IMMIGRÉES : D’ailleurs elles sont d’ici

Elles sont d’origine angolaise, congolaise, russe, polonaise, roumaine, péruvienne, algérienne, sénégalaise, moldave, philippine ou marocaine

… et leur parcours est celui de la combattante !

Elles sont souvent diplômées dans leur pays d’origine, mais la France n’avoue que rarement leurs diplômes. Beaucoup d’entre elles vont chercher les enfants à la sortie de nos écoles, préparent leurs dîners, prennent soin des personnes âgées, font leurs courses quand celles-ci ne peuvent plus se déplacer, et sont bien obligées d’improviser les nécessaires compétences en matière d’écoute et de patience, qui – rappelons-le toujours – ne sont ni naturelles ni acquises (oui oui, même aux femmes).

Les femmes françaises issues de l’immigration, immigrées étrangères et sans papières rencontrent une kyrielle de difficultés sur le terrain de l’insertion professionnelle, d’abord en cumulant les discriminations sexistes et racistes à l’embauche, mais surtout en subissant les ravages d’un vaste projet libéral qui A BESOIN d’engouffrer certaines catégories dans la précarité afin que les concernées servent de variable d’ajustement aux entreprises. Leur autonomie financière, nerf parmi les nerfs de l’indépendance des femmes, se voit sans cesse affaiblie par leur cantonnement aux secteurs précaires du nettoyage, de l’hôtellerie, de la confection, de la restauration et surtout du service à la personne.

Isolées, éparpillées sur des lieux de travail différents, il leur est quasiment impossible de s’organiser de façon collective, de faire grève ou de construire une quelconque structure représentative qui aurait vocation à défendre les droits et les intérêts des femmes travaillant dans le secteur du service à la personne. Nous n’inciterons d’ailleurs jamais assez les syndicats à encourager le plus possible leur participation active au sein de leurs structures. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) reconnait cette situation particulière en révélant que « le travail domestique continue d’être sous-évalué et invisible (…) effectué principalement par des femmes et des jeunes filles dont beaucoup sont migrantes ou appartiennent aux communautés historiquement défavorisées et donc particulièrement exposées à la discrimination liée aux conditions d’emploi et de travail et aux autres violations des droits humains ».

Pour ce qui est de l’accès à l’emploi, selon le Service des Droits des Femmes et de l’Égalité, en 2009, près de 58% de femmes immigrées âgées de 15 à 64 ans, ayant eu un emploi ou en recherchant un en 2008, étaient au chômage contre 66,3% des femmes non immigrées. Enfin, par rapport à la traite des êtres humains et à l’exploitation sexuelle, les femmes immigrées ou issues de l’immigration représentent 80% des personnes concernées, et les mesures de réglementation de la prostitution de quelques pays européens ont eu le désavantage de donner aux trafiquants l’idée de les recruter en les appâtant par de fausses promesses d’emploi régulier, pour les forcer à se prostituer et confisquer illégalement leurs papiers d’identité.

Malheureusement, les politiques concernant les personnes immigrées sont souvent menées sans prendre en compte la dimension du genre, quand la situation des femmes immigrées exige que les lois n’ignorent pas leur exposition particulière à l’exploitation et à toutes sortes de discriminations et de violences. Cette indifférence concourt à entretenir pas mal d’idées reçues aujourd’hui obsolètes, la plus connue étant qu’elles émigreraient seulement en tant qu’épouses pour accompagner leurs conjoints, or elles sont de plus en plus nombreuses à prendre la décision de partir de façon tout-à-fait indépendante, poussées par la pauvreté, les changements climatiques ou la nécessité d’échapper à la discrimination à laquelle elles sont soumises dans leurs pays. Du reste, l’augmentation des transferts de fonds qu’elles effectuent vers ces pays d’origine suffit à montrer que ces femmes contribuent à l’économie du pays d’accueil et se privent d’une bonne part de leurs maigres salaires pour aider leurs familles laissées de l’autre côté de la frontière.

Pour ce qui est des femmes en situation irrégulière, celles-ci se heurtent à d’astronomiques obstacles pratiques et juridiques pour accéder, entre autres, aux services sociaux ou pour obtenir la protection qu’offrent les foyers d’hébergement pour femmes. Quand elles sont illégalement employées, elles vivent dans l’angoisse constante d’être découvertes, à la totale merci de leurs employeurs et démunies de tout pouvoir de négociation touchant à leurs conditions de travail. Enfin, quand elles sont victimes de violences conjugales, elles sont nombreuses à les subir en silence pour éviter d’avoir affaire aux autorités compétentes qui risqueraient d’ourdir leur expulsion.

Il est d’autant plus important de ne pas laisser tomber les femmes sans papières qu’elles répondent, il faut bien le dire, à un immense besoin social de garde de personnes dépendantes, que ce soit les enfants ou les personnes âgées, dans un pays où la majorité des femmes travaillent, toutes précaires qu’elles sont néanmoins, et où la population vieillit. La pénurie de structures publiques d’accueil des enfants et des personnes âgées renforce cette triste et cynique réalité qu’elles servent aussi à soulager les femmes françaises, victimes de la double journée , d’une répartition inégalitaires des tâches ménagères et du désengagement de l’état en matière de services publiques performants. C’est donc quelque part grâce à l’exploitation des femmes issues des quartiers populaires, dont une grande majorité sont des immigrées et des sans papières, que les autres arrivent parfois à exercer une activité professionnelle. Ne mettons pas ici en cause les individus qui composent cet état de fait sans l’avoir prémédité, et détractons plutôt les systèmes de domination de genre, de classe et de rapport Nord-Sud qui les structurent.

Je finirai en disant que les quelques sans-papières qui décident d’engager des procédures pour être régularisées se heurtent bien souvent à une grossière hypocrisie de la préfecture, celle-ci leur réclamant des feuilles d’impôt ou des fiches de paie tout en sachant qu’elles ont souvent été forcées de travailler avec de faux papiers, les papiers des autres, ou de travailler au noir pour subvenir tant bien que mal à leurs besoins. Elles auront donc besoin de toute notre solidarité quand les associations qui s’occupent de les arracher à l’ombre qui les abîme, comme Femmes Égalité dont on ne saluera jamais assez le dévouement à cette rude et noble cause, s’organiseront pour obtenir leur régularisation… tenons-nous prêt-e-s !

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