CRISE : Femmes au bord de la crise financière !!

Pendant les « Remue-Méninges à gauche » qui se sont déroulé il y a quelques jours à Grenoble, et qui tenaient lieu d’universités d’été du PG – avec, cette année, la participation bien naturelle de nos partenaires du Front de Gauche -, nous avons consacré plusieurs débats à la question des inégalités entre les femmes et les hommes, dont un pertinemment nommé « les femmes face à la crise ». Et pour cause, les femmes sont les premières victimes des crises financières et des politiques de rigueur qui les suivent de près.

Comme le savent celles et ceux qui connaissent un peu mon discours, j’ai souvent tenu à clarifier la nature de cette lutte en rappelant que la domination masculine est loin d’être l’œuvre du système capitaliste, puisqu’elle l’a précédé de plusieurs centaines de siècles. Mais le mouvement féministe « Lutte des classe » que mène le Parti de Gauche, représenté en cela par le travail de sa Secrétaire Nationale à l’égalité Femmes-Hommes Delphine Beauvois, ne saurait occulter que cette domination trouve aujourd’hui dans l’appareil de la mondialisation libérale une nouvelle occasion de s’asseoir davantage.

Beaucoup de discours réactionnaires signés Zemmour & Soral se plaisent à prétendre que le capitalisme, félon associé de la lutte des femmes pour leur émancipation, les a d’autant plus exposé à ses coups qu’il bouscule l’ordre social patriarcal défendu par la droite traditionnelle. À en croire leur harangue, cette dernière aurait eu meilleure vocation à protéger les femmes de la rudesse de l’exploitation capitaliste, et le Mouvement de Libération des Femmes aurait été mal inspiré de remettre en cause l’affable patriarcat qui les écartait de l’accès à l’emploi. Rien de très étonnant, au final, que ce discours qui dénigre assez les femmes pour croire qu’elles peuvent préférer au terrain accidenté des conquêtes émancipatrices l’indigne nid de l’asservissement. Les conservatrices et conservateurs ont toujours cherché à caresser la couardise des peuples qui se soulèvent pour briser leurs chaines, en conseillant aux ouvrier-e-s de se coucher sous l’aile paternelle de leurs patrons, aux esclaves de profiter des avantages d’une servitude qui les nourrit, et aux femmes de se laisser dicter leurs vies par leurs maitres bienveillants de maris, au prix minime de quelques sautes d’humeur pas toujours justifiées et de quelques coups de bâtons parfois abusifs. Après tout, les maitres ne sont que des hommes.

Revenons à nos moutons. Je me réfèrerai ici aux superbes travaux de Christiane Marty, chercheuse et membre du conseil scientifique d’Attac, qui a su imposer la question des inégalités pendant la bataille des retraites, en publiant régulièrement des tribunes dédiées à cette problématique. Comme elle l’a très bien expliqué dans un des atelier féministes du Remue-méninges, les femmes sont les premières victimes de la crise et de l’austérité, en France comme dans tous les autres pays. Le constat n’est plus un secret de polichinelle, il est reconnu et partagé par le Bureau International du Travail, la Confédération Syndicale Internationale, ou encore la commission du parlement européen qui le dit en toutes lettres :

« Les inégalités entre les femmes et les hommes sont connues de longue date, mais sont exacerbées par la crise. Les femmes subissent souvent ses conséquences négatives plus rapidement, et ne profitent de la reprise qu’avec retard ».

Nous l’avons vu en France, les politiques d’austérité menées par les pays européens aboutissent souvent à des coupes sévères dans les budgets sociaux, comme l’ont illustré la RGPP ou la réforme des retraites chez nous, et il n’est plus à démontrer que les femmes sont celles qui subissent plus rudement les conséquences de l’allongement de la durée de cotisation et du recul de l’âge de départ à la retraite.

Christiane MARTY, chercheuse et membre du conseil scientifique d’Attac

Comme l’ordre social patriarcal les a dès longtemps désigné comme responsables de la famille, il va sans dire que les femmes ont particulièrement souffert du rabotage de la protection sociale en Europe, de la baisse de plusieurs prestations comme l’allocation maternité, les aides aux familles, les montants et les durées d’indemnisation du chômage… je ne compte même pas tout le reste, la fermeture des services publiques, des maternités ou encore des centres d’IVG.

À cela s’ajoutent d’autres motifs de préoccupation comme le manque de crèches, dans un pays où seul 10% des enfants y trouvent un accueil. Vous pensez bien que ce sont encore une fois les femmes qui, majoritairement, renoncent à travailler ou se rabattent sur le temps partiel, premier piranha des salaires et des pensions de retraites. Ne parlons même pas des budgets alloués aux politiques d’égalité femmes/hommes qui sont, vous l’imaginez, les premiers à passer à la trappe. En France, le Service des Droits des Femmes et de l’Egalité n’a pas échappé à la règle de la tonte.

Au niveau du chômage, celui des hommes a été le premier à augmenter en 2008, puisque la crise a d’abord touché les secteurs de l’industrie de l’automobile, du bâtiment ou des transports. Mais les femmes les ont rapidement rattrapé depuis les services liés à l’éducation, à la santé et aux services publics où elles sont majoritairement cantonnées, et qui ont été touchés dans un second temps. Depuis, le chômage des femmes est redevenu supérieur à celui des hommes, puisqu’il est de 9,9% contre 6%. Ça ne va d’ailleurs pas en s’arrangeant : en un an, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 5,5% pour les femmes et de 0,5% pour les hommes. Le rapport de la Confédération Syndicale Internationale de mars 2011 l’affirme lui-même :

« L’impact de la crise sur l’emploi des femmes tend à être sous-évalué et ne fait jamais la Une des journaux. Pourtant les femmes sont les premières concernées par la crise et la précarité croissante de l’emploi. »

Comme le résume ce petit extrait, c’est surtout la multiplication des emplois précaires et la grosse augmentation des temps partiels (très souvent contraints) qui mènent la vie dure aux femmes depuis la crise, en témoigne le dernier rapport de la Confédération Européenne des Syndicats paru en juin 2011 qui fait un constat alarmant des conditions de travail des femmes en Europe, pour ce qui est du temps de travail, des salaires, des contrats précaires ou de l’explosion du travail au noir. Dans l’Europe des 27, le taux moyen d’emploi des femmes est inférieur de 12 point à celui des hommes, puisqu’il est de 59% contre 71%. Là encore, ce ne sont pas pour autant des emplois à temps plein, car c’est bien le temps partiel, souvent subi, à 83% féminin, aussi bénéfique pour les employeurs que néfaste pour les employées, qui s’est développé partout en Europe et qui est très favorisé aujourd’hui par les politiques libérales.

J’en profite pour dire quelques mots sur la condition des femmes dans les quartiers populaires, qui ont été si nombreuses, ces derniers mois, à ne pas partir en vacances. Que ce soit par rapport au logement social, aux salaires des fonctionnaires ou aux aides aux familles défavorisés, elles ont été en première ligne des coups portés à leur quotidien par la rigueur. Les femmes immigrées, ou issues de l’immigration, voient également se liguer contre elles la discrimination sexiste et raciste à l’embauche. Ne parlons même pas – ou si justement – de cette dernière catégorie de travailleuses qui ne figure nulle part dans les données, qui peuvent être licenciées du jour au lendemain, sans procédure et sans indemnités, enfin qui ne bénéficient d’aucune allocation, les travailleuses sans papiers. Toutes ces femmes sont aujourd’hui sujettes aux fins de mois difficiles, dépendantes de leurs conjoints, elles renoncent souvent aux soins, tremblent sous la menace d’expulsion du logement, et n’espèrent même plus trouver un emploi stable ou à temps plein. Il est donc d’autant plus nécessaire de soutenir la Campagne unitaire pour l’égalité salariale lancée par le CNDF et les associations féministes qui le composent – dont évidemment Osez Le Féminisme – mais aussi Femmes Égalité, la Maison des Femmes de Montreuil, ATTAC, et autres syndicats et partis politiques dont le Front de Gauche.

Ces inégalités salariales, qui s’élèvent aujourd’hui à 27%, sont surtout aggravées par les bas salaires des métiers féminisés. 49,8% des femmes salariées sont cantonnées dans 11 des 86 familles professionnelles répertoriées par l’INSEE, à savoir – entre autres – agents d’entretien, vendeuses, caissières, employées administratives, secrétaires, hôtesses d’accueil, aides soignantes, infirmières, sages-femmes, aides à domicile, métiers dans l’action sociale, éducatrices et assistantes sociales, enseignantes, assistantes maternelles, coiffeuses, femmes de ménage, femmes de chambre, agentes de restauration, et pour évoquer le monde ouvrier, l’électronique, le textile et l’agro-alimentaire. Résultats des courses : 80% des travailleurs pauvres sont des femmes. J’ai pris le temps de les citer, en gras même… les médias ont tant braqué leurs projecteurs sur le cas des femmes cadres ou de celles qui siègent dans les Conseils d’Administration du CAC40.

Clémentine AUTAIN de la FASE – Front de Gauche – entourée par Magali de HAAS (Osez le Féminisme) et Béatrice GAMBA (Mixcité)

Dernier aspect que j’aimerai souligner, ce sont les stéréotypes de genre qui attribuent aux femmes des capacités naturelles à assumer ces métiers, et qui délégitiment ainsi leurs droits à revaloriser leurs salaires. Vous pensez bien que si les femmes savent naturellement s’occuper des enfants, faire le ménage, accompagner les personnes âgées ou faire la cuisine, si elles ont des qualités innées d’écoute et de patience, on va plutôt partir du principe qu’elles ont une facilité particulière à assumer ces tâches et ne peuvent exiger qu’un salaire d’appoint. Or le pire serait de penser que le salaire féminin n’est qu’un complément. D’abord parce qu’il faut compter les femmes seules, en particulier celles qui ont des enfants à charge. Et même si le conjoint peut subvenir aux besoins du ménage, l’autonomie financière des femmes est une arme fondamentale pour leur permettre de disposer de leurs sorts, d’être libre de leurs choix, ou de partir du foyer quand elles sont victimes de violences. Combien ont hésité à se soustraire de cette violence pendant de longues années pour ne pas s’exposer, ou exposer leurs enfants, à une vie sans domicile fixe, et sont allé grossir les chiffres de celles qui succombent à leurs blessures, dans un pays où une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son compagnon ? Et avec la fermeture du dernier centre du SAMU social parisien qui accueillait des femmes en situation de grande détresse et de précarité le 30 juin dernier, on peut dire qu’elles ne sont pas sorties de l’auberge rouge.

Autre idée reçue, les salaires des métiers féminisés seraient plus bas car ceux-ci sont moins pénibles. Pourtant, les femmes sont majoritairement touchées par les troubles musculo-squelettiques, principale cause de maladies professionnelles. Car ces métiers font souvent appel au travail répétitif, au travail permanent face à un écran (je parle de celles qui travaillent dans les plateformes téléphoniques), au travail morcelé quand elles doivent abandonner une tâche pour en faire une autre plus urgente (comme les agents administratifs ou dans les métiers soignant), les postures contraignantes dont souffrent les caissières, les vendeuses et les femmes de ménage, et enfin le port des charges lourdes comme dans la manutention, quand elles s’occupent des personnes âgées suivies à domicile, du remplissage des rayons ou des articles en caisse.

Il est à d’ailleurs à noter qu’Attac a estimé le volume d’aide aux personnes dépendantes qu’apportent les aidants familiaux, très majoritairement des femmes, à 500 000 emplois à temps plein. Nous pourrions donc exiger de créer de vrais emplois pour satisfaire ces besoins dans la fonction publique, en professionnalisant les secteurs d’aides aux personnes dépendantes, en en faisant des métiers stables, qualifiés, bien rémunérés, à temps plein, et qu’ils ne soient plus labellisés féminins.

Nous le savons au Front de Gauche, et Maya Surduts du Collectif National des Droits des Femmes n’a eu de cesse de le rappeler, la France est entrain de connaître un bouleversement décisif, tant sur le terrain économique que sur l’ensemble de notre modèle de société. La droite n’a d’autre objectif que de remettre en question l’exception française qui a encore un heureux retard par rapport à ses objectifs libéraux. Face à elle, un mur gigantesque doit être démoli, celui de l’ensemble des structures qui font la spécificité française, la sécurité sociale, les services publics, tous les acquis des mouvements sociaux, bref la solidarité. L’une de ses stratégies face aux révolutions progressistes a été de discréditer la plus subversive, la plus contestataire de l’ordre social, le Mouvement de Libération des Femmes. Comment ? On a prétendu que ses chantres étaient toutes : des mal baisées, des lesbiennes, des hystériques, et on voit encore tous ses préjugés, des années plus tard, persister encore dans l’inconscient collectif. Si les femmes sont ainsi considérées comme des citoyennes de seconde zone, si même le mouvement social et les partis de gauche considèrent parfois qu’il y a d’autres priorités que la lutte contre la domination masculine, il est d’autant plus facile de tolérer les inégalités, de leur imposer le temps partiel, enfin de partir toujours du principe que ce ne sont pas des citoyennes à part entière. C’est ce combat idéologique qu’il nous faut aujourd’hui mener pour ne plus souffrir que le mot égalité, qui trône au milieu du fronton de la République, soit si durement bafoué.

Maya SURDUTS – Collectif National des Droits des Femmes

Le mot de la fin sera un peu plus global, car il est aujourd’hui absolument urgent de DÉ-COM-PLE-XER nos exigences sociales, qui sont croyons-le tou-te-s aussi raisonnées que légitimes. Les déficits publics existaient bien avant la crise, et ce dans la quasi totalité de tous les pays de l’OCDE, même si la crise les a sans doute augmenté. NON la dette publique n’est pas due à une envolée des dépenses publiques, mais bien à la baisse des recettes publiques, particulièrement due aux politiques fiscales (ou devrais-je dire aux cadeaux fiscaux faits aux ménages les plus riches et aux entreprises). Après quoi, les États en déficit ont dû emprunter sur les marchés financiers qui exigent aujourd’hui que leurs débiteurs réduisent leurs déficits en faisant des coupes irresponsables et inhumaines dans leurs budgets sociaux, et en remettant en cause, sans vergogne, notre protection sociale.

Si on les laisse faire, ce seront les salarié-e-s, les retraité-e-s, les bénéficiaires de prestations, et avant tout les femmes qui payeront l’addition de l’avidité de la finance. C’est d’autant plus absurde que l’austérité est un médicament aussi injuste qu’inefficace, aussi ridicule que la sangsue que les anciens médecins plaquaient sur les corps des malades pour les soulager de leur sang : les pays qui ont le mieux résisté à la crise sont ceux qui, comme le nôtre, avaient un fort niveau de service publique et de protection sociale à la base. Pourquoi s’en dépouiller quand on voit très bien que d’autres crises nous attendent ? L’austérité ne fera qu’entraîner des risques de récession et une baisse des recettes publiques qui ne réduira donc en rien les déficits des états.

Sachez d’ailleurs que du côté des sociétés du CAC40, la crise est bien terminée ! En 2010, leurs groupes ont fait 3 milliards d’euros de profit, à moitié distribués en dividende. Pendant ce temps, les rares avancées des féministes, pour parler plus particulièrement des femmes, n’ont cessé de reculer non seulement sur le terrain économique, mais aussi par rapport aux violences faites aux femmes et au droit à disposer de son corps, il suffit de voir les fermetures massives des centres d’IVG et la menace qui plane sur les subventions des planning familiaux. Ne l’oublions pas, l’une des premières conditions de l’émancipation des femmes est qu’elles puissent choisir leur maternité, qu’elles ne soient plus soumise à la fatalité des grossesses non désirés… nous voilà donc rendues bien des décennies en arrière !

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. David CABAS dit :

    Face à l’effondrement financier, Nous devons organisé la banqueroute organisé du système avec le Glass Steagall.

    http://www.davidcabas.fr/?p=611

    David CABAS
    rejoignez la nouvelle résistance contre le monde de l’argent
    https://www.facebook.com/pages/David-CABAS/160111484055821

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