Et les Lumières furent !

Incontestablement, la Révolution française ne fut pas assez imbibée de ses propres Lumières pour décréter aussitôt l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais j’ai en envie d’écrire aujourd’hui ces mots pour lui reconnaitre d’avoir au moins semé les graines des pensées humanistes et égalitaires dont les mouvements féministes allaient, dans les siècles qui suivront, profiter des fruits pour plaider leur propre cause.

Reconnaissons-le : si le mouvement de libération des femmes a pu, dans certains pays seulement, entamer la conquête des droits fondamentaux de la moitié du genre humain là où d’autres échouent en dépit des diverses révolutions qui les bouleversent, c’est aussi parce que la révolution culturelle qu’a été le Socialisme puise dans la philosophie des Lumières de quoi disposer aujourd’hui les esprits aux idées égalitaires. Il est donc heureux que la petite graine qu’ont semé les révolutionnaires il y trois siècles soit aujourd’hui devenue un arbre imposant, et que ses branches s’allongent encore pour cueillir de nouvelles conquêtes progressistes, comme ce fut le cas pour le droit à l’avortement, la libération sexuelle, l’abolition de la peine de mort ou encore les droits des personnes homosexuelles et transsexuelles, sous l’impulsion bien sûr des mouvements qui se sont engagé pour les obtenir.

Révisons quelques fondamentaux. La Gauche, qui plonge ses racines philosophiques dans la révolution française de 1789, affirme que le pouvoir ne doit être ni le privilège d’un individu, comme le supposait l’absolutisme royal, ni celui d’une caste comme l’étaient la noblesse ou le clergé. Humaniste et rationaliste, elle considère que la Nation est avant tout une collectivité de citoyens libres et dotés de droits, gravés dans une déclaration, et s’élève contre l’arbitraire qui domine la tradition monarchique et aristocratique. Enfin, elle considère que tout citoyen doit pouvoir s’émanciper de la place que cette société lui a donnée.

Si on résume ces définitions : « le pouvoir ne doit pas appartenir à une caste particulière ; la Nation est une collectivité de citoyens libres dotés de droits ; un nouvel ordre s’élève contre l’arbitraire ; chaque citoyen doit pouvoir s’émanciper de la place que la société lui a donné »… on aurait presque l’impression de lire un plaidoyer féministe, non ? C’est ce que Victor Hugo écrira à Léon Richer, cofondateur du premier quotidien pour les femmes avec Marguerite Durand, en 1887 :

« Dans notre civilisation, il est douloureux de le dire, il y a une esclave. La loi a de ces euphémismes : elle l’appelle une mineure ! Cette mineure selon la loi, cette esclave selon la réalité, c’est la femme. Dans notre législation, la femme ne possède pas, elle n’este pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n’est pas. Il y a des citoyens, il n’y a pas de citoyennes. C’est là un état violent : il faut qu’il cesse. »

Il faudra attendre 1830 pour que Charles Fourier invente le mot « féminisme », et 1892, lors du congrès des Droits de la femme présidé par Marguerite Durand, pour qu’il entre dans le langage courant. Mais revenons à la Révolution Française :

Lors des débats sur les conditions de formation des assemblées primaires, la question du droit de vote des femmes ne fut pas soulevée à l’Assemblée Constituante. Et ce n’est pas faute que quelques-unes essayèrent d’y mettre le nez ! Leurs cahiers de doléances, les « Très humbles remontrances des femmes françaises » ou les « Pétitions des femmes du Tiers-Etat au roi » témoignent de l’espoir qu’ont cultivé certaines de sensibiliser la Constituante à leur cause. La plus célèbre trace de cette tentative reste l’ouvrage que dédie Olympe de Gouges à la reine en 1791, « Les droits de la femme et de la citoyenne », calqué sur la Déclaration des Droits de l’homme.

C’est néanmoins à un homme, Condorcet, qu’on doit le premier manifeste féministe de la Révolution : « Essai sur l’admission des femmes au droit de cité ». Visionnaire s’il en est, il réclame aussi la liberté de la presse, l’abolition de la peine de mort, des droits civiques égaux pour les protestants et l’abolitionnisme de l’esclavage pour les « nègres », attendu que toutes les oppressions faisaient, dans son esprit, obstacle au progrès. Il dit haut et fort, en 1790, que le terme de suffrage universel était une imposture si on en excluait la moitié du pays, et que tout être humain, quels que soient sa couleur, sa fortune ou son sexe, y devait avoir droit. Aussi, il fut le seul théoricien de la Révolution à critiquer la Déclaration des Droits de l’homme qui ne fait pas allusion aux droits de la femme, ce dont personne ne s’était avisé.

Député de l’Assemblée législative, on lui doit également une petite étude sur les droits des femmes où on peut lire ces mots « Est-il une plus forte preuve du pouvoir de l’habitude, même sur les hommes éclairés, que de voir invoqué le principe de l’égalité des droits en faveur de trois ou quatre cents hommes qu’un préjugé absurde en avait privés, et l’oublier à l’égard de douze millions de femmes ? »

Si ce grand homme eu eut meilleur crédit, le Mouvement de Libération des Femmes serait aujourd’hui vieux de quelques siècles, mais on doit tout-de-même à la Révolution Française quelques avancées concrètes comme l’égalité des droits de succession en 1791, le divorce tant réclamé par Olympe de Gouges ou encore la reconnaissance civile en 1792… droits qui n’auront hélas qu’une courte vie puisque le code civil napoléonien rétablira, dès 1804, les pleins pouvoirs du chef de famille, précisant dans l’article 1124 avec une effroyable crudité que « les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux. »

Il n’était toutefois pas besoin d’attendre Napoléon pour qu’un nuage assombrisse le ciel de cette petite éclaircie. Dès 1791, Mme Roland écrivait « Nous ne sommes plus en 1789 : on nous a préparé des chaines. » Elle ne se trompait pas. Un décret de Prairial, an II, interdit aux femmes d’assister, même en spectatrices, aux Assemblées Nationales. La Constitution de l’an III leur refuse le droit de cité. Enfin, la Convention de Thermidor leur ordonne par décret de rester dans leurs domiciles et menace d’arrestation toutes celles qui seraient trouvées assemblées à plus de cinq !

Il faudra attendre le siècle des encyclopédistes, des libertés individuelles et autres modernismes pour que le thème du féminisme renaisse timidement – aucun ouvrage n’est consacré à la condition féminine – où Montesquieu écrira dans L’esprit des lois : « L’empire que nous avons sur elle est une véritable tyrannie […] Nous employons toutes sortes de moyens pour leur abattre le courage. Leurs forces seraient égales si leur éducation l’était aussi. »

D’alembert adressera également à Rousseau, leader de l’antiféminisme du XVIIIème siècle dont l’influence sera malheureusement déterminante dans cette mise au pas brutale des femmes, ces réflexions où il déplore « L’esclavage et l’espèce d’avilissement où nous avons mis les femmes, les entraves que nous donnons à leur esprit et à leur âme, le jargon futile et humiliant pour elles et pour nous auquel nous avons réduit notre commerce avec elles, enfin l’éducation funeste, je dirai presque meurtrière, que nous leur prescrivons sans leur permettre d’en avoir d’autre […] »

Quant à la grande encyclopédie publiée par Diderot en 1766, elle ne donne de la femme qu’une déplorable description, concluant que « la Nature semble avoir conféré aux hommes le droit de gouverner. » – affirmation pour le moins arbitraire au siècle de la Raison.

Citons pour finir le girondin Brissot qui nous laisse un drôle de mi-aveu : « Plaire, amuser était le grand art que les femmes devaient apprendre toute leur vie… Une femme livrée à la politique me paraissait un monstre ou tout au moins une précieuse ridicule d’un nouveau genre. Il n’est pas douteux que si j’eusse voulu réfléchir sur mes opinions, je n’eusse bientôt découvert leur absurdité et j’eusse tourné le ridicule contre moi-même au lieu de l’exercer sur les femmes politiques. »

Ah, s’ils eussent voulu réfléchir !

Publicités

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Dominique dit :

    Relis toi, c’est du sabir.

    -On ne s’imbibe pas de lumières pck imbibé > notion de mouillé

    – On accorde verbe et sujet (… plaider sa/leur propre cause )
    « …ne fut pas assez imbibée de ses propres Lumières pour décréter aussitôt l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais j’ai envie d’écrire ces mots aujourd’hui pour lui reconnaitre d’avoir au moins semé les graines des pensées humanistes et égalitaires dont les mouvements féministes allaient, dans les siècles qui suivront, profiter des fruits pour plaider sa propre cause. »

    Merci pour la langue française.

    1. Judith Beauvois dit :

      Dominique : Taaa Gueuuuule : arrête de faire chier, dégage, libère l’air que respire fatima, trouve-toi une vie, trolle ailleurs !!!

  2. Loïc Digaire dit :

    Très belle leçon d’histoire,merci Fatima 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s