Sexisme ordinaire et envahissement publicitaire font COMBO

 

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Les pouvoirs publics s’emparent enfin de la question du harcèlement sexuel et sexiste que subissent massivement les femmes dans les transports publics (et pas seulement), et en font, de ce fait, une question politique. Car toutes, autant que nous sommes, usagères de transports en commun ou citoyennes qui traversons nos villes plusieurs fois par jour, nous sommes régulièrement sifflées, arrêtées, interpellées du charmant petit nom de « salope », et si nous ignorons superbement l’importun, insultées comme du poisson pourri, humiliées voire touchées afin d’être punies de notre mépris.

Toutes, nous nous sommes déjà senties vulnérabilisées du seul fait de devoir sortir à une heure parait-il indue quand on est femme. Toutes, nous nous sommes déjà demandé en fin de soirée comment rentrer chez nous, accompagnées de qui, à quelle heure, si la rue allait être vide ou mal éclairée, et si ce type qui nous talonne depuis cinq minutes en murmurant « tu suces ? » allait passer à l’acte.

Je dis « enfin », car ce dossier a souvent été considéré comme une histoire d’emmerdements privés. Les insultes, les sifflets ou les mains aux fesses seraient autant d’accidents de parcours, malheureux mais anodins, de goujateries isolées commises en raison de la détresse sexuelle d’untel ou de la mauvaise éducation d’un autre, qui ne sont qu’une poignée de marginaux ou de beaufs. Pas de panique : notre génération a l’avantage de l’âge et nous délivrera bientôt du dernier butor. Alors, laissons-nous tranquillement glisser sur cette pente naturelle qu’est le XXIème siècle vers la station Égalité, et surtout n’en parlons plus.

Or si les femmes sont, non pas nombreuses, mais toutes concernées par le phénomène, s’il est si violent du fait de sa récurrence, c’est que les types qui nous harcèlent, nous insultent ou nous agressent plusieurs fois par jour ne se comptent peut-être pas sur les doigts d’une main baladeuse.

Loin d’être une technique de drague hasardeuse mais pleine d’honnêtes intentions, le harcèlement sexiste n’a d’autre finalité que d’être punitif, de faire regretter aux femmes l’audace qu’elles ont de s’habiller de telle manière ou de traverser le sacro-saint territoire masculin qu’est la Cité. Ne nous racontons pas d’histoires : nul homme, en vérité, n’espère sincèrement qu’une passante lui tombera dans les bras après qu’il se soit écrié à son passage « T’es bonne ! » ou « T’as un 06 ? » de but en blanc.

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Le plus triste est que nous faisons souvent une expérience précoce du harcèlement, à un âge où, toutes fières de montrer un corps adulte, nous nous voyons punies et culpabilisées par les brimades. Nos attributs, que nous enviions depuis quelques années à nos ainées en piquant leurs soutiens et en les fourrant de chaussettes en boules, devient aussitôt, non pas un panache valorisant, mais une source de sévices, un problème.

Beaucoup d’entre nous grandiront alors avec la peur au corps et la honte au sexe, en se sentant coupables d’être « salopes » comme nous l’assènent régulièrement les harceleurs dès que nos corps ont pris cette forme adulte. Enfin, et comme c’est triste, nous avons toutes appris à avoir peur de rencontrer des hommes sur notre chemin, des hommes de tous âges, de toutes couleurs de peau et quel que soit leur niveau de sensibilisation politique. Les camarades syndicalistes ne sont pas en reste, et les manifestations progressistes ne nous épargnent pas.

Raison pour laquelle le harcèlement de rue ou dans les transports doit être nommé et non seulement évoquées dans quelques expériences du type caméras cachées condamnées au buzz éphémère.

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Il faut le dire, le souligner et le politiser : NON, ce n’est pas normal, parce qu’on est fille, parce qu’on est femme, d’être une proie, de grandir avec cette identité détestable, et d’évoluer dans l’espace public en l’ayant intériorisé puis banalisé parmi les milles et unes importunités que comporte aujourd’hui le fait d’être femme.

Une main aux fesses, ce n’est pas une « vie de meuf » et encore moins une banalité, du moins au regard de la loi. Une main aux fesses est une agression sexuelle (même sous couvert d’humour) passible de 5 ans de prison et de 75 000 euros d’amende !

Ce n’est pas une fatalité non plus car si le phénomène sévit partout dans le monde, en Égypte comme en Suède, en Italie comme en Espagne, il est loin de sévir partout au même degré. Sa réalité n’est pas la même au Caire et à Stockholm, à New Delhi et au Québec, preuve sans conteste que l’on peut concrètement lutter contre la culture du viol et du dénigrement des femmes si l’on s’en donne les moyens.

Parlons-en donc, des moyens. Parmi la série de mesures que prévoit le programme proposé par le Secrétariat d’État aux droits des femmes, nous en comptons plusieurs qui ont l’avantage d’illustrer la réalité de ce que vivent les femmes quotidiennement : Prévoir des arrêts de bus de nuit à la demande pour nous rapprocher de notre lieu de destination, c’est informer la société (et certains hommes qui minorent un phénomène dont ils ne savent rien) que cette question nous préoccupe et nous angoisse. De même, les marches participatives qui nous invitent à inspecter les gares pour réfléchir ensemble aux moyens de prévenir les passages à l’acte des harceleurs (éclairage, présence humaine, vidéoprotection) informent toute la société de ces situations dont les hommes n’ont même pas idée, tant ils sont en général peu inquiétés dans l’espace public, à l’exception notoire des homosexuels plus ou moins affichés.

Enfin, je ne peux que soutenir la lutte du Secrétariat d’État contre l’envahissement publicitaire sexiste qui étale des corps de femmes (parfois sans tête ou qui ont un chapeau de lampadaire en guise de visage) et qui sont souvent ornées, au feutre ou au stylo, d’une bite (surdimensionnée) dessinée près de la bouche ou sur le sexe du mannequin.

Je regrette, en revanche, que ces mesures restent de nature sécuritaire et répressive, et déplore encore une fois la suppression des ABCD de l’égalité qui prévoyaient des programmes obligatoires de sensibilisation au sexisme et aux stéréotypes de genre à l’école, où tant se joue. Aussi, j’aurai aimé que l’on généralise des cours d’autodéfense pour que les femmes se sentent en capacité de se défendre elles-mêmes, au cas où tous ces moyens répressifs feraient défaut. D’ailleurs, quels moyens humains et financiers sont-ils mis sur la table ? Quel budget, quels délais pour que les dispositifs soient généralisés et non restreints à telle ville ou à tel quartier ? Mystère.

Pour ce qui est de l’affiche des Galeries Lafayette qui défraye la chronique, j’étais ce matin-même sur Sud Radio pour répondre aux sempiternelles questions des journalistes pressés de dédramatiser : « Vous n’allez pas un peu loin ? » – « N’est-ce pas du puritanisme ? » – « Qu’y a-t-il de si dégradant ? »

Le soucis étant que l’on nous invite toujours à commenter telle affiche sexiste, comme si c’était la première du genre.

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En réalité, la publicité ne cesse de montrer des femmes érotisées pour vendre tout et n’importe quoi, des soldes, une voiture, une autre voiture, un contrôle technique automobile, un sandwich, de la musique, de l’informatique, un ordinateur (??!)

Ainsi, la figure obligée de la femme à poil sexuée par défaut devient systématique. Comme pour Lafayette, ces femmes à poil sont souvent étalées, passives, moulées dans une morphologie que la nature n’avait guère imaginée, engluées dans du gel, les mains sur les seins, le haut défait… et vulnérables ! Il n’y a qu’à imaginer deux secondes un personnage masculin étalé par terre et imbibé d’huile, avec le caleçon qui pend au bout de l’orteil, pour révéler le grotesque de l’image. Sans compter que les espaces publicitaires ne cessent de se répandre partout, qu’ils sont aujourd’hui animés ou géants comme à Saint-Michel.

Si l’image de la sexualité des femmes souffre toujours de ces connotations sexuelles, « vulnérabilité », « passivité », les rares hommes nus arborent au contraire une posture fière, un regard droit, une attitude ferme, et globalement un air de domination.

Par ailleurs, les publicités sexistes ne réduisent pas seulement les femmes à leurs corps sexués, mais aussi à leur intelligence moindre, à leurs compétences réduites (incapacité à distinguer la gauche de la droite, par exemple) sans oublier l’apologie des violences physiques et sexuelles, de la prostitution et du viol ici collectif. L’accumulation de toutes ces images génère, au final, une image dégradée de toutes les femmes.

Par ailleurs, chacune et chacun d’entre vous peut agir à son propre niveau grâce au site internet de l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité où l’on peut les dénoncer.

http://www.jdp-pub.org/Deposer-une-plainte-relative-au-contenu-d-une-publicite.html

http://csa.fr/Services-en-ligne/Formulaire-pour-signaler-un-programme

 

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