FRONT DE GAUCHE 2012 : les sables mouvants


L’après-réveillon – n’est-ce pas – est un bon moment pour faire des bilans ! Les vapeurs de vodka, dont les festivités de fin d’année ont gorgé notre sang, se sont évaporé et le voile qui endormait nos neurones s’est déchiré tout-à-fait… plus d’excuses !

Comme d’habitude je ne sais par où commencer ? D’où mon goût pour les fiches thématiques qui tiennent lieu, sur ce blog, d’articles, en dépit des ponts que celles-ci se jettent fatalement les unes sur les autres tant le patriarcat est, comme tout régime systémique, un dispositif cohérent. Ici je voudrai vous parler de ce qu’a été l’année 2011 pour les femmes, et pour cela il va falloir que je trie parmi telles attaques sociales, tels reculs du droit à disposer de son corps, telle manifestation du sexisme ordinaire… alors voilà, le mieux est d’opter pour la méthode scolaire et d’organiser ça avec des chapitres thématiques !

Trois chapitres pour trois sphères globales où les droits des femmes ont encore vu leurs faibles fondements branler sur les sables mouvants.

1) Le social :

Comme chaque année, le 8 mars a donné aux féministes l’occasion de faire parler des inégalités entre les femmes et les hommes et d’en vulgariser les bilans. Il faut dire qu’on a tendance à s’ennuyer un peu de les connaître par cœur sans que personne ne s’en enquiert le reste de l’année ^^. À l’assemblée Nationale, la députée et coprésidente du PG Martine Billard en a profité pour interroger le gouvernement sur les inégalités salariales qui s’élèvent toujours à 27%, et a proposé dans la foulée, au nom de notre groupe parlementaire, le groupe de la Gauche démocrate et républicaine, une loi plus exigeante envers les entreprises qui ne respectent pas l’égalité.

Quelques semaines auparavant, dans une des salles de la Bourse du travail où se réunit le plus souvent le « Collectif National des Droits des Femmes », nous débattions entre militantes issues de partis, de syndicats, d’associations et plus globalement de la société civile engagée dans la lutte féministe sur ce que nous devions faire de cette journée militante. Finalement, l’année 2011 ayant été entamée par les flamboyantes révolutions du printemps arabe, nous décidâmes de faire de ce 8 mars une journée de solidarité internationale avec la révolte de nos copines tunisiennes, égyptiennes et autres combattantes des pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Par ailleurs, l’histoire allait bientôt nous apprendre, ou plutôt nous rappeler, que les révolutions ne sont pas toujours vouées à transformer les sols qu’elles embrasent en engrais de conquêtes féministes. Les femmes ont eu beau être en première ligne des mobilisations pour la démocratie et contre la dictature, l’hiver islamiste a engouffré les couleurs du rouge révolutionnaire dans son gris funèbre, et écrit des constitutions où les droits des femmes reculaient. Quelles crève-cœur de les avoir vu, dans la place Tahrir en Égypte par exemple , s’exposer aux pires humiliations et aux crimes sexistes les plus sordides, contre leurs intérêts au final !

Pour toutes ces raisons, la manifestation unitaire du 5 mars a défilé devant les ambassades d’Algérie, d’Iran et d’Égypte, pour exiger des États de droit et laïcs, le rétablissement des libertés individuelles, l’abrogation du Code de la famille et l’égalité des droits… etc.

Quelques jours plus tard, le 22 mars, Martine Billard a de nouveau pris la parole à l’Assemblée Nationale pour dénoncer l’inefficacité de la proposition de résolution de l’UMP sur l’égalité femmes/hommes, et expliquer l’abstention pour laquelle optait notre groupe parlementaire. C’était sans compter la dernière trouvaille absolument cosmique (pour ne pas cosmétique, vous allez comprendre ) du service public de l’emploi !

Comme les entreprises sont apparemment exemp­tées d’assumer leurs responsabilités en terme de chômage, nous avons vu Pôle Emploi décider d’apprendre aux chômeuses et aux chômeurs à « se vendre », en accueillant dans leurs locaux des ateliers de « relooking » où les femmes furent invitées à se plier à des séances de remise en beauté, avec au menu : coiffure, maquillage, manucure, vêtement… « Maintenant, vous n’avez plus d’excuses ! » En parallèle à cette lamentable fadaise, le gouvernement renvoya à l’après 2012 l’application de leur modeste décret qui condamnait à d’insuffisantes pénalités les entreprises qui n’appliquaient pas de mesures en faveur de l’égalité… C’est dire si le CNDF (Collectif National Droits des Femmes) fut inspiré de ne rien attendre de leurs initiatives, puisqu’il a de son côté lancé la campagne « Égalité des salaires entre les femmes et les hommes, maintenant » que le Front de Gauche et qu’Osez Le Féminisme, pour ne parler que des organisations où je suis investie, ont bien évidemment soutenue.

28 juin, nouvelle offensive anti-sociale ! Le Samu du Centre d’Hébergement d’Urgence parisien « Yves Garrel », le seul qui accueillait les femmes en grande précarité, fermait ! Les camarades du Front de Gauche ont immédiatement joint leurs protestations via un communiqué de presse à celles des nombreuses associations féministes qui se sont rassemblé le mercredi 29 juin devant le centre sacrifié pour crier leur consternation !

En parlant de rassemblement, les 2 et 3 juillet, 44 associations féministes et plus de 600 participant-e-s se sont remué les méninges à Évry lors de la première édition des Rencontres d’été « Féministes en mouvements » avec au programme : débats, rencontres, ateliers, librairie féministe, et pour finir un appel unitaire qu’a participé à amender Delphine Beauvois du PG en sa qualité de militante associative à la Maison des Femmes de Montreuil. Bien qu’un appel si largement signé ne pouvait être que trè-èèè-s consensuel, il est de bon aloi, vu les divisions dont souffrent les mouvements sociaux en général et le mouvement féministe en particulier, de nous réjouir de voir tant d’associations rassemblées, échanger, se former les unes les autres et construire ensemble des revendications communes.

Dans les couloirs de l’université d’Ivry, j’eus le plaisir de rencontrer l’ami Olivier Roche, syndicaliste CGT et travaillant au SDFE, occupé à diffuser un tract qui ne présageait rien de bon :

Juillet ! C’est donc au tour de l’intersyndicale du SDFE, le « Service des Droits des Femmes et de l’Égalité » de tirer la sonnette d’alarme en dénonçant quatre ans de démantèlement et de manque de moyens alloués au service qui fut dissout dans une grande direction dite de la « cohésion sociale ». Beaucoup d’association de défense des droits des femmes protestaient également contre la rigueur qui s’abattait sur leurs maigres subventions, et nous étions d’autant plus indignés que les inégalités entre les femmes et les hommes ne cessaient de se creuser avec la crise ! Bref, le constat était général, NOUS NE POUVIONS PLUS faire l’économie d’une réel Ministère et d’une administration dédiés aux droits des femmes pour que le mot « égalité » cesse de rougir sur le Fronton de la République. L’histoire récente de la conquête des droits des femmes nous l’a trop apprise : Il n’y a pas de droits des femmes qui avancent quand les moyens mis en œuvres reculent. Seule une politique volontariste peut aboutir à quelques avancées !

Septembre, le bilan des inégalités est si alarmant que la 76e édition de la Fête de l’humanité s’ouvrit sous le chapiteau de l’Agora avec un débat baptisé « Les femmes l’ouvrent ». « Nous devons réussir à créer un langage où les femmes existent, ne sont pas invisibles » déclara Marie-Georges Buffet. « On aime souvent se réclamer du combat des citoyens, des ouvriers… mais on oublie toujours de citer les citoyennes, les ouvrières !»

Nous profitâmes aussi de la fête pour lancer le « Front pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes » en présence de Delphine Beauvois du PG, de Laurence Cohen du PCF, de Clémentine Autain de la FASE, de Stéphanie Treillet de Convergences et Alternative et de Marie-Pierre Toubhans de la GU, ainsi que de représentantes de plusieurs associations, quelques mois après qu’elles se soient réunies au premier Forum partagé féministe du 20 mai à Ivry, où un appel fut rédigé pour grossir notre programme « L’humain d’abord » et son chapitre féministe.

Fin novembre, bonne nouvelle ! Le Front de Gauche accueille avec enthousiasme le soutien de l’association « Femme Égalité » pour les présidentielles et les législatives de 2012. Nous ne pouvions que souscrire à l’analyse qu’elles faisaient de la dégradation des droits des femmes en tant que premières victimes de la crise et des politiques d’austérité, or quel candidat n’avait cessé d’en analyser les mécanismes aussi bien que les effets si ce n’est le candidat du Front de Gauche, tandis que le reste de la Gauche, qui n’avait plus d’anti-libéral que le nom, s’abstenait de tenir compte de nos analyses et même de répondre à notre offre publique de débat ? Bref, nous n’attendions pas moins d’une organisation qu’on avait toujours vu se battre à nos côtés contre la réforme des retraites, pour l’augmentation des salaires, pour un réel service publique de la petite enfance, contre les fermetures de centres d’IVG et de maternités, sans oublier les travailleuses sans-papiers qui font preuve d’un courage et d’une détermination sans bornes pour être régularisées.

2) Notre corps nous appartient !

Il faut le reconnaître à la gloire des féministes, en matière de droit à disposer de son corps, l’année a plutôt bien commencé ! Nous avons pu saluer dès janvier le succès de la mobilisation qu’avait menée l’increvable collectif « pour la réouverture du centre IVG de l’hôpital Tenon » durant quinze mois d’action et de manifestations d’une ténacité exemplaire. Le centre avait fermé en juillet 2009 et n’a rouvert ses portes que sous la pression de cette lutte à laquelle le Front de Gauche avait très activement participé, notamment de par la présence de notre élue du 20ème arrondissement de Paris Danielle Simonnet.

Mais le droit à l’avortement a aussi eu sa part de mésaventures en 2011. Outre que la loi HPST continuait à entrainer la fermeture des hôpitaux de proximité et des centre IVG qui vont avec, des rassemblements anti-avortement, appelés par le collectif catholique intégriste « SOS tout-petits », ont campé plusieurs samedi pour prononcer des prières publiques face au centre IVG de Tenon, et ce depuis le 17 septembre. Mais comme il était hors de question que nous leur cédions une si belle place, nous fumes également là pour leur tenir tête et montrer que les progressistes étaient plus nombreuses/x et plus mobilisé-e-s qu’ils ne pensaient.

Par ailleurs, les centres IVG ne furent pas les uniques victimes collatérales des politiques libérales que nous avions à endurer, ou plutôt à combattre. La Maternité des Lilas, lieu symbolique de nos luttes, défendait depuis sa création en 1964 une tradition inégalée d’écoute, de prise en charge et d’accompagnement de la grossesse et de l’accouchement des femmes ET des hommes qui étaient invités à s’investir dans tous ces processus. Elle assurait environ 1700 naissances et 1200 IVG par an. Or l’Agence Régionale de Santé, chargée par l’État de mettre en œuvre la casse des services publics dans le secteur de la santé, avait remis en cause des engagements qui prévoyaient la reconstruction de la maternité. Un collectif s’est constitué et a appelé, entre autres, à la manifestation nationale du samedi 24 septembre où nous autres militant-e-s du Front de Gauche battîmes le pavé aux côtés de notre candidat Jean-Luc Mélenchon et de notre députée Marie-Georges Buffet.

3) Sexisme et violences :

Retour à la ligne… Le 18 février, nous fûmes tout bonnement indigné-e-s face au sexisme décomplexé qui s’est immiscé, comme c’est souvent le cas, dans la vie sociale et professionnelle des femmes. Le site « Sensuel Clean Service » ne proposait ni plus ni moins que de mettre à la disposition de ses clients des femmes de ménage en petite tenue. Pourtant, comme le savent nos aînées, l’un des acquis majeurs de la lutte féministe pour l’égalité et la dignité a été que les femmes ne soient plus sexuellement corvéables dans le monde du travail, raison pour laquelle notre camarade la maire communiste de Vénissieux, Michèle Picard, porta plainte pour atteinte grave à la dignité humaine et contre la marchandisation du corps humain, aidée en cela par des associations féministes locales. Victoire : le site est aujourd’hui fermé ! 🙂

Quelques temps plus tard, c’est la question de la prostitution qui enflamma le débat public. Le 14 avril, l’acteur Philippe Caubère prit la plume pour défendre la sexualité tarifée au nom d’une liberté soit-disant « libre et non faussée », et pour dénoncer le projet de loi qui entendait pénaliser les clients de la prostitution. De notre côté, l’élu communiste Ian Brossat lui adressa une lettre ouverte, arguant que la prostitution ne faisait que perpétuer l’exploitation des corps des femmes en en faisant un objet coté, monnayé, bref marchandable. Par conséquent, nous assumions tout-à-fait notre lutte pour un monde sans prostitution, et sans le chantage d’un client qui exploite la misère de l’autre pour avoir accès à son sexe. Un monde où la sexualité est librement consentie et gratuite entre deux êtres égaux.

Coup de tonnerre en juin ! Suite à l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, accusé de harcèlement sexuel à new-York, « nous sommes abasourdies par le déferlement quotidien de propos misogynes tenus par des personnalités publiques » avons-nous dénoncé en chœur en tant que signataires d’une pétition initiée par les associations Osez le féminisme, La Barbe et Paroles de femmes. Le déferlement quotidien de propos misogynes, tenus entre autres par des personna­lités publiques, furent largement relayés sur nos écrans, postes de radios, lieux de travail et réseaux sociaux, allant du « il n’y a pas mort d’homme » au « troussage de domestique » en passant par « c’est un tort d’aimer les femmes ? »

L’appel eut un succès absolument extraordinaire, et notre députée Martine Billard, ainsi que Clémentine Autain qui s’était déjà exprimé dans le médias, ont pu expliquer leur indignation à 3000 personnes rassemblées en face du centre Pompidou. Pendant ce temps, Jean-Luc Mélenchon et Marie-Georges Buffet dénonçaient sur leurs blogs et face aux journalistes la dévalorisation de la parole féminine dans les affaires de viol.

L’affaire aboutit en août à l’abandon des poursuites pénales engagées par Nafissatou Diallo, ce qui ne signifiait rien en terme d’innocence ou de culpabilité puisque la justice américaine avait simplement considéré qu’elle n’avait pas d’éléments suffisants pour aller au procès. Toujours aussi vigilent-e-s à ce que ce rebondissement n’ouvre ni ne justifie les vannes du sexisme ou de la banalisation du viol, nous rappelâmes aussitôt via un communiqué de presse que 75 000 femmes étaient violées par an en France, et que seuls 2% des violeurs étaient condamnés, vérité dont il était hors de question que ce fait divers nous distraie.

Les violences faites aux femmes allant de pair avec les idéologies machistes et homophobes répandues dans la société, notre conseillère régionale du Parti de Gauche Pascale Le Néouannic s’est émue en septembre sur son blog de la promotion du misogyne David Douillet, devenu ministre des sports. Dans son livre « L’âme du conquérant », il avait dit entre autre : « une femme qui se bat au judo ou dans une autre discipline, ce n’est pas quelque chose de naturel, de valorisant » et d’ajouter « Pour l’équilibre des enfants, je pense que la femme est mieux au foyer« . Enfin, pour se défendre d’être misogyne, il s’était rattrapé en proférant une justification homophobe « On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes !  » … Bonjour l’égalité à venir dans le monde du sport !

Les mois passaient et le sexisme ne désarmait pas. Le 3 octobre, des dérapages se sont cette fois-ci exprimé sur la chaine de radio RMC pendant l’émission sportive animée par Vincent Moscato, tandis que les protagonistes commentaient le harcèlement sexuel dont avait été victime une femme de ménage – décidément – dans un hôtel, de la part de joueurs de l’équipe anglaise de rugby. Les invités comme les chroniqueurs se sont livré a un déchaînement de propos machistes dont voici quelques perles infligées aux auditrices et auditeurs : « La vie de groupe c’est d’aller sortir le chichi à la femme de ménage », « Tout le monde l’a fait » et surtout « c’est peut-être ça qui manque à l’équipe de France » sous prétexte que ça souderait une équipe, ce qui s’apparente clairement à une incitation aux violences sexuelles !

En attendant les élections à venir où nous défendrons le renforcement de la loi contre les violences faites aux femmes et une grande loi contre le sexisme, nous nous sommes réjoui de la réaction du CSA qui a envoyé à la station de radio une lettre de mise en garde, après que l’association Osez Le Féminisme l’ait saisi.

Quelques jours plus tard, Clémentine Autain sortit son livre « Un beau jour, combattre le viol » aux éditions Indigène, un très bon outil pour déconstruire les préjugés qui contribuent à faire du viol un phénomène mal analysé et inefficacement combattu. Beaucoup pensent en effet que ce crime frappe en majorité des femmes dans des conditions exceptionnelles d’exposition à la violence, en s’imaginant que la concernée traversait ce soir-là une rue déserte en mini-jupe et qu’elle tombait sur un voyou aviné. Or 74% des viols sont commis par une personne connue de la victime, 25% des violeurs sont un membre de la famille, et dans 34% des cas, le viol est commis au sein du couple.

Rappelons-le une fois encore : Le viol est un crime ! Le violeur peut être votre parent, votre ami ou votre mari, qui ne sont en rien autorisés à abuser de vous. Rien ne banalise un viol : même si elle a accepté de monter boire un verre, même si elle dort dans le même lit, même s’ils ont déjà échangé des caresses… au moment où elle dit non, c’est non !

Le livre sortait à pic. À peine un mois plus tard, le 5 novembre, eut lieu une manifestation unitaire contre les violences faites aux femmes. Ces violences peuvent aller de l’insulte au meurtre, en passant par l’expression quotidienne du sexisme ordinaire : la main aux fesses dans le métro, les sifflets méprisants dans la rue, la fille obligée de s’habiller en jogging pour avoir la paix, celle qui rentre tard et regarde sans cesse derrière elle pour voir si personne ne la suit, les coups, le harcèlement sexuel au travail, la voisine qu’on entend crier, la mère qui se prostitue pour arrondir les fins de mois, enfin celle qui meurt sous les coups de son conjoint et celles, plus nombreuses évidemment, qui n’en sont pas encore mortes.

Cette manifestation fut l’occasion d’exiger une véritable loi cadre contre les violences faites aux femmes, ambitieuse, efficace et complète, contrairement à celle, votée en 2010, qui avait laissé de côté de nombreuses revendications. Quelques jours plus tard, à l’occasion de la journée internationale du 25 Novembre, journée de lutte contre la violence faites aux femmes depuis 1999, notre groupe européen, le PGE (Parti de la Gauche Européenne) en a profité pour mettre en avant plusieurs revendications, dont la séparation stricte de la sphère religieuse et politique pour faire reculer tous les modèles de sociétés patriarcaux qui existent encore en Europe et dans le monde.

Pendant ce mois de novembre, nous réaffirmâmes également notre volonté de combattre la prostitution, d’une part en soutenant le mouvement « abolition 2012 » dont vous pouvez signer ici l’appel sur internet, et en nous positionnant vis-à-vis de la résolution déposée à l’Assemblée Nationale, débattue le 6 décembre, qui réaffirme la position abolitionniste de la France. Nous rappelâmes aussi que nous nous opposions toujours à la loi sur le racolage passif de 2003, qui n’eut pour effet que de rendre moins visible la prostitution et de précariser les prostitué-e-s. Notre camarade Marie-George Buffet avait déjà proposé, en tant que députée, une loi contre la marchandisation des corps qui comporte des mesures de prévention et d’accompagnement des personnes prostituées.

Enfin, une bonne nouvelle pour boucler l’année : À l’occasion de l’adoption du budget du Conseil régional d’Île-de-France, le Front de gauche fit adopter la création en 2012 d’un Observatoire régionale contre les violences faites aux femmes, histoire d’étendre le dispositif qui avait déjà fait ses preuves en Seine-Saint-Denis, premier et seul département à s’être doté il y a 10 ans d’un tel Observatoire. Ce dernier aura pour mission de mieux rendre visible les violences sexistes, de mener des campagnes de prévention et de mettre en place des mesures de protection nouvelles et localement adaptées.

4) Questions de genre :

Dès le 11 février, l’Assemblée Nationale se signala par une décision réactionnaire au sujet de la PMA (Procréation Médicalement Assistée) qui permet à divers couples d’avoir des enfant nonobstant les obstacles d’ordre physique ou pathologique. Martine Billard a déposé, avec Noël Mamère pour les verts, des amendements au « projet de loi bioéthique » afin de permettre entre autres aux couples lesbiens d’avoir accès à la PMA via l’insémination artificielle. Mais l’Assemblée Nationale les a repoussé dès l’examen en commission, urtiquant sans doute à l’idée de permettre aux couples lesbiens de fonder une famille. La PMA reste aujourd’hui uniquement ouverte aux couples hétérosexuels, et la France continue à nier la diversité des modèles familiaux qui existent en son sein.

De notre côté, nous défendons toujours le principe de la filiation par la parentalité sociale et les droits des familles homoparentales ou recomposés. En cela, l’accès à la PMA aurait pu être, pour les couples lesbiens, une belle avancée sociale vers l’égalité… RDV en avril et mai 2012 ?

Quelques mois plus tard, le 31 août, les députés UMP ont encore fait des leurs ! Tandis que nous considérions que l’introduction dans les nouveaux manuels scolaires de SVT d’un chapitre « Devenir homme ou femme » était essentiel pour déconstruire les préjugés sur les natures dites féminine ou masculine, ces députés, convaincus sans doute qu’il existait une essence féminine ou masculine qui empêcherait les individus de s’émanciper des comportements qu’elle leur dicte, n’ont pu souffrir que que les manuels tiennent compte de l’évolution des connaissances scientifiques sur ces questions. 80 députés UMP et Nouveau centre ont par conséquent soutenu l’initiative d’associations familiales catholiques traditionalistes en se gendarmant contre ce projet, et en demandant au ministre de l’Education nationale de retirer « ce chapitre qu’ils ne sauraient voir ». Heureusement, ils n’ont pas eu gain de cause… encore.

Le 11 octobre 2011, Martine Billard remonta au Front, à l’Assemblée Nationale, pour interroger le garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, sur la question du droit au changement de genre enregistré à l’état-civil pour les personnes engagées dans un parcours transgenre ou transsexuel. Pour nous, le droit de vivre socialement son identité de genre est une liberté émancipatrice et fondamentale de l’être humain. En France, les juges refusent toujours de prononcer le changement d’état civil tant qu’un médecin n’a pas certifié que le changement de sexe est physiologiquement irréversible, et les recommandations d’une circulaire ministérielle de mai 2010 adressée aux procureurs des cours d’appel n’a eu aucun effet sur les jugements rendus depuis.

Le lendemain, Martine repartait à la charge pour soutenir la campagne lancée par Osez Le Féminisme et Les chiennes de garde pour supprimer la case Mademoiselle dans les documents administratifs, et interrogea le ministre de l’Intérieur sur la persistance discriminatoire de la civilité « Mademoiselle », utilisée en concurrence à « Madame », et des expressions « nom de jeune fille » et « nom marital » en dépit d’une circulaire de 1974 qui précise déjà que « ces mentions n’ont aucune justification légale ou réglementaire ». Martine Billard a vigoureusement rappelé que l’usage d’une civilité ou de l’autre, apparemment anodin, a pour finalité de donner une information d’ordre privée sur la vie des femmes de façon intrusive, d’où notre volonté de rédiger une circulaire commune à tous les ministères pour faire supprimer la civilité « Mademoiselle » et remplacer les expressions « nom de jeune fille » et « nom marital » par « nom de naissance » et « nom d’usage », dans les relations entre les usagers et l’administration.


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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. ben omar dit :

    Et si ton blog était accessible à partir d’un mot comme « fémininpluriel.wordpresse.com »
    J’aime bien féminin pluriel. Ça veut dire que la féminité n’est pas réductible à une quelconque fixité générique. Revisitons Sartre; il n’y a pas une féminité EN SOI, une essence où pourrait s’enfermer une condition, un statut, un destin. Bien au contraire, chaque femme existe POUR SOI, dans l’acte quotidien de libération, inventant à chaque instant sa féminité, avec l’image que lui renvoie le regard de l’homme, mais une image assumée et qui refuse d’être réduite à un simple reflet.

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