À quand une loi contre le sexisme ?

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Depuis plusieurs années, mais en fait depuis toujours, les « dérapages sexistes » continuent leur tranquille avalanche. Il n’y a qu’à taper sur un moteur de recherche internet « femmes + citations » pour voir avec quelle constance, et avec quelle violence, l’intelligentsia des mondes intellectuel, culturel, artistique, politique ou encore théologique a toujours proféré des tirades misogynes pour bien se faire voir de ses contemporains.

 « Qu’elles retournent à leurs casseroles » – « Violez-la ! » – « Ce n’est qu’un troussage de domestique » – « Y a pas mort d’homme« …

Les tirades du sexisme ordinaire sont à l’image du machisme global qui sévit partout, nourrissant la parole publique, structurant les comportements misogynes, infestant les publicités, se démocratisant partout sur la toile comme sur le petit écran. Il y a quelques jours, un collectif d’associations féministes (Osez Le Féminisme, les Chiennes de garde, le Collectif Féministe Contre le Viol, l’AVFT Libres et Égales) a mobilisé plus de 3000 signataires autour d’une pétition réagissant au « Violez-la » du pédiatre Aldo Naouri, qui a été amené à s’excuser publiquement. Mais jusqu’à quand devrons-nous nous épuiser à dénoncer des offenses aussi graves qu’innombrables ? Ne devrait-on pas, au lieu de lancer perpétuellement des campagnes anti-sexistes, disposer d’une loi qui pose le débat en ses termes globaux ?

Souvenons-nous, il y a quelques années, des débats sur le pacs ou sur la parité. Ces derniers avaient déclenché une réflexion en profondeur de l’ensemble de notre société sur la question de l’homophobie ou de l’égalité femmes-hommes. Ils avaient même relevé l’urgence de parler de ces sujets, tant les réactions de certains ont durablement marqué nos mémoires. La promulgation d’une telle loi pourra enfin envoyer un signe fort aux personnalités publiques et aux publicitaires, qui devront situer leurs discours par rapport à la nouvelle norme que leur poserait la société. Le phénomène et la revendication ne datent pas d’hier !

Un projet inabouti depuis 1974

Comme l’avait souligné, en juin 2004, la « Pétition pour une vraie loi anti-sexiste » des Chiennes de garde, les dérapages fleurissent à toutes les saisons, et toutes les décennies sont bonnes à leurs vignes :

 « En 1999, Dominique Voynet était publiquement traitée de « salope » au salon de l’agriculture. En 2004, Véronique Fayet est traitée de femme adultère par un autre candidat. En 2000, FHM mettait en couverture « Gagnez une vraie femme, valeur 20.000F ». Le 27 juin 2003 sur TF1, un candidat menace deux femmes, les traite de sorcières et dit qu’il ne parlera qu’à leur mari. Le 8 mai 2004, deux comédiennes sont successivement traitées de « grosse pute » sur France 2 par les animateurs. »

 C’est en 1974 que la première proposition de loi anti-sexiste a été élaborée par la Ligue des droits des femmes, à travers un texte publié dans Le monde, « Pour une loi anti-sexiste ». Quelques années plus tard, en mars 1979, Simone de Beauvoir renchérissait via un second article intitulé « De l’urgence d’une loi anti-sexiste ». En 1980, le projet fit l’objet d’un rapport favorable de la commission des lois du Sénat, avant que l’ancienne ministre des Droits des femmes, Yvette Roudy, promette le dépôt d’un projet de loi en juin 1981. Deux ans plus tard, il était enregistré à l’Assemblée nationale.

… Et quel fut le résultat de toutes ces courses ? La ministre avait été personnellement attaquée de façon assez scandaleuse, et le projet abandonné

En sommes-nous encore à faire des états des lieux ?

Si nous disposons aujourd’hui d’un texte de loi qui permet de sanctionner les incitations à la violence sexiste en se portant partie civile contre elles, il reste très inabouti. De fait, il établit une hiérarchie entre homophobie et sexisme. Traiter une personne de « sale gouine » ou de « tarlouze » constitue aujourd’hui, et nous nous en réjouissons, une injure aggravée au regard du code pénal, tandis que la traiter de « pute » ou de « salope » ne sera pas sanctionné de la même manière.

Pourtant, tous les jours, des milliers de femmes sont impunément insultées EN TANT QUE FEMMES, c’est-à-dire spécifiquement en raison de leur sexe. À l’université, selon les enquêtes de la LMDE, près d’un quart des étudiantes ont été victimes d’insultes à caractère sexiste.

Mais en sommes-nous encore à faire des états des lieux ? Les femmes ne peuvent-elles témoigner en chœur des insultes sexistes et du harcèlement sexuel qu’elles endurent dans l’espace public ? La fameuse vidéo-trottoir de la féministe belge ne donne-t-elle pas une pièce à conviction assez convaincante, même si j’ai bien remarqué que beaucoup de mes amis masculins sont tombés des nues en la voyant ?

Pour qu’une loi anti-sexiste soit adoptée, il faut une volonté politique.

Je considère que la loi de 1972, contre le racisme et l’antisémitisme, est une grande réussite et un bel acquis. Elle n’a mis fin, que je sache, ni à la liberté d’expression, ni à la liberté de création artistique, malgré les éternelles protestations de ceux qui prétendent « qu’on ne peut plus rien dire en France. » Force est de constater, au contraire, qu’on peut aujourd’hui tout dire sur les femmes, que toute boue est bonne à les y faire traîner. Promulguer une loi anti-sexiste équivalente à la loi anti-raciste, c’est reconnaître que les femmes, au même titre que des minorités ethniques, sont victimes de violences et de stigmatisations spécifiques, basées sur des théories essentialistes fumeuses qui leur inventent des caractéristiques stéréotypées, et le plus souvent dévalorisantes.

Tenons-nous le pour dit : nous n’avons pas affaire à une éternelle succession d’incidents, mais à une extrême tolérance envers LE SEXISME. Cette tolérance s’étend ensuite à celle qu’a la société envers les inégalités femmes-hommes, dans toutes les couches de la société, toutes les professions, tous les territoires.

Il est grand temps pour la France de se doter d’une loi contre le sexisme !

 La parole sexiste décomplexée banalise les violences et les discriminations faites aux femmes. De l’autre côté de la chaîne, ce sont des milliers de femmes qui sont rabaissées et moquées dans l’espace public, dénigrées dans le monde du travail, remises en cause dans leurs compétences, ce qui explique en partie le scandale des inégalités salariales à poste équivalent.

Si on ne met le holà au sexisme qui circule de façon de plus en plus démocratisée sur les supports publicitaires viraux, les médias et la toile, les femmes risquent d’être, encore et toujours, méprisées par les prochaines générations d’hommes et de femmes qui absorbent ces messages. Est-ce là la France de demain dont nous voulons hériter pour nos petites filles, comme pour nos petits garçons ?

Nous en avons assez de sursauter d’indignation à chaque parole sexiste, qui n’est presque jamais menacée par nos protestations.

Nous en avons assez de voir couler tous les 8 mars, des litres de larmes de crocodile sur les joues de diverses personnalités publiques, aussitôt séchées le lendemain.

Nous réclamons un texte de loi anti-sexiste, définissant moyens et sanctions pour condamner les discriminations et insultes à caractère sexiste.

 >> SIGNEZ LA PÉTITION <<

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