AFFAIRE DSK : mon nez dans l’affaire !

Voilà quelques mois que le monde glose sur l’affaire DSK, que le mouvement féministe ne sait plus où donner de la tête pour trouver un angle d’attaque progressiste au milieu du marécage, et qu’il se prend dans la figure 200 procès d’intention à l’heure sur son projet de diaboliser tous les hommes ou d’empiéter sur la présomption d’innocence. Or le moins que l’on puisse dire, c’est que les médias ne se sont pas beaucoup gêné, eux, pour aligner les stéréotypes sexistes ou pour négliger d’évoquer la présomption de véracité de Mme Diallo.

En premier lieu, laissez-moi retourner à la figure de certain-es les reproches qu’ils ont osé nous adresser. Ils ont d’abord accusé les féministes d’instrumentaliser l’affaire DSK pour servir l’intérêt de leur lutte, en accrochant M. Strauss-Kahn à notre gibet. Pardon, mais j’ai plutôt l’impression que ce sont EUX qui profitent de l’affaire pour justifier leurs opinions anti-féministes. Combien ai-je lu de statuts facebook et de tweets provocateurs dans le paysage de mes réseaux sociaux ? Comme ce mesquin petit statut disant que « Les droits des femmes sont une affaire bien trop sérieuse pour qu’elle soit confiée aux féministes »

À cet énième énergumène qui a grossi la longue liste des anti-féministes primaires, je répond que les féministes ont plus obtenu de droits pour les femmes en quarante ans, en France et dans le monde, au péril parfois de leurs vies ou de leur sécurité, que bien des mouvements sociaux et des partis progressistes particulièrement mous de la guibole quand il s’agit de s’investir dans ce combat. Alors on dit Bravo, Respect et MERCI aux féministes !

Qu’est-ce que je me suis pris encore, comme réflexion ? Ah mais oui ! On m’a sorti que c’est à nous que l’on devait les pénibles images d’un DSK humilié, mal rasé, mal habillé, tout gris, à l’ombre des barreaux. Mais bien sûr ! C’est nous, les féministes, qui possédons comme chacun sait, dans ce monde de domination féminine, la quasi totalité des médias, et on ne s’est pas gêné ! ON a titré « Le Perv » en gros caractères sur tous les kiosques à journaux, ON s’est répandu sur sa vie privée, ON a filmé et diffusé des images de lui menotté dans le dos !

Alors que toute la planète parlait n’importe comment de l’affaire DSK, entretenait de terribles confusions entre viol et libertinage, parlait de troussage de domestique et de pas de mort d’homme, on aurait dû se taire et laisser dire ? Les féministes se sont indignées contre les propos sexistes, les stéréotypes sur les profils des violeurs et des personnes violées, et l’éventualité d’une réelle agression sexuelle de cette victime présumée dont tout le monde se fiche bien de savoir quel cauchemar elle traverse en ce moment, trop occupé à se pencher sur ce qu’endurait le favori des sondages.

Plus précautionneux que l’Appel contre le sexisme d’Osez Le féminisme, de la Barbe et de Parole de Femmes, tu meurs ! Une des premières phrases du texte est « On ne sait pas ce qui s’est passé à New-York », mais l’issue du procès n’allait rien changer à la réalité des 75 000 femmes violées par an en France, des 10% des victimes qui osent porter plainte, et des 2% à peine de violeurs condamnés. Ou plutôt si. À force de ridiculiser la parole des femmes, de diaboliser celles qui défendent leur cause, il est peut-être à craindre que beaucoup hésitent encore plus à parler du crime qu’elles ont subi, pour ne pas longer le chemin de croix quee Mme Diallo éclaire aujourd’hui de ses pas.

Je ne m’étendrai pas sur la présomption de véracité, mais au vu des commentaires que déchaine ce genre d’affaire, il serait bon que des juristes se penchent sur l’idée, cette présomption de véracité ayant existé dans l’histoire juridique du viol avant d’être abandonnée au profit de la neutralité du discours judiciaire durant l’enquête et le procès pénal.

Maintenant que l’affaire commence à vieillir, je craque ! Moi aussi, j’ai mon mot à dire sur bien des choses scandaleuses qui ont été dites. Je vais d’abord éponger les sueurs froides de celles et ceux qui, comme moi – et pour cause – tiennent comme à la prunelle de leur République au principe de présomption d’innocence, car NON je ne saurai dire si DSK est coupable ou s’il est innocent, s’il y a eu complot, mensonges ou arrangements.

Quand j’ai vu notre candidat jean-Luc Mélenchon, invité sur le plateau de C Politique à visionner un exécrable reportage montrant des images de DSK poursuivi par une bande d’hyènes journalistes se laissant aller à une course-poursuite-tournage qui donne de notre société une vision absolument barbare, il a fallut que je rappelle à mon esprit toute l’ampleur des violences faites aux femmes, souvent condamnées au silence et à une honte qui se trompe de camp, pour ne pas dénoncer ce genre de pratiques.

La vérité, on ne la connaitra jamais. Elle n’est d’ailleurs jamais connue en matière de justice. Ce n’est qu’une vérité judiciaire. Mais je ne pardonnerai pas au traitement médiatique qui en a été fait, qui ne s’accordait même pas sur l’appellation de données objectives sensées renseigner l’opinion. Certains parlaient de viol, d’autres de tentative de viol, certains de non-lieu, d’autres d’abandon des charges ou d’abandon des poursuites, à savoir que les trois n’ont rien à voir les uns avec les autres (c’est le troisième terme qui est le bon).

En France, la tentative de viol est un crime. Une fellation forcée est un viol ! Art 222-23 du code pénal : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. »

Donc, à partir du moment où il y a pénétration sexuelle, que ce soit avec un objet, une main ou je ne sais quel autre organe, nous avons bien affaire à un viol en France. Pas aux USA.

Autre élément polémique, on a reproché à l’accusatrice d’avoir raconté plusieurs versions contradictoires du déroulement des faits. DSK aussi a fait deux déclarations contradictoires, la première niant tout rapport sexuel, la seconde prétendant que c’était un rapport consenti. En réalité, la première et la dernière versions des faits de Mme Diallo se rapprochent. La deuxième diffère certes, mais il est à noter qu’il y a eu un changement de traducteur en plein milieu de la déclaration ! Or, bien des versions de quoi que ce soit peuvent différer d’une langue à une autre selon la/le traducteur. Et quand bien même les versions auraient vraiment différé, les médecins et tout le corps médical se sont prononcé sur le fait qu’une personne victime de traumatisme ne peut décrire tout ce qui s’est passé dans le bon ordre et avec précision. Le rapport médical conclut explicitement que Mme Diallo a été selon toute probabilité victime d’un viol.

Pour l’histoire du coup de téléphone machiavélique, le bureau du procureur a signalé que Mme Diallo a dit en « substance » : «Ne t’en fais pas, ce type a beaucoup d’argent, je sais ce que je fais». Or Thompson a écouté l’enregistrement de l’appel téléphonique et l’a décrit de manière très différente. Il a déclaré que :

– 1) Diallo avait reçu deux appels, mais n’en avait passé aucun.

– 2) Elle n’a jamais parlé de la fortune de Strauss-Kahn comme d’un pactole à procès.

– 3) Son ami l’a fait, mais elle lui a demandé d’arrêter.

– 4) Elle a mentionné la fortune et le pouvoir de Strauss-Kahn, mais uniquement à un moment de la conversation où elle expliquait qu’il lui faisait peur.

– 5) Quand elle a dit «je sais ce que je fais», elle parlait de sa sécurité, pas de sa stratégie juridique… Ce qui correspond à la précédente déclaration de Diallo sur ABC News.

On s’est posé bien des questions sur la psychologie, le comportement de DSK, pour souligner tout ce qui pouvait atténuer ses torts : on s’est demandé s’il était croyable qu’un favori à l’élection présidentielle de 2012 fiche en l’air toutes ses chances d’accéder au fauteuil suprême pour une proie sexuelle de neuf minutes, pour une négociation ratée avec une personne prostituée. Et elle, pourquoi aurait-elle fait tout ça ? Quel appât représente, pour une pauvre femme de chambre, cet énorme personnage politique armé jusqu’aux dents de soutiens et d’avocats hors de prix ?

Aujourd’hui, les charges sont abandonnées. Les médias et les camarades socialistes parlent de blanchiment. Honte à eux !

*J’ai écrit cette note avec l’aide précieuse de Maëlle BOUTHINON, et sous le post-contrôle bienveillant de Sarah GUETTAÏ qui, de par leur compétence en matière judiciaire, m’ont préservé d’un billet maladroit. Merci à elles !

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  1. Banane dit :

    Chère Fatima,
    Tout d’abord, je te rejoins dans le traitement médiatique de cette affaire, absolument lamentable, avec comme point d’orgue le piteux remake de Clinton by DSK.
    Je veux juste réagir sur le fait que DSK n’a pas été blanchi, ni innocenté, et ta perception des conclusions de l’affaire par le procureur. Tu sembles vouer aux gémonies ses conclusions, mais je trouve qu’avec les éléments qu’il avait, il ne pouvait qu’abandonner les charges. Et pourtant j’exercre viscéralement DSK et tout ce qu’il représente.
    Tout d’abord l’affaire était au pénal, et pour que DSK soit condamné, il fallait l’unanimité des jurés, et qu’ils délibèrent au delà du doute raisonnable. C’est ce « au delà du doute raisonnable » que tu as oublié ; ce qui a plombé l’accusatrice, c’est cette histoire de viol fictif pour obtenir ses papiers qui a mis le doute (ce ne sont pas les histoires de conversations téléphoniques avec son ami ou les ‘incohérences » de ses versions de son témoignage).
    Pour obtenir une condamnation pénale, les conditions paraissent effectivement maximalistes, et dans un cas de viol, où il n’y a pas de témoin, ni de violence physique exceptionnelle, c’est très difficile à prouver, et c’est toujours parole contre parole. C’est pourquoi les notions de crédibilité de l’accusateur et du défenseur rentrent en compte. Dans ce cas, même le rapport médical ne pouvait pas faire pencher la balance du côté de Mme Diallo, car le médecin ne peut se substituer au juge et ne peut que donner un avis, et retranscrire froidement l’état physique et émotionnel de la plaignante.
    Personnellement, et même si je me considère féministe, je trouve que la notion de doute raisonnable doit être préservée en matière pénale, et je préfère qu’on notifie le non lieu car il n’y a pas assez de preuves et un doute, plutôt que de risquer de condamner ne serait-ce qu’un seul innocent. Je pense à l’affaire d’Outreau, où les 17 finalement innocentés ont vécu un cauchemar effroyable et ont été broyés, à cause d’une accusation qui était basée sur un témoignage (la mère pédophile), et que tous ceux qui ont instruit à charge ont agi par esprit excessivement sécuritaire (ne surtout pas laisser dans la nature un pédophile présumé, donc enfermons les tous !) que de respecter les bases de la justice (présomption d’innocence, procédures très précises, habeas corpus, doute raisonnable, etc). Je ne suis pas en train de mettre sur le même niveau DSK et les innocentés d’Outreau, je veux juste expliquer pourquoi ce qui parait comme des conditions maximalistes pour condamner est légitime.
    Autre chose, je trouve que l’avocat de Mme Diallo l’a très mal défendue, dans le sens où il a bâti toute sa défense sur un storytelling caricatural au possible (la pure maman noire pauvre prude croyante travailleuse exploitée VS le méchant riche juif libéral queutard), qui ne pouvait que lui revenir comme un boomerang en pleine figure. Plutôt que de se rêver en nouveau Luther King, il aurait mieux fait de revisionner « Les Accusés » avec Jodie Foster, film qui a l’intelligence de montrer le combat d’une femme violée qui est loin d’être une fille « bien » (dans le sens religieux ou patriarcal), c’est à dire une femme white trash avec ses faiblesses, ses erreurs, son mode de vie, mais pour qui la justice doit autant s’appliquer qu’à des gens irréprochables (si ça existe).

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