitions, de couvre-feu et de garde-à-vue abusives et disproportionnées. RDV Place de la République à 14h aux côtés de plusieurs personnalités, comme Frédéric Lordon, Yannis Youlountas et la parisienne libérée !

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