Demain, on mets un coup de boule au système prostitueur !

Demain a lieu la manifestation nationale contre les violences faites aux femmes, à l’occasion de la journée du 25 novembre qui est dédiée à combattre ce fléau. Comme chaque année, elle portera sur son tableau noir la liste incommensurables des femmes envoyées à la casse par milles et un féminicides dans monde, sans oublier celles qui ne sont dans le tombeau que jusqu’à la cheville, le genou ou les oreilles. À l’inverse d’autres génocides, les féminicides ne sont pas des crimes de masse conjoncturels. Ils ont lieu partout, dans tous les pays, en temps de guerre comme en temps de paix, via un pourcentage donné de femmes tuées par leurs conjoints, leurs époux, ou leurs proches dans le cas des crimes d’honneur.

Parmi les bastions de la domination masculine, il y a, non pas le plus vieux métier du monde, mais la plus vieille arnaque patriarcale. Il s’agit du droit des hommes à accéder aux corps des femmes par la voie marchande, la prostitution, plutôt le système prostitueur. Cette année, à l’occasion du vote très prochain de la loi qui veut renforcer les mesures abolitionnistes, la manifestation portera surtout sur cette question. Défileront en tête de manifestation le cortège d’abolition2012 et celui du collectif des jeunes pour l’abolition ! RDV à 14h sur la place du 18 juin, métro Montparnasse.

En France, la prostitution est la dernière violence sexuelle que la loi ne condamne pas. Pire, ce sont les victimes qui sont condamnées au titre du racolage, tandis que les clients ne sont en rien inquiétés ou responsabilisés. {Lire la note des efFRONTé-e-s}

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La France a pourtant maintes fois réaffirmé sa position abolitionniste du système prostitueur. Grande cause nationale 2010; plan interministériel contre les violences faites aux femmes; résolution à l’assemblée nationale… tous ont reconnu la violence inhérente à l’achat d’un acte sexuel. Une convention des Nations Unies et une récente résolution du Parlement Européen ont également considéré la prostitution comme une violation des droits humains. Place aux actes !

Ne nous racontons pas d’histoire. La prostitution, c’est d’abord un business extrêmement lucratif, tenu par des mafias qui privilégient le trafic des corps des femmes à celui de la drogue ou des armes. La raison est aussi simple qu’effroyable : Un corps de femme, contrairement à la drogue et aux armes, se consomme et se vend plusieurs fois. Ces maffias s’attaquent évidemment aux plus vulnérables, les plus pauvres, les immigrées et les plus jeunes.

98% des prostituées sont des femmes et des fillettes (selon l’OIT). L’âge d’entrée moyen dans la prostitution est de 14 ans. Une prostituée procurerait en moyenne 107 000 euros par an à son proxénète (selon INTERPOL). En France, chaque prostituée rapporte entre 300 et 800 euros par jour à son proxénète (selon l’OCRTEH, Office Central pour la Répression de la Traite des Êtres Humains).

Je me réjouis que 73 % de nos concitoyen-ne-s sont pour la responsabilisation des clients. Pour les autres, sachez que le projet abolitionniste, n’est ni puritain, ni irréaliste, ni liberticide, ni défavorable aux victimes.

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Il n’est pas puritain, car il est justement pour la libération sexuelle. Ce qui est libre ne s’achète pas. Acheter, ce n’est pas obtenir le consentement de la femme avec laquelle on aura un rapport sexuel, c’est l’imposer ! Dans la sexualité, le désir doit être réciproque pour que le plaisir soit partagé. Acheter l’accès au corps d’une femme, c’est passer par les lois du marché et du plus fort, violentes et malhonnêtes, pour contourner son désir. Au contraire, la libération sexuelle consiste à extirper les femmes des archaïsmes de la société patriarcale, comme le viol, le viol conjugal, le mariage forcé, le droit de cuissage. Elle consiste aussi à les libérer de la loi du marché.

L’abolitionnisme n’est pas un projet irréaliste. Dans les pays abolitionnistes comme la Suède, nous constatons un recul net de la traite et de la prostitution. Les trafiquants ne s’intéressent plus au marché suédois, du moment qu’on s’est attaqué à la demande. Les proxénètes ne cherchent pas le crime pour le crime, ils cherchent le crime pour l’argent ! Quand on pénalise les clients, on s’attaque aux bénéfices des trafiqueurs, et on les affaiblit. L’argument qui remet en cause une efficacité parfaite ne tient d’ailleurs pas la route : même si les lois progressistes interdisent aujourd’hui le viol, le meurtre, la pédophilie et toutes sortes de crimes dans certains pays, ceux-ci n’ont pas totalement disparu, mais ont indéniablement été diminués.

L’abolitionnisme n’est pas liberticide. Dans un état de droit, tout n’est pas permis. La laïcité, par exemple, restreint les champs d’expression des religions, pour mieux favoriser la liberté religieuse, ou celle d’être athée. Le temps de travail légal par semaine ou par jour, la relative interdiction du travail le dimanche et du travail de nuit, nous protège de l’exploitation. La liberté d’expression existe malgré l’interdiction des propos racistes, négationnistes ou homophobes. De même, dans un état de droit, on peut décider que tout n’est pas à vendre, qu’il n’est pas normal de créer, comme en Allemagne, des publicités avec des soldes sur les prostituées, des menus avec des prostituées, où les proxénètes sont considérés comme des entrepreneurs. Bref on peut décider quelle société nous voulons, qu’est-ce qui peut être soumis à la loi du marché, ou pas.

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Enfin, pénaliser les clients, c’est renforcer le parti des personnes prostituées qui connaissent l’angoisse de suivre le client, cet inconnu, dans une voiture ou dans une chambre. Quand ce client les violente, les menace, veut imposer une pratique qui leur répugne, refuse de porter un préservatif, le rapport de force devient favorable à la personne prostituée. Du moment que c’est lui qui est coupable au regard de la loi, que c’est lui qui est menacé si elle décroche le téléphone pour appeler la police, c’est lui qui se plie à ses conditions, à elle.

Une proposition de loi abolitionniste sera examinée le 27 novembre. Elle est historique, mais doit être améliorée. L’achat d’un acte sexuel doit être un délit, digne d’une amende d’au moins 3750 euros, et non un acte anodin digne d’une simple contravention. Le titre de séjour vie privée et familiale doit être délivré aux victimes sans papiers. La délivrance des titres de séjour aux victimes étrangères arrivés à expiration doit être de plein droit. Nous devons abroger le délit de racolage qui est contraire aux conventions internationales, car on ne doit jamais criminaliser les victimes.

Enfin, les politiques d’austérité sont incompatibles avec une véritable politique visant l’abolition du système prostitueur. Il faudra débloquer des fonds importants pour créer des alternatives et un parcours de sortie de la prostitution. Il faut augmenter les moyens humains et financiers de l’OCRTEH pour démanteler les réseaux. La féminisation de la précarité et des migrations est une porte d’entrée gigantesque dans le système prostitueur. Il faut cesser toute politique criminalisant les migrants, lutter contre le sous-emploi qui est le premier facteur de pauvreté des femmes, donner des moyens aux associations spécialisées, des logements etc.

Bref, on ne combat pas la plus vieille exploitation des corps des femmes avec des bouts de ficelle.

Je vous donne rendez-vous, demain samedi 23 novembre à 14h30 au Métro Montparnasse à Paris, place du 18 juin, pour manifester ensemble contre les violences faites aux femmes, et contre l’une des plus terribles, la marchandisation des corps et de l’intimité.

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