VIOL : En finir un jour

Dans l’imaginaire collectif, le viol est souvent perçu comme un accident, un phénomène marginal et isolé qui relève de tout un tas de choses, de la pulsion, du psychologique, du pathologique, de l’abus d’alcool, de toute ce qu’on voudra, mais pas du fait culturel de la domination masculine… alors même que 96% des violeurs sont des hommes et que 91% des victimes sont des femmes.

Néanmoins, à force d’enquêtes et de chiffres qui bousculent les idées reçues, cette violence commence enfin à être appréhendée comme un réel phénomène de société qui mérite un projet ambitieux d’éducation à l’égalité et à la sexualité, et une autre façon d’organiser sa répression comme le propose la campagne contre le viol qu’ont mené en 2010 les associations Osez Le Féminisme, Mix-cité et le Collectif Féministe Contre le viol.

Le but de cette note est de vous recommander vivement le dernier livre de Clémentine Autain de la FASE – membre du Front de Gauche – « Un beau jour, combattre le viol » aux éditions Indigène, ce livre étant un très bon outil pour déconstruire les fameux à priori qui contribuent à faire du viol un phénomène mal analysé et inefficacement combattu. Exemple éloquent, beaucoup pensent que le drame s’abat en majorité sur des femmes dans des conditions exceptionnelles d’exposition à la violence, en s’imaginant que la concernée traversait ce jour-là -ou plutôt ce soir-là – une rue déserte en mini-jupe et qu’elle tombait sur un voyou aviné. Or, 74% des viols sont commis par une personne connue de la victime, 25% des violeurs sont un membre de la famille, et dans 34% des cas, le viol est commis au sein du couple.

Ce système d’oppression repose sur de nombreux stéréotypes qui présentent l’homme comme un être dominant, à la sexualité active et irrépressible, incapable de gérer sa frustration, valorisé par son agressivité qui n’est pas sans parfois déborder, tandis que la femme serait passive, affublée d’un corps outrageusement provocateur, soumise aux initiatives du partenaire masculin, attirée par un comportement dominant, et que finalement « elle le chercherait un peu ». Mais le viol n’est en rien une histoire de testostérone ! Ce n’est pas un acte naturel mais un acte culturel qui repose sur le mythe de la sexualité incontrôlable et conquérante de l’homme, tandis que le désir féminin reste encore condamné par toutes sortes de réprobation sociale.

Ces modèles idéologiques et caricaturaux du masculin et du féminin nous sont imposés par plusieurs siècles de société patriarcale et ne peuvent être remis en cause que par une nouvelle définition non-essentialiste des êtres, dont les comportements et les rôles, dans la sphère privée comme dans la sphère publique, ne sauraient être définis par leur genre.

Le viol est aussi un grand tabou. 75 000 femmes sont violées chaque année en France, mais seule une femme sur dix ose porter plainte, et seuls 2% des violeurs sont condamnés. C’est d’ailleurs le seul crime dont la victime se sent honteuse ou coupable de l’avoir peut-être déclenché. Le parcours judiciaire est aussi un chemin de croix car rien n’est fait pour accueillir leur parole, les professionnel-le-s étant très mal formé-e-s, la justice mal adaptée aux problèmes spécifiques des violences faites aux femmes, et les idées reçues persistantes comme l’ont récemment révélé le traitement médiatique et les commentaires de certaines personnalités publiques sur la fameuse affaire DSK… Rappelons-le donc encore et toujours :

Le viol est un crime ! Tout acte de pénétration, qu’elle soit vaginale, anale, orale, par la main ou pas des objets est définit par la loi comme étant un viol tant qu’il est commis par violence, contrainte, menace ou surprise. Un violeur peut aussi être votre parent, votre ami, votre compagnon ou votre mari, et ces personnes ne sont en rien autorisées à abuser de vous.

Ce n’est pas un phénomène marginal ! En France, une femme sur 10 a subi ou subira un viol ou une agression sexuelle pendant sa vie. Ce n’est pas de la sexualité, c’est un acte de domination et de négation de l’autre, qui n’est provoqué ni par sa tenue ni par son comportement. Il n’existe d’ailleurs aucun profil de violeur ou de victime selon l’âge, l’apparence ou l’origine sociale, ces hommes sont même la plupart du temps parfaitement intégrés dans la société, voire au dessus de tout soupçon. Ils ne sont souvent ni des alcooliques, ni des psychopathes, ni des obsédés, ni des victimes infortunées de la misère sexuelle.

Enfin, rien ne banalise ou ne relativise un viol : même si elle a accepté de monter boire un verre, même si elle dort dans le même lit, même s’ils ont déjà échangé des caresses… au moment où elle dit non, c’est non ! Et en bon français, langue que les femmes maitrisent aussi bien que les hommes, NON ne veut dire ni OUI ni PEUT-ÊTRE !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s