« Femmes », j’écris ton nom.

« Encore un truc de féministe qui sert à rien » ?

bulles

Les féministes luttent rudement pour gagner en légitimité et en respectabilité au sein du mouvement social, alors même qu’elles représentent, non pas une minorité, mais bien moins la moitié des citoyen-nes… pour être gentilles. Car en vrai, c’est plus.

Pourquoi ? Parce qu’à chaque nouvelle lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes, il faut souvent se rebattre pour faire entendre notre voix. Nos contributions ne sont prises en compte qu’après de longues justifications et souvent que de façon superficielle et sans réel engagement, tant le féminisme reste, aux yeux de beaucoup, la lutte d’une catégorie minoritaire, une problématique secondaire.

Tout le monde sait qu’il y a plus de femmes que d’hommes, mais « la femme » est toujours pensée comme une minorité.

l'emporte

En 2010, en pleine crise grecque, les camarades parlaient en tribune de « nos frères grecs ». Plus généralement, ils évoquent dans leurs discours « les ouvriers », « les travailleurs », « les galériens ». Chaque fois que les féministes tapotent du bout des ongles sur la table avec agacement, on leur répond qu’il ne s’agit là que de conventions de langage qui n’affectent en rien ni l’imaginaire, ni la perception qu’on a de ce que ces mots désignent.

Et pourtant…

Je vous engage à ouvrir n’importe quel journal satirique. Vous verrez que tous les personnages dessinés sont des hommes : le travailleur, l’ouvrier, le politique, le journaliste… Les shtroumphs. Évidemment, l’invisibilisation des femmes n’est pas préméditée. Nulle réunion de rédaction n’a précédé l’édition du journal pour sommer les caricaturistes de ne croquer que des hommes. Tout ça pour dire que OUI, quand on dit « les hommes politiques », « les ouvriers », « les travailleurs », on associe bien le mot « homme » à l’idée « homme », on ne visualise que des hommes et on efface les femmes de notre paysage.

un-livre

Autre exemple : Quand on raconte une blague, les personnages sont par défaut des hommes sauf quand il y a besoin pour l’intrigue ou pour le ressort comique que ce soit des femmes. L’homme devient l’humain par défaut, la femme une catégorie.

Dans les faits, les féministes ont beaucoup de mal à convaincre qu’il faut mener des luttes ambitieuses et majeures pour soutenir la cause des femmes partout dans le monde contre le patriarcat tant est installé dans notre imaginaire qu’on ne parle pas des intérêts ou de la condition d’une catégorie « majeure ». Ce défaut de visualisation freine donc la volonté politique de défense des droits de la moitié de l’humanité, en France comme à l’étranger, dont la condition déplorable est euphémisée et dédramatisée. Les femmes sont certes considérées comme la moitié de l’humanité, mais comme l’autre moitié, la seconde moitié.

écrire

La langue ne vient pas de nulle part: 

La langue n’est pas neutre. Elle reflète, porte et perpétue les représentations sexistes dans nos sociétés.

Dans le cadre de notre lutte anti-sexiste, le but de l’épicène est de mettre en lumière de façon explicite le féminin afin qu’il soit rappelé aux cerveaux qui l’éludent. Rappelons d’ailleurs que « le masculin l’emporte » est une notion récente et purement idéologique, instaurée par le grammairien Vaugelas qui assumait clairement que sa fonction était d’entériner la supériorité de l’Homme :

« Le genre masculin étant le plus noble doit prédominer toutes les fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble. » avait-il affirmé en toutes lettres.

Cette règle est donc un pur artefact de la société patriarcale et non une propriété grammaticale anodine issue de l’évolution de la langue française. Avant, on prenait en compte le genre du dernier sujet pour conjuguer, ce qu’on appelait l’accord de proximité. Exemple : « Un homme et une femme sont assises », ou « Le couteau et la fourchette sont posées ».

Depuis cette règle, il suffit qu’un homme rejoigne une assemblée de 100, de 1000, de 10 000 femmes pour qu’il aie le pouvoir de bousculer la phrase, et qu’on écrive « Les manifestants se sont retrouvé en assemblée ».

Le masculin l’emporte, est-ce si vrai ? 

la domination masculine

Malgré cette sacro-sainte règle, tout le monde dit communément « les caissières », « les prostituées », « les infirmières » alors même qu’il suffit qu’un seul caissier existe en France pour que le masculin l’emporte. Les catégories restent surtout marquées par les fonctions traditionnellement attribuées aux genres, et on s’assoit allègrement sur LA règle tant que la cohérence patriarcale est respectée.

De même, est-ce si vrai qu’on n’explicite jamais le masculin et le féminin dans la langue, attendu que le masculin a été érigé en Neutre ? Eh non ! Là aussi, le langage patriarcal fait du zèle et des rappels. On dit communément « les hommes politiques », « un homme d’état », « le troisième homme », « les hommes d’affaire », « les droits de l’homme ». « Femmes de ménage », « femmes de chambre », « femme d’intérieur », « femme au foyer ».

Est-ce que l’épicène ralentit la lecture ?

yeux

Une étude réalisée par Gygax et Gesto démontre le contraire. La lecture n’est ralentie qu’à la première lecture. Mais l’être humain est équipé d’un super cerveau qui s’adapte et intègre toutes les règles qu’on lui propose, une fois ces dernières enregistrées. La féminisation fera certes sursauter un coup la première fois, mais contaminera rapidement les neurones dans un second temps. Personnellement, je peux vous dire que je n’arrive plus du tout à lire des textes non féminisés. Je connais maintenant le même bug ralentissant.

Je pense qu’il ne faut jamais dénigrer l’aspect bataille idéologique que porte la bataille des mots. N’insiste-t-on pas, à gauche, pour défendre l’expression « cotisations » et non « charges » patronales qui laisse entendre que notre système de solidarité repose sur une charge, et n’est-ce pas une bonne chose ?

mots

Le sexisme est si incrusté dans tous les éléments constitutifs de la culture patriarcale, alors il faut le déconstruire partout où on le rencontre pour casser son hégémonie, car ce sont bien ces normes culturelles qui maintiennent (aussi) les rapports de domination.

On passe à la pratique :

Voici une fiche pratique sur la féminisation produite par la commission femmes de Sud Santé Sociaux que m’a fait parvenir mon ami Thierry Lescant !

plume

Publicités

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Suzanne BIGONSKI dit :

    la Question des Femmes est toujours admirablement traitée par Fatima Benomar

  2. partageux dit :

    En te lisant je me grattais la tête. Imaginons un instant que tu sois néerlandophone. Ton combat linguistique tombe à l’eau. En néerlandais il y a deux genres grammaticaux. Le masculin-féminin d’un côté et le neutre de l’autre. Qui ne sont pas liés au sexe. Qui ne sont du reste liés à rien du tout sauf à l’histoire obscure de chaque mot de la langue. Par exemple les mots « homme » ou « femme » sont du genre masculin-féminin. Histoire de corser encore un peu la difficulté de mettre dans une case pour les malades du classement, il suffit d’ajouter un diminutif pour qu’un mot masculin-féminin devienne neutre. Le manneken(pis) en flamand, mannetje en néerlandais (petit homme) est du genre neutre tout comme la poppetje (petite poupée).

  3. Suzanne BIGONSKI dit :

    merci pour cet aperçu de la langue néerlandaise dont je n’ai aucune notion

  4. amoureux fou dit :

    Pour naître touts avons besoin de progéniteurs femme et homme. Le rôle de la femme bien que déterminant pour la pérennité ne doit pas se cantonner à la procréation.

    Avec l’évolution les tâches autant réservées au genre masculin sont de plus en plus en mains des femmes.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s