Européennes : 22, v’là les fashos !

francois-hollande

Les municipales de 2014 ont vu le peuple de gauche exprimer sa déception, et la droite gagner des villes deux ans après la victoire des socialiste aux présidentielles. Au milieu de ce paysage qui se renvoie les balles roses et bleues, onze villes sont tombées dans l’escarcelle du Front National. Onze villes ont placé à leur tête un Parti d’extrême-droite, un parti dont les député-e-s ont pourfendu l’IVG de confort, abominé le mariage pour tous, conspué la « théorie du genre » au sein de l’Assemblée Nationale. Un parti dont la Justice vient juste d’agréer qu’on puisse qualifier sa présidente de fasciste. Marine Lepen a beau ne plus tolérer qu’on parle mal d’elle et du Front National, elle a perdue son procès contre Jean-Luc Mélenchon qui l’avait traité de fasciste. Il faut croire, c’est une bonne nouvelle, que la justice ne dévale pas certaines pentes au même pas que les médias, qui ont déjà intériorisé sa « fréquentabilité ».

Marine Lepen, présidente du FN, jugée délinquante pour avoir diffusé de faux tracts sur son concurrent JL Mélenchon à Hénin-Beaumont, jugée qualifiable de fasciste.

Mais que se passe-t-il en Europe ? Cette UE dont les institutions ont, par exemple, adopté comme principe fondamental l’égalité entre les femmes et les hommes, à coup de résolutions, de chartes et de directives ? Cette UE qui condamne toute discrimination basée sur l’origine ethnique ? Pourquoi ces beaux principes, inscrits dans milles rapports, aussi perspicaces que vains, cèdent-ils aujourd’hui aux idées rétrogrades et aux traités austéritaires ?

En Hongrie, le Jobbik raciste et antisémite, qui avait monté une garde hongroise pour protéger le peuple des populations roms, récoltait 21% aux dernières législatives. Le Pays venait de réviser sa constitution pour rappeler le rôle du christianisme, que l’embryon était un être humain, et que le mariage ne pouvait unir qu’un homme et une femme. C’est ainsi qu’un mouvement d’extrême-droite a pu germer, au moment le Premier Ministre Viktor Orban glissait lentement d’un discours conservateur à un discours nationaliste.

Un partisan du Jobbik participe au rassemblement à Budapest du 23/10/09.
Un partisan du Jobbik participe au rassemblement à Budapest du 23/10/09.

Tout se prépare pour qu’une frange brune prenne de plus en plus de places au Parlement Européen, au moment où les crises sociales radicalisent les votes. En France, une droite encore plus brutale que celle de Sarkozy et d’Hortefeux, une droite comme on n’en avait pas vu depuis très longtemps, une nouvelle droite qui a vu couler un filet de « manif pour tous » dans ses veines, s’est laissée féconder par l’anti-républicanisme.

Jean-Francois Copé (UMP) condamne devant les médias ces livres pour enfants pêcheurs, montrant nos corps humains !
Jean-Francois Copé (UMP) condamne devant les médias ces livres pour enfants pêcheurs, montrant nos corps humains !

Les sondages placent aujourd’hui le FN juste derrière l’UMP, si ce n’est en première position. Pactole envisagé ? Une vingtaine d’élu-e-s. Aux Pays-Bas, le PVV, qui a le même discours anti-immigration et qui se prétend libéral, oscille entre la première et la seconde position avec 17% d’intentions de vote. Quelques mois plus tôt, son chef Geert Wilders déclarait vouloir moins de marocains dans son pays. Le Parti des Finlandais, qui se définit comme « ouvrier sans socialisme », anti-immigration et homophobe, récolte 18%. En Autriche, le FPÖ est crédité d’au moins 20%.

Geert Wilders - eurodéputé marocanophobique
Geert Wilders – eurodéputé élu en juin 2009. Il a annoncé qu’il ne siégerait pas au Parlement européen, dont il demande l’abolition

Beaucoup veillent néanmoins à se racheter une respectabilité et à soigner leur deuxième peau. Pour cela, une stratégie commune : atténuer leur vocabulaire raciste et investir les questions économiques et la critique de l’Union Européenne. Première victime collatérale, la tête de liste du FPÖ Andreas Mölzer vient de rouler pour avoir comparé l’UE à un « conglomérat de nègres » et au IIIe Reich, à la faveur de ce dernier. « Plus de ça chez nous », tentent-ils de nous faire croire.

Andreas Mölzer : "Meuuh, si on ne peut plus rien dire !"
Andreas Mölzer : « Meuuh, si on ne peut plus rien dire ! »

Hélas. Ils sont de plus en plus nombreuses à ne plus croire en Europe. Peut-on les blâmer, quand on voit le Parlement devenir le cheval de Troie du libéralisme économique ? Quand on voit la condamnation du principe de référendum, quand il s’agit de sortir la Grèce des griffes austéritaires de la commission européennes ? Les textes progressistes, eux, n’ont aucun caractère contraignant, et les traités sot, pour le coup, complètement contraignants voire autoritaires en ponctionnant les budgets des pays. Les peuples ne sont pas dupes de ce pillage. Hélas, la voix qui incarne le plus clairement l’euroscepticisme reste celle de l’extrême-droite, plus installée et plus sournoise sans doute que celle de la gauche antilibérale.

Chômage de masse, haro sur le système des retraites, attaque en règle contre le droit du travail, précarisation des contrats de travail, liquidation des services publics… Sous prétexte de « régler » la crise, le gouvernement français accuse sans crier les coups d’intimidation que lui assènent les marchés financiers. Il ne négocie rien et démantèle son modèle social jugé trop protecteur pour qu’ils y trouvent leur compte et leurs profits. Pour dire les choses plus clairement : les travailleuses et travailleurs européens ont encore trop d’armes, trop de bouclier social pour être correctement exploités. Le système n’est pas assez compétitif face à la concurrence mondialisée.

C’est donc sous un gouvernement français de gauche que le TSCG a été voté, et qu’il exige maintenant de réduire toutes les dépenses publiques indispensables à nos services publics, à nos aides, à nos retraites, à notre sécurité sociale, à tous nos trésors ! Pendant ce temps, le même gouvernement distribue 20 milliards aux entreprises, avec le pacte de compétitivité. Suivra le pacte de responsabilité… encore 30 milliards offerts au patronat !

Manuel Valls, promu 1er Ministre - ce qui a provoqué le départ d'EELV du gouvernement, et une manif de 100 000 militant-e-s associatives, syndicales et partisanes.
Manuel Valls, promu 1er Ministre – ce qui a provoqué le départ d’EELV du gouvernement, et une manif de 100 000 militant-e-s associatives, syndicales et partisanes.

Sans parler des attaques qui visent ostensiblement les droits des femmes, comme l’accès à la contraception et l’avortement. En quelques mois, deux rapports pour l’égalité femmes-hommes ont été rejetés, Estrella et Zuber. Car pendant que l’extrême-droite se décomplexe, la droite conservatrice se radicalise. En Espagne, si l’extrême-droite est finalement assez faible, c’est parce qu’elle est amplement représentée au sein d’une droite misogyne et conservatrice, qui vient de s’en prendre au droit à l’avortement comme l’ont fait aussi les polonais.

Ces attaques sont les plus ostentatoires, mais ce ne sont pas les seules. Temps partiel peu qualifié, SMIC, sous emploi et chômage concernent très majoritairement les femmes, qui sont toujours considérées comme le gagne-pain n°2 du couple. Les autres, celles qui n’ont pas de conjoints et qui galèrent ? Elles sont considérées comme marginales, dans une situation accidentelle, sans doute temporaire. L’allongement de la durée de cotisation leur a été particulièrement fatale, puisqu’elles travaillent moins pour moins d’argent, et que c’est sur cette base que se calculent les pensions. Je ne parle même pas du « travail gratuit » qu’elles assument, dans des pays qui rechignent à investir dans les services publics de la petite enfance et de la dépendance. Pourquoi créer des crèches et des maisons de retraites, quand nos chères mamans, et nos chères belles-filles, veulent bien s’occuper gratuitement des enfants et des personnes âgées ? Rien de mieux, pour combler leur fibre maternelle et sociale, qui leur sont si naturelles.

À l’exploitation généralisée, s’ajoute évidemment le racisme. On grappille comme on peut quand on n’a plus de budgets. Alors on grappille via le délit de faciès. En Grèce, les femmes immigrées doivent dorénavant payer pour leurs accouchements. En Espagne, l’accès aux soins est interdit aux sans papiers depuis 2012. En France, le Front National appelle de ses vœux le principe de préférence nationale, même pour les droits les plus vitaux, la santé, le logement ou le droit d’asile. Valls est, quant à lui, accusé d’avoir tenu des propos racistes à propos des Rroms :

« C’est illusoire de penser qu’on règle le problème des populations Roms à travers uniquement l’insertion, donc cela passe par des reconduites à la frontière, cela est passé aussi par la fin de cette aide au retour qui a créé un véritable appel d’air, mais nous y avons mis fin.

Ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en contradiction. (…) Il faut tenir compte de cela et donc cela veut bien dire que les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie. »

"On est bêtes, on est différents... mais parfois on arrive à se faire comprendre ! Peut-être sommes-nous de la même espèce humaine que vous ?"
« On est bêtes, on est différents… mais parfois on arrive à se faire comprendre ! Peut-être sommes-nous de la même espèce humaine que vous ? »

Sur le terrain social, il se chuchote que les socialistes, maîtres de l’Assemblée Nationale et du Sénat, de l’Élysée et de Matignon, réfléchissent à s’en prendre au SMIC. Face à ces trahison, une opposition de gauche se construit et s’élargit péniblement autour du Front de Gauche et des frondeurs, tandis que le Front National gagne du terrain en feignant la cohérence, alors que son programme reste encore largement libéral. D’ailleurs, l’idée du Premier Ministre, qui consiste à baisser les cotisations pour hausser le salaire net… est directement inspirée du programme du FN.

Au Parlement Européen, ce sont les mêmes ténors qui siègent, la tribu : Le pen père et fille, et Bruno Gollnish. Avec le PVV, ils s’échinent à constituer un groupe pour le prochain parlement, en ralliant d’autres formations que le FPÖ, le Vlaams Belang belge et la Ligue du Nord italienne. Or même le FN ne souhaite pas (encore) s’acoquiner avec Jobbik et Aube dorée, trop ouvertement fascistes ou néo-nazi.

"Aube dorée" - l'extrême-droite non masquée grecque
« Aube dorée » – l’extrême-droite non masquée grecque

L‘Union Européenne, née des cendres ensanglantées du fascisme après la seconde guerre mondiale, pour s’allier à jamais contre le ventre fécond, commencerait-elle à couver elle-même la bête immonde ?

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  1. à MAMY SUZANNE@AOLCOMM dit :

    mis sur FB

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