EuroFéminisme

Encore heureux, le Parlement Européen s’est un petit peu intéressé à la question des droits des femmes.

Le-Parlement-européen

A l’approche des « européennes », penchons-nous sur ce qu’est aujourd’hui l’EuroFéminisme ?

La législation européenne sur l’égalité entre les femmes et les hommes a pu se développer au fur et à mesure que s’est construite l’Union Européenne, à la force du poignet des mobilisations féministes évidemment. L’égalité des sexes constitue aujourd’hui un principe fondamental, reconnu dans le traité et dans la Charte des droits fondamentaux, et L’UE est notamment sensée garantir l’égalité salariale (qui n’existe dans aucun pays ^^) et de prévoir des mesures à propos du congé de maternité ou du harcèlement sexuel, adoptées d’abord par les institutions européennes.

  • En 1975, une première directive européenne est adoptée sur l’emploi. Elle intègre la jurisprudence de la Cour de justice des communautés européennes. Citons l’exemple de 1998, l’arrêt Brown où la Cour avait déclaré contraire au droit communautaire le licenciement d’une femme parce qu’elle était enceinte.
  • En 1990, la Commission européenne a apporté son soutien à la création du Lobby européen des femmes dont le Secrétariat est aujourd’hui basé à Bruxelles.
  • En 1999, le traité d’Amsterdam renforce l’engagement européen en faveur de la promotion de l’égalité et de la lutte contre les discriminations sexistes, mais aussi contre d’autres formes de discriminations liées à l’origine ethnique, à la religion, aux convictions philosophiques, au handicap, à l’âge et à l’orientation sexuelle.
  • La Charte européenne des droits fondamentaux signée en 2000 réaffirme l’interdiction de toute forme de discrimination.
  • Le traité de Lisbonne, entré en vigueur en 2009, pose l’égalité entre les femmes et les hommes en principe fondamental du droit européen. Cela devient même un critère pour apprécier si un État européen peut devenir candidat à l’adhésion à l’UE.
  • En 2010, la Commission européenne adopte une Charte des femmes.

Hélas, malgré tout ce pompeux arsenal législatif, le constat ne fait que confirmer l’échec et l’inefficacité de tous ces vœux pieux.

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Pour ce qui est de l’emploi, ce ne sont ni les compétences ni le niveau de qualification des femmes qui explique les inégalités sociales criantes entre elles et leurs hommes-ologues. Les femmes représentent 60% des personnes diplômées à l’université mais demeurent significativement moins bien payées. En Estonie, l’écart est de plus de 27 %, tandis que la France stagne depuis 20 ans autour de 27%. Elle fait plutôt partie des mauvais élèves, puisque l’écart moyen des salaires oscille bon an mal an entre 17 et 18%. Pourquoi ? Parce que l’explosion du temps partiel est toujours encouragée par les politiques fiscales ; le plafond de verre empêche les femmes de monter dans la hiérarchie des entreprises ; une femme sur dix seulement est entrepreneure dans l’UE contre un homme sur quatre ; et eurs maigres pensions de retraite témoignent des entraves dont souffrent encore leurs carrières.

Notons que, paradoxalement, c’est au nom de l’égalité que le droit communautaire a supprimé l’interdiction du travail de nuit des femmes, jugé discriminatoire. C’était un des rares domaines où la législation sociale, comme en France, était plus favorable aux femmes qu’aux hommes.

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Le droit à l’IVG n’est pas européen !

Le droit à l’avortement diffère d’un État à l’autre. Pourtant, dans une résolution du 3 juillet 2002, le Parlement avait recommandé aux États membres de légaliser l’avortement… mais ce droit fondamental est toujours interdit à Malte. En Pologne, il n’est autorisé que depuis 1997, à condition que la grossesse résulte d’un viol ou que le fœtus souffre d’une anomalie. En Irlande, en 1993, 67 % des citoyens ont rejeté le droit à l’IVG par référendum. Est-il nécessaire de rappeler l’importance de ce droit qui conditionne à la fois la vie sociale des femmes, obligées d’assumer des grossesses et l’éducation des enfants non désirés avec le coût et les choix professionnels que cela entraine, mais aussi l’épanouissement de leur vie sexuelle contrariée par l’épée de Damoclès du risque de grossesse ? Françoise Héritier dit même que l’obtention du droit à l’IVG et à la contraception est un pas plus grand que celui de l’humain sur la lune, tant il fut révolutionnaire dans nos sociétés.

Le congé maternité:

Le droit à un congé de maternité payé figure dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE. Soulignons l’étrange disparité qui le caractérise d’un pays à l’autre: La Slovaquie accorde 28 semaines, le Royaume-Uni et l’Irlande 26 semaines, la Bulgarie 54 semaines, et la France 16 semaines.

Les violences:

Entre 20 et 25% de l’ensemble des femmes en Europe ont déjà subi des actes de violence physique, et plus de 10% ont été victimes de violences sexuelles avec usage de la force. Je ne parle même pas du « viol ordinaire » qui a lieu sans usage de la force, sinon celle de l’intimidation patriarcale et culturelle, de la part des maris, des pères et autres figures d’autorité.

Parité:

Ce principe constitue, depuis 2003, une recommandation du Conseil de l’Europe. L’UE a notamment mis en place une stratégie pour la période 2010-2015. Espérons-lui un bon succès ! Niveau parlementaire, dans les assemblées des différents pays, nous avons plus de 40% de femmes aux Pays-Bas et en Suède, et moins de 10 % à Malte et en Hongrie. La représentation des femmes au Parlement européen s’élève, quant à elle, à 35 %.

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Orientations économiques : c’est là que le bât blesse !

La large mobilisation des féministes au moment du vote du Pacte budgétaire, soumis en octobre 2012 au Parlement européen, en témoigne. Ce TSCG durcissait les règles qui encadrent les budgets publics des États de façon autoritaire, puisque les parlements nationaux risquaient de voir tomber sur eux des sanctions européennes au cas où ils débloquaient des budgets plus conséquents que prévu au service de l’intérêt général. Une méthode inefficace dont nous ne voyons aucun effet positif à travers les plans d’austérité qu’on subi la Grèce, l’Espagne ou le Portugal.

Coups de ciseaux appliqués aux services publics et à la protection sociale ! Or les femmes constituent la grande majorité des précaires (80%), des chômeurs et des personnes travaillant en sous-emploi, notamment à cause de l’explosion du temps partiel imposé. En Grèce, en 2011, le taux de chômage réel était estimé à 23 % … avec 20,3% pour les femmes et 13,8% pour les hommes ! Cet écart correspond à son niveau des années 1960. Tu parles d’un progrès.

Les femmes sont aussi les principales allocataires des prestations sociales et familiales. Contraintes d’assurer tout ce qui n’est pas, ou tout ce qui n’est plus pris en charge par la collectivité, notamment leur travail invisible et gratuit dans la sphère privée, nous voyons cette masse de travail augmenter à l’aune de l’affaiblissement du service public de la petite enfance et des personnes dépendantes. En France, seuls 10% des enfants ont une place en crèche. Les services publics ont été défigurés sous Sarkozy par la baisse des effectifs et des rémunérations dans le secteur public, dont les employés sont presque partout majoritairement des femmes. Elles sont aussi les premières touchées par les réformes des retraites, par la baisse des subventions octroyées aux organismes de lutte contre les violences faites aux femmes et par les fermetures de nombreuses maternités et centres d’IVG à cause des restructurations infligées à l’hôpital public pour le rendre plus rentable.

En Espagne, en 2011, 62 femmes ont été tuées par leurs partenaires ou ex-partenaires alors que ce pays était un exemple pour ce qui est de la lutte contre les violences faites aux femmes. Il avait même inspiré l’élaboration d’une loi cadre au mouvement féministe français. Dans la liste des coupes budgétaires espagnoles, les fermetures de structures sociales pouvant aider les femmes, la réduction de 70% des fonds de campagne pour la prévention de la violence de genre et la suppression du ministère pour l’Égalité !

Hélas, l’austérité est toujours au menu des politiques européennes. Les orientations données par la Commission européenne aux États membres, dans le cadre de la Stratégie 2020, réclament de nouvelles réductions des dépenses publiques, et les mesures d’austérité supplémentaires proposées dans l’Examen Annuel de la Croissance contribueront à la féminisation de la pauvreté.

Prostitution !

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Plus de 200 associations issues de 27 États membres de l’UE ont lancé l’Appel de Bruxelles « Ensemble pour une Europe libérée de la prostitution ». Après l’échec des politiques réglementaristes des Pays-Bas et de l’Allemagne, Der Spiegel (principal hebdomadaire allemand) a fustigé la dépénalisation du proxénétisme et le réglementarisme du « travail du sexe » qui entraine, logiques de compétitivité libérales oblige, la mise sur le marché de femmes de plus en plus jeunes et moins chères.

Le Parlement européen a reconnu à plusieurs reprises que la prostitution était un obstacle à l’égalité entre les femmes et les hommes et une violence patriarcale. L’impunité dont jouissent les proxénètes et les clients sont aujourd’hui les premiers moteurs du fleurissement de l’industrie du sexe en Europe.

En 2006, le Parlement identifiait l’existence de marchés de prostitution comme facteur principal de la traite internationale des femmes et des enfants et demandait aux États membres de l’Union européenne de combattre l’idée selon laquelle la prostitution serait assimilable à un travail.

En 2009, le Parlement affirmait que la tolérance manifestée à l’égard de la prostitution en Europe accroissait le marché et le tourisme sexuel.

Le 6 février 2013, le Parlement européen adoptait une résolution incluant la prostitution dans la liste des violences faites aux femmes et des violations des droits humains, en lien avec les négociations ONUsiennes sur les droits des femmes.

En Avril 2013, les statistiques d’Eurostat révélaient l’échec de la politique européenne de lutte contre la traite des êtres humains.

Le 26 mai 2013, Der Spiegel publiait un dossier « L’Allemagne-bordel : comment l’état promeut la traite des femmes et la prostitution ». La dépénalisation du proxénétisme et la réglementation du « travail du sexe » n’ont servi, d’après leur constat, qu’aux proxénètes et aux trafiquants internationaux.

Le 27 juin 2013, la commission « justice, égalité et défense » du Parlement irlandais adoptait un Rapport parlementaire préconisant la pénalisation des clients et la dépénalisation des personnes prostituées. Notons que sur le continent européen, la Suède, la Norvège et l’Islande ont déjà adopté de telles législations, avec succès.


Bruxelles fev11_178

Le Front de Gauche est sur le coup !

Jean-Luc Mélenchon, EuroDéputé, veille tout particulièrement à la défense des droits des femmes au sein du Parlement Européen et publie des comptes rendus argumentés de ses votes sur son blog :

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. à MAMY SUZANNE@AOLCOMM dit :

    que veux-tu que je te dise, tu as raison pour tout mais merci de l’avoir écrit

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