DÉTERMINISME BIOLOGIQUE : Les hommes viennent de mars, les femmes de Vénus ?

Je vais aborder aujourd’hui une matière qui me semble impérieusement importante à analyser pour mener – à bien – notre lutte contre les rôles différenciés des femmes et des hommes dans les sociétés, surtout au vu des folklores qui lui sont attachés et qui servent de socle redoutable à la domination masculine. Il s’agit de ce que Catherine Vidal, neurobiologiste dont je vais exposer ici les travaux et les conclusions, appelle le « déterminisme biologique ».

Il m’apparait d’autant plus important de nous pencher sur ces sortes d’analyses que le patriarcat a tendance lui-même à invoquer la biologie pour asseoir son modèle politique et justifier la hiérarchisation des sexes par des raisons naturelles – en particulier hormonales – arguant que l’homme serait fatalement amené à développer des comportements d’agressivité, de domination ou de compétitivité, tandis que la femme, mère et surtout porteuse d’enfants serait par nature fragile, soumise et dépendante de sa protection.

A en croire les chantres de ces thèses, les féministes devraient s’aller plaindre à la dissemblance de nos circuits de neurones de ce qu’on trouve majoritairement des hommes dans les sphères de pouvoir – à savoir la politique, le patronat ou les amphithéâtres des sciences dures – quand les femmes seraient naturellement tentées par les sciences « molles » ^^

Ces thèses n’ont d’autres effets que d’apposer aux inégalités entre les femmes et les hommes un seing absolu, car vous pensez bien que si c’est Dame Nature elle-même qui est responsable de ce que les hommes occupent majoritairement des postes de pouvoir, cependant que les femmes font le choix « libre et non faussé » de rester à la maison pendant les congés parentaux, on aurait bien du mal à clamer notre prétention contre-nature à la parité ou à la mixité dans le monde du travail !

Certes, il y a de quoi être intimidé-e-s au premier abord par l’usuelle rengaine de nos contradicteurs qui se croient très forts de dire que « l’espèce humaine vient de l’évolution ! » ou « Voyez, quand on regarde les animaux, les mâles dominent les femelles ! », tout saugrenu que soit leur penchant à aller chercher dans le monde animal de quoi expliquer les comportements et les rapports entre les humains et les genres. En l’occurrence, il existe une infinie diversité de comportement entre les mâles et les femelles parmi les millions d’espèces animales qui cohabitent sur notre terre. Surtout, l’être humain a quelque chose d’un peu particulier : il a un cerveau unique en son genre !

Le cortex cérébral (qui recouvre l’ensemble du cerveau humain) s’est tellement développé au fil de l’évolution qu’il a dû se plisser pour tenir à l’intérieur de la boite crânienne. En dépliant la bête, on s’aperçoit que sa surface est de deux mètre carré sur 3 millimètres d’épaisseur : cette surface est spécifique à l’humain, c’est dix fois plus que chez le singe, et c’est grâce à ce cortex cérébral que nous sommes capables d’échapper à tous les programmes biologiques, qu’il s’agisse du programme génétique ou de la loi des hormones. Il n’y a donc, nous concernant, aucun instinct qui va s’exprimer à l’état brut, il n’y a ni instinct maternel, ni instinct féminin, ni instinct de domination… Toutes ces notions-là ne sont plus défendables car tout, chez elle comme chez lui, va être contrôlé par la culture. Non, l’être humain n’est pas un rat ou une souris de 70 ou 100 kg. L’être humain, comme le disait François Jacob, est certes génétiquement programmé, mais il est programmé pour apprendre !

Cela nous amène à nous poser des questions autrement plus opportunes, à savoir si on retrouve dans le cerveau l’opposition biologique que nous pouvons observer par ailleurs, s’il y a des compétences typiquement féminines et des compétences typiquement masculines, si les hommes viennent de mars et les femmes de Vénus, bref a-t-on des cerveaux différents ou pas ? Le cerveau a-t-il un sexe ?

La réponse est « Oui et non ». Oui, car le cerveau contrôle – entre autres – toutes les fonctions qui sont associées à la reproduction. Il existe donc chaque mois, dans le cerveau des femmes, des neurones qui vont s’activer de manière cyclique pour permettre l’ovulation… Une telle activation, vous l’imaginez bien, n’existe pas dans les cerveaux des hommes. Mais quand on s’adresse maintenant à ce qu’on appelle les fonctions cognitives, à savoir les capacités de mémoire, d’intention ou de raisonnement, c’est la diversité cérébrale qui règne, c’est-à-dire que les différences entre les cerveaux de plusieurs individus d’un même sexe vont être plus importantes que les différences qu’on peut observer entre les sexes.

Tous les cerveaux humains sont différents, qu’on soit femme ou qu’on soit homme, et vous auriez beau en servir un prototype sur un plateau à un neurologue en l’invitant à deviner son sexe, il serait absolument incapable de vous le dire. En un mot comme en cent, il n’existe aucune propriété qui soit du masculin ou du féminin dans l’anatomie du cerveau humain !

Cette notion ne concerne pas seulement les dessins des circonvolutions ou toute autre particularité physique, chacun-e a également des façons différentes de faire fonctionner son cerveau. Les nouvelles techniques d’IRM, l’imagerie cérébrale par résonance magnétique, nous ont permis de réaliser un rêve merveilleux, celui de voir le cerveau vivant en train de fonctionner sans avoir à ouvrir la boite crânienne, à le conserver dans le formol ou à aller tourmenter des malheureuses-x condamné-e-s à mort comme on le faisait autrefois. L’IRM fut en conséquence une véritable révolution méthodologique et conceptuelle qui a permis de remarquer une autre propriété exceptionnelle du cerveau humain, « la plasticité cérébrale ».

Cette propriété nous informe que rien, chez l’humain, n’est jamais figé dans son cerveau, et qu’il n’existe aucun programme génétique qui pré-câblerait certaines zones dès la conception ou à la naissance pour donner des propriétés dites du féminin ou du masculin. A la naissance il n’y a que 10% de nos 100 milliards de neurones qui sont connectés entre eux, et les 90% restants se connecteront plus tard en fonction des expériences de la vie ou des apprentissages. Par conséquent, nous avons tous des cerveaux différents, car nous avons tous des vécus et des expériences dans la vie qui sont différentes.

Maintenant, quand on ose prétendre que les hommes ont un cerveau faits pour les mathématiques car « ils se représentent mieux l’espace PUIIISQUE du temps de la vie des cavernes, les hommes partaient à la chasse DOONC il fallait bien qu’ils se repèrent dans l’espace, tandis que les femmes restaient dans la caverne, s’occupaient des enfants, entretenaient le feu ou s’exerçaient au langage ! »… toutes ces théories n’ont aucune base expérimentale et sont totalement spéculatives.

En revanche, suite à certaines études menées en 1995 sur les « tâches de langages », les journaux ont massivement titré que l’IRM avait permis de découvrir que les femmes activaient, pour parler, les deux hémisphères du cerveau, tandis que les hommes n’en activaient qu’un seul. C’était les débuts de l’IRM, et l’expérience avait été faite sur… 20 personnes, ce qui est, vous en conviendrez, un piètre échantillon. Depuis, des milliers d’autres personnes sont passées sous les feus des IRM et ont été soumis à divers tests de langage, et nous pouvons affirmer aujourd’hui qu’à la lueur des rayons magnétiques qui ont traversé ces milliers d’échantillons, statistiquement parlant, on peut dire qu’il n’existe pas de différence entre les femmes et les hommes dans la façon d’utiliser les ères cérébrales.

Bref, vous l’aurez compris, notre prochaine tâche militante sera maintenant d’expliquer à nos têtus contradicteurs qui peinent à imaginer une société égalitaire entre deux genres trop différents que toutes les vieilles théories qui datent d’il y a cinquante ans – ou même du siècle dernier – selon lesquelles les cerveaux seraient câblés différemment sont aujourd’hui bel et bien balayées par la mise en évidence de notre plasticité cérébrale !

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Si les hommes étaient soit disant déterminés à être supérieurs aux femmes, (sachant que c’est toujours un type bien particulier d’homme qui le dit), comment se fait-il, malgré leur présence plurimillénaire à l’exercice du pouvoir et dans les universités, qu’ils soient toujours les pourvoyeurs de guerres, de religions et de philosophie métaphysique ? Comment se fait-il que malgré plusieurs millénaire de patriarcat, les hommes ne se soient pas débarrassés à tout jamais de tous ces maux qui nous rongent : misogynie, racisme, xénophobie, homophobie, nationalisme, etc ?
    Suis-je naïf de penser que la seule issue positive pour l’humanité, c’est l’investissement massif des femmes du monde entier et dans toutes les activités humaines, vraiment toutes. L’avenir heureux de l’Humanité passe forcément par la citoyenne. « Debout citoyennes ! et précèdent la marche des citoyens ! qui vous ont souvent oublier dans l’élan de leur révolte ! »

  2. Sonia Tralala dit :

    merci Mickael ! en tous cas l’avenir est à la parité ça c’est une certitude… et si les hommes ne se sont pas débarassées de leurs peurs c’est bien parce qu’une société oppressive basée sur la domination (du peuple, des femmes, des enfants) est forcément basée sur la peur : peur du contrôleur que le contrôlé lui échappe = peur des femmes… ça ne peut pas marcher !!! le « pouvoir » dans le sens contrôle et domination est forcément contingent… après le pourquoi du comment… les sociétés évoluent… certaines cultures locales ont gardé des mode d’organisation matrillénaire… et moi je n’ai qu’un constat c’est qu’ils sont plus démocratique que les système patriarcaux et ils n’oppriment pas les hommes !!!! mais on en est loin… parce que la plupart reste choqués qu’on puisse organiser la famille autrement… et ne plus faire dépendre automatiquement les femmes du géniteur de leur enfant… ce qui pourtant est déjà un état de fait dans bien des pays aujourd’hui… par ailleurs on a encore du mal à étudier et prendre en compte le travail domestique dans sa dimension économique… tout ce travail fait par les femmes qui n’est ni reconnu voire pire méprisé alors que c’est la base de la société… une grande réflexion sur la famille est encore à mener !!!

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