Les efFRONTé-e-s sont dans la place :-)

Cela fait maintenant trois ans que je suis une militante active et passionnée du mouvement féministe français. Trois ans… c’est un bon âge pour faire des bilans.

Quelles années denses, riches et instructives ! Combien y ai-je appris sur moi-même, sur le monde et sur la façon dont notre société, voire notre humanité s’est construite et absorbe toujours les individus dans d’archaïques systèmes de classifications et de catégorisations. Combien de rencontres, de formations et de révolutions intérieures !

Tout a commencé en 2009. Je reçois un mail de Caroline de Haas qui vient de lancer le collectif « Osez le féminisme ». A l’époque, ce n’était pas encore cette énorme association qui rassemble dans ses réunions mensuelles une centaine d’adeptes. Juste une brochette de jeunes femmes aux caractères bien trempés qui planifient consciencieusement le lancement d’un nouvel outil au service de la cause féministe, de son extension et du renforcement de son mouvement. On cherchait des volontaires pour tenir un modeste coin de stand à la fête de l’Huma, prêté par les copines de Femmes Solidaires, et on organisait ce qui allait être la très belle manifestation féministe du 17 octobre 2009 et ses 15 000 batteuses et batteurs de pavés.

J’avais mes petits réflexes de militante UNEF qui dit « oui » avant de se poser la question, alors j’ai dit « oui » à tout ! J’étais féministe dans l’âme, mais je ne m’étais pas remué les méninges outre-mesure sur tout ce que cet investissement impliquait. Quelle importance ? Le cœur y était !

Une semaine avant la manif’, on organisai une réunion pour entraîner le plus de monde avec nous. Patric Jean était en tribune grâce à la sortie imminente de son merveilleux documentaire « La domination masculine ». Il acheva sa courte intervention – l’homme est modeste – avec ces mots simples : « Rendez-nous service, mesdames : dites-nous non ! »

Cette petite phrase, sommes toutes assez bateau, a tournoyé et s’est agité dans mon esprit pendant tout le chemin du retour. Je venais de sortir du métro quand un taximan ralentit, baissa la vitre et me dit d’une voix lancinante : « Allez, ma petite dame, montez, je vous raccompagne gratos ! » Je refusai avec ma petite voix timorée d’alors. Il insiste. je me retourne et la fameuse recommandation de Patric prit soudain corps d’elle-même et retentit en ces mots : « Monsieur, quand une femme dit non, c’est NON ! » … à quoi le malotru rétorqua ces mots mémorables qui me font encore sourire : « Et ton Non, il ressemble à quoi, à ton cul ?! »

Je ne saurai vous décrire les ailes que j’ai senti s’écarter et grandir au fond de moi, ce mélange de fierté et de renaissance. Mes pas furent plus grands alors que je terminai ma route. Un sentiment d’arrogance nouvelle forçait mes lèvres aux sourires et mon regard à défier l’horizon.

Le lendemain, j’étais de nouveau dans le métro. Comme ça arrive quelques fois, un gars me regarde avec insistance, se passe de temps en temps la langue sur les lèvres et fait mine de murmurer des cochonneries. Alors que la Fatima d’il y a quelques jours aurait regardé ailleurs, se serait cousu les fesses et aurait trouvé le temps très long avant que l’un de nous ne descende, je dis de ma voix la plus haute : « Monsieur, cessez de me regarder en vous léchant les lèvres, ça me gène ! »… Stupeur et confusion du côté de l’agresseur. Je souris, comme il fait bon être féministe !

Au delà de ces petites anecdotes, j’ai collectionné pendant trois ans les réunions du Collectif National aux Droits des Femmes ; j’ai profité des formations collectives d’Osez Le Féminisme sur un nombre infini de thématiques ; j’ai fait des rencontres bouleversantes et assisté aux conférences de Catherine Vidal, de François Héritier ou encore du Mouvement du Nid. Je grandissais à vue d’œil, j’affirmai mon féminisme, je domestiquai les fameuses piques dont on devient ostensiblement la cible dès lors qu’on affiche un anti-sexisme décomplexé. Je devins membre du Bureau d’OLF et responsable du groupe égalité professionnelle.

Ça tombait bien, j’étais aussi militante du Parti de gauche et j’avais pleins de choses à dire sur le modèle libéral que l’organisation capitaliste de l’économie faisait subir aux peuples. Mes lectures les plus agréables étaient celles des travaux de Christiane Marty qui démontrait très justement qu’il n’y a pas de droits des femmes envisageables ni possibles dans le contexte d’une politique d’austérité.

Lors de la présidentielle de 2012, alors que je faisais celle de JL Mélenchon, l’équipe de campagne me confia la tâche de gérer les questionnaires et courriers féministes qui lui étaient adressé et de représenter le Parti de Gauche dans le Front de Gauche féministe.

Aujourd’hui, la donne a changé ! Nous avons un gouvernement clairement social-démocrate et austéritaire au vue des politiques et des annonces qui pleuvent depuis l’investiture de Hollande, avec au menu : Hausse à peine symbolique du Smic ; Réforme des retraites dont les droits qui bénéficiaient aux travailleuses et travailleurs régressent nettement par rapport à ceux perdus en 2010 ; Renégociation insignifiante du traité Sarkozy-Merkel… et en prime, une ministre aux Droits des Femmes qu’on a accablé du titre de Porte-Parole du Gouvernement, piège fatal qui lui donne comme tâche de défendre la fameuse non-hausse du Smic alors même qu’en tant que défenseure de la cause des femmes, elle est évidemment la ministre des plus précaires et des plus maltraitées !

L‘expérience de ces trois années de terrain m’a appris que la crise économique et les politiques d’austérité faisaient exploser les inégalités femmes-hommes et condamnaient les droits et les structures qui les protègent, c’est bien pour cela que les deux formations associative et politique au sein des quelles je militais avaient décrié l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites, la restructuration de l’hôpital public qui entrainait la fermeture de plusieurs dizaines de centres d’IVG, ou encore une vision libérale du monde du travail qui ne cessait de pondre de nouveaux contrats précaires, en Interim, temps-partiel ou CDD. Cela va sans dire qu’ils incombent très majoritairement aux femmes. Tout cela, le Socialisme façon Ayrault ne semble pas vouloir le remettre en cause !

Bref, le contexte a changé ! C’est pourquoi j’ai décidé, avec quelques amiEs qui partagent ces analyses, d’adapter notre engagement féministe à cette nouvelle donne : nous créons donc les « efFRONTé-e-s » !

Rigueur et droits des femmes sont inconciliables…

Divers travaux et rapports le montrent : en plus de condamner toute possibilité d’émancipation, de droits sociaux, de relance et de progrès, l’Austérité détruit les outils qui permettent de faire évoluer les droits des femmes. Toutes les politiques qui ont été menées pour faire des économies de bouts de chandelles n’ont fait que provoquer de nouvelles régressions !

Puisque la gauche l’a emporté, nous réclamons l’égalité !

A l’entre deux tours des présidentielles, la campagne « Les droits des femmes passent par la gauche » a interpellé les militant-e-s féministes en les invitant à glisser le nom du candidat socialiste dans l’urne.

Puisque la gauche a gagné, nous exigeons aujourd’hui qu’elle mette en œuvre de réelles politiques en faveur de l’égalité : ce qui consiste, malgré ses évidentes réticences, à créer 500 000 places en crèche ; à augmenter le SMIC de façon significative ; à imposer aux entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale une obligation de résultats avec une pénalisation financière s’élevant à 10% de la masse salariale ; à lutter contre les contrats précaires et le temps partiel pour que le CDI à temps plein redevienne la norme ; ou encore à revenir à la retraite à 60 ans sans décotes et sans augmentation de la durée de cotisation !

Premiers pas de l’association :

Notre création s’est signalée par un dynamisme réjouissant !

  • Vendredi 29/06 : Création du BLOG
  • Samedi 30/06 : Diffusion du tout premier tract à la Marche des fiertés LGBT >> Album facebook.
  • Dimanche 01/07 : Réunion de lancement, actant la rédaction mensuelle d’un journal.
  • Mardi 03/07 : le Ministère des Droits des Femmes, via sa « synthèse de l’actualité » signale notre naissance.
  • Vendredi 06/07 : Première action de terrain dont voici le Tract.

Je n’ai plus donc qu’à vous encourager à participer à cette nouvelle aventure ou, en attendant, à suivre notre actualité sur notre Blog ou sur nos réseaux sociaux :

Très féministement et tendrement, je remercie Osez Le Féminisme, dont j’ai quitté le bureau avec beaucoup d’émotions l’année dernière, pour le rôle qu’ont joué ses fondatrices dans ma formation et mon éveil à la sensibilité féministe et progressiste. J’espère que ses fières soldates gardent le souvenir d’une militante exigeante, qui ne cèle pas ses désaccords, mais aussi d’une militante qui s’est efforcée de contribuer à nos travaux, créations médias et réflexions communes, qui a assumé ses responsabilités au sein de l’association, et qui n’a pas boudé le terrain de l’action militante. Les divergences ne sauraient, aux cœurs sincères, être sources d’inimitié !




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