Pour une VIème République FÉMINISTE !

Adieu, ma Vème ?

Mélenchon, Joly, Montebourg, Royal, ils sont nombreux à vouloir passer la 6ème. Et pour cause. L’actuel Président de la République n’est pas seulement désavoué par les sondages d’opinion de façon exceptionnellement rude, il a aussi perdu tous ses alliés. Son premier gouvernement s’est fait sans le Front de Gauche. Le deuxième a perdu ses deux Ministres écolos, Cécile Duflot et Pascal Canfin. Et le troisième vient de se faire… sans les socialistes !

Batho, Montebourg, Hamon et Filipetti : Quatre ministres PS ont été, les unes après les autres, lestement débarqués pour avoir exprimé leur désaccord avec la ligne économique et écologique du gouvernement, radin sur les budgets et libéral sur le fond. Aujourd’hui, ils font de la résistance sur les bancs de l’Assemblée Nationale.

C’est la fronde !

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Qu’à cela ne tienne, le Premier Ministre a brandi l’arme archaïque fatale de la Vème République : le chantage à la dissolution de l’Assemblée Nationale. Cette dernière, si le Président de la République en usait, réduirait tous les députés frondeurs au chômage, vu l’impopularité de François Hollande. Pratique ! C’est avec cet argument glorieux que le vote de confiance a été validé.

Pourtant, toutes ces personnes de gauche ne font que rappeler leur camarade à ses promesses de campagne, s’attaquer à la finance, renégocier le traité européen, ne pas appliquer l’austérité. En vain. Sa seigneurie reste claustré dans sa forteresse, tandis que le soldat Valls, principal repoussoir de toutes celleux qui ont déserté, effectue les tours de garde. Cependant, l’ex-Ministre fraudeur au fisc, Thomas Thevenoud, a pu regagner tranquillement le Parlement.

Le peuple ne s’y méprend plus. Son absentéisme aux rendez-vous électoraux fait montre de son incrédulité. Peut-on le lui reprocher ? Ne s’était-il pas massivement mobilisé, en 2005, pour rejeter le Traité Constitutionnel Européen par référendum, avec un taux de participation de 69,37% ? Deux ans plus tard, le Président Sarkozy le faisait passer par voie parlementaire. La mascarade est nue.

Sommes-nous à ce point désarmé-es ? N’avons-nous plus qu’à attendre, avec effroi, de découvrir le scénario du second tour de 2017, faibles que nous sommes de cette maxime : « Les promesses n’engagent que celles et ceux qui y croient » ? Je connais, moi, un dicton plus optimiste :

« On n’est jamais mieux servi-e-s que par soi-même »

Il est grand temps que le peuple se mêle de ses affaires. Plus question de signer des chèques en blanc à des dirigeants prompts à nous trahir sitôt franchie la porte de l’Élysée. Nous plaidons pour une VIème République, plus démocratique et non monarchique.

Et féministe !

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La participation égale des femmes et des hommes dans toutes les sphères de la société, est une condition essentielle pour la démocratie, dans un pays qui n’a connue aucune Présidente de la République ; qui n’a eu qu’une Première Ministre ; où la parité évolue à pas de fourmis comme en témoigne les dernières sénatoriales.

Voyons ce qui se passe ailleurs. En 2010, la révolution du Jasmin éclatait dans des pays dont nous pensions les tyrans intouchables, les peuples résignés et les femmes soumises. Nos amies égyptiennes et tunisiennes ont bien compris la nécessité de guetter l’état de leurs droits dans les textes constitutifs. Elles étaient nombreuses à descendre place Tahrir pour dégager Hosni Moubarak, même si elles devaient y subir le pire, agressions sexuelles, viols et tests de virginités forcés. En vain. Quelques mois plus tard, aucune femme ne figurait dans les Comités chargés de rédiger la nouvelle Constitution. Une nouvelle loi a abrogé les mesures garantissant la représentation minimum des femmes au Parlement. Elles n’obtinrent que 2% des sièges, et le projet de Constitution ratifié par Mohamed Morsi ne les évoque que dans des termes circonscrits à la sphère familiale : “L’État devra assurer l’équilibre entre les devoirs familiaux et professionnels des femmes” et garantir “une protection spéciale” aux mères célibataires, aux femmes divorcées et aux veuves (article 10).

Pas un article ne mentionne leurs droits ! L’histoire nous le rappelle sans cesse, la lutte des femmes dans les révolutions, leur participation massive aux mouvements contestataires, ne leur garantit rien quand ils ont triomphé. En Tunisie, de grandes manifestations éclatèrent pendant l’été 2012, pour riposter aux islamistes d’Ennahda qui voulaient graver dans la nouvelle Constitution la complémentarité, et non l’égalité entre les femmes et les hommes, article 128. Elles ont eu gain de cause !

nasawiyat-les-nouvelles-feministes-du-monde-arabe-font-leur-printemps,M160424Plus près de chez nous, le catholicisme fait des siennes. Qui eut cru qu’en Espagne, pays voisin et membre de l’Union Européenne, le droit à l’avortement que l’on pensait définitivement acquis aurait tremblé ? En France aussi, sous l’impulsion de la Manif pour tous et de ses satellites, les ennemis de la fantomatique « théorie du genre » se sont férocement attaqué à l’apprentissage de l’égalité à l’école. Les ABCD de l’égalité et la PMA, promesse de campagne, ont été enterrés. Le Ministère aux droits des femmes a coulé. Fiers de leurs trophées, les intégristes ne tolèrent même plus que le Planning Familial mène ses séances d’information sur les moyens de contraception à l’école. Quelle sera la prochaine victime ?

Dans le marbre !

Comment ne pas s’épuiser, génération après génération, à protéger les droits fondamentaux des femmes sans cesse menacés ? Comment ne pas voir les promesses de campagne prendre l’eau par pure lâcheté des chefs de l’État ?

Et si on gravait les droits fondamentaux des femmes, des droits inaliénables, dans le marbre de la Constitution ?

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Une VIème République ?

En quoi changer de Constitution pourrait améliorer la condition des femmes ? Après tout, l’inscription dans la Constitution de certains droits est aussi possible au sein de la Ve…

Je vais commencer par évoquer ce que nous entrevoyons toutes et tous avec effroi : la percée de l’extrême-droite. À défaut d’avoir un programme défendable pour un peuple qui prône les droits humains, elle est aujourd’hui revigorée. Ce sont d’ailleurs ces mêmes dysfonctionnements de la Vème République qui nourrissent sa sève. « UMPS » sur le plan économique, « Tous pourris » pour ce qui est des scandales et des affaires. « Au moins, eux, ils ont l’air de savoir où ils vont, et ils le disent haut et fort ».

Il n’y a pas que ça. Plus un peuple se sent démuni et trahi, plus il est tenté par un vote agressif et anti-Républicain, le vote brun ! Les idées misogynes et racistes du Front National sont aujourd’hui banalisées, voire valorisées, dans une République qui prône, dès son Premier article, l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion, et l’égalité femmes-hommes.

Comment y remédier, sinon en donnant au peuple une manière active et effective de faire entendre sa voix, de penser l’intérêt général, de se retrousser les manches et de produire une nouvelle Constitution ? Seul cet exercice collectif pourrait l’engager dans une dynamique constructive, vertueuse, qui l’arrache à ce sentiment de fatalité, cette morosité qui inspire à certains le plus suicidaire des mécanismes de défense.

Pour que les promesses de campagnes soient tenues, il faut instaurer dans la Constitution la révocabilité des élu-e-s, dont celle du Président de la République, afin qu’il qui y réfléchisse à deux fois avant de manquer à sa parole, de peur d’être répudié à mi-mandat.

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Le droit à l’avortement et à la contraception, garants de l’émancipation sexuelle des femmes, sont les premières cibles des réactionnaires. Il y a quelques jours, Éric Zemmour osait prétendre que l’avortement n’avait pas émancipé les femmes, faisant insultes aux millions de victimes des avortements clandestins et des grossesses non désirées. Le droit des femmes à disposer de leurs corps doit être gravé dans le marbre.

Autre exemple. Il y a des Ministères qu’on ne songerait jamais à abolir d’un remaniement à l’autre. Il doit en être de même pour le Ministère des Droits des Femmes, au regard des siècles de législation patriarcale qui les ont spolié de leurs droits fondamentaux. Jusqu’en 1965, les femmes n’avaient même pas le droit d’ouvrir un compte en banque ou de travailler sans l’autorisation du mari ! Aujourd’hui encore, les inégalités salariales entre femmes et hommes plaident pour que ce Ministère soit pérenne jusqu’à nouvel ordre.

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En temps de disette et d’austérité, une nouvelle Constitution pourrait garantir qu’on ne touche pas à des budgets minimums garants des droits des femmes, comme le maintien des maternités, des centres d’IVG, des crèches etc. Les deux tiers des maternités françaises ont fermé depuis vingt ans, provoquant des drames sanglants. 180 centres d’IVG ont fermé en dix ans. Il n’y a de place en crèches que pour 10% des enfants. Aussi, la lutte contre les violences faites aux femmes nécessite la mise en place d’hébergements d’urgence ou de campagnes de sensibilisation, et les budgets qui vont avec. En Espagne, politiques d’austérité oblige, pas moins de 70% des budgets de campagnes contre les violences faites aux femmes ont été supprimées ! Or la lutte contre le patriarcat ne peut pâtir du dogme de l’austérité, si on veut que le mot égalité, qui trône au milieu du Fronton, ne soit pas un vain mot.

Sinon, ce n’est pas la peine que nos politiques viennent, tous les 8 mars, verser des larmes de crocodile sur le sort des victimes sans assistance du Patriarcat.

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Reconnaitre les féminicides* :

*Le féminicide est le meurtre d’une femme, lorsque le mobile est le fait que cette personne est de sexe féminin.

« Drame familial », « meurtre passionnel », « crime d’honneur ». Voici comment sont décrits les ravages des violences faites aux femmes, dans la rubrique « faits divers ». Pourtant, en France, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son compagnon. Une femme est violée toute les sept minutes. Aujourd’hui, de plus en plus de pays (Chili, Costa Rica, Colombie, Salvador, Guatemala, Mexique, Pérou, Bolivie, Italie), considèrent le féminicide comme une circonstance aggravante du meurtre, lorsqu’il est commis par le mari ou l’ex compagnon.

Dernier exemple, pourquoi ne pas poser des principes clairs contre le sexisme ? Depuis toujours, les « dérapages sexistes » ne sont jamais inquiétés, comme l’illustre le nouveau blog Macholand. La promulgation d’un texte sans équivoque pourra enfin décourager les personnalités publiques et les publicitaires de banaliser le sexisme à coups de campagnes visuelles misogynes ou de parole décomplexée.

Quoi d’autres ? À vous de voir.

Avec deux amies, nous avons créé un blog participatif pour accueillir les contributions de toutes celleux qui veulent graver les droits inaliénables des femmes dans le marbre d’une prochaine Constitution. Nous invitons toutes celles et ceux qui souhaitent profiter du débat sur « la VIème République » pour proposer des contributions sur ce blog, de le faire et d’entrainer toutes les avocates / constitutionnalistes / juristes / militantes / victimes / associations sectorielles et généralistes / journalistes / personnalités de la culture / personnalités politiques… etc. pour l’enrichir de tous les aspects transversaux des inégalités femmes-hommes.

BIENVENUE SUR LE BLOG « LA VIème FÉMINISTE !

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Suzanne Bigonski dit :

    merci, j »ai mis sur FB, c’est trop bien, j’espère qu’il sera lu jusqu’au bout

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