PROSTITUTION : ou pas prostitution !

Depuis que le rapport sur la prostitution a été déposé au président de l’Assemblée Nationale, le débat buzz dure ! En particulier autour de la mesure de pénalisation des clients défendue par Danielle Bousquet et une grande partie du mouvement féministe français. Les hérauts de la réglementation se sont aussitôt mobilisé pour contre-attaquer : Act’up, le Collectif droits et prostitution et le Strass viennent de publier une tribune sur Rue89 sous le nom improbable de « Prostitution : pénaliser le client, c’est attenter à la dignité des femmes ».

De son côté, l’acteur Philippe Caubère, armé d’un argumentaire absolument réactionnaire, a exprimé son petit avis sur la question sur trois plateaux télévisés en quelques jours, à la suite d’une précédente tribune éditée chez Libé. Voilà donc l’opinion publique saisie d’un débat hélas très largement structuré autour de cette seule mesure, ce qui m’encourage à développer plus amplement mon avis sur la Prostitution. Je vous fait donc part de quelques réflexions qui ont été débattues et validées au sein de l’association d’Osez Le Féminisme et du Parti de Gauche.

La prostitution est un fait de société qui concerne directement les rapports entre les femmes et les hommes et la construction du genre dans l’esprit et dans les mentalités. Selon si un pays autorise ou combat ouvertement le fait d’acheter l’accès au sexe de certaines personnes, des femmes en grande majorité, cette licence conditionne forcément leurs rapports. Un petit garçon qui nait dans une ville où on voit des maisons closes n’a, à mon sens, pas la même image des rôles des femmes et des hommes que s’il nait dans un pays où on lui dit que ce n’est pas envisageable.

Vous me direz, la France est un pays de tradition abolitionniste ! Peu de petits garçons ont déjà rencontré une femme à moitié nue, proposant ses charmes derrière une vitrine, et ça n’empêche pas les français d’avoir leur dose de machisme. Je pense tout-de-même que l’existence revendiquée et organisée de la prostitution n’arrangera pas les choses. Notre pays n’assume d’ailleurs pas si bien son abolitionnisme, n’en débat pas, et la prostitution a encore une image sympathique, glamour, et couplée avec la pornographie. Cette dernière, pour le coup, recouvre tous les kiosques à journaux du pays, montrant – pour ce qui est des journaux hétérosexuels – uniquement des corps de femmes, et n’interpellant visiblement qu’une clientèle masculine. Il y a donc quand même une forme de mise en vitrine du corps des femmes en France.

Quelques chiffres sur la prostitution :

Dans le monde

  • 98% des prostituées sont des femmes et des fillettes, d’après l’OIT
  • 75% ont entre 13 ans et 25 ans
  • L’âge d’entrée moyen dans la prostitution est de 14 ans. C’est-à-dire que la plupart sont plus âgées… ou plus jeunes !
  • D’après l’Unicef, le nombre d’enfants prostitués augmente d’un million chaque année
  • D’après Interpol, une prostituée procurerait en moyenne 107 000 euros par an à son proxénète

En France

  • 80% des prostituées en France sont étrangères d’après l’OCRTEH – Office central de la répression de la traite des êtres humains
  • Entre 85 et 90% des personnes prostituées sont sous le joug du proxénétisme, selon l’enquête de Richard Poulin en 2005
  • La quasi totalité des clients sont des hommes : 37% sont en couple, 29% cadres, 25% ouvriers, selon l’Enquête de 2004 de Claudine Legardinier et Saïd Bouamama
  • D’après l’OCRTEH, chaque prostituée rapporte entre 300 et 800 euros par jour à son proxénète et environ 50 euros lui seraient laissés.

Enfin, je vous cite en bonus l’extrait d’un livre d’Elizabeth Coquart et Philippe Huet, « Le livre noir de la prostitution » (Albin Michel, 2000, p.36) :
« Une prostituée sur deux a eu des contacts avec la prostitution dès son enfance et un tiers a eu une mère ou une parente prostituée. […] Un tiers des prostituées mineures enquêtées a été victime de viol par des adultes connus d’elle entre l’âge de trois ans et de quinze ans… […] 80% des prostituées a subi des abus sexuels au cours de l’enfance. »

On retient de ces chiffres que nous avons affaire à un commerce très lucratif ; qui s’exerce quasi uniquement sur des femmes dont une écrasante majorité ne l’a pas choisi ; pour des clients qui ne sont quasi que des hommes ; et qui touche les populations les plus précaires, issues de pays pauvres ou victimes de violences.



Passons maintenant à un petit tour des législations. On peut dire qu’il existe aujourd’hui trois grandes tendances qui pensent le rapport entre la prostitution et la société :

> Les Prohibitionnistes

Ils interdisent la prostitution qui est un délit, et ce sont bien souvent les prostituées qui sont fustigées pour atteinte à l’ordre public. Cette politique moraliste et extrêmement misogyne dans sa façon d’appréhender le sort et la valeur des principales intéressées n’existe plus en Europe. Elle n’a pour conséquences que l’exercice clandestin et la criminalisation des prostituées qui encourent condamnation et violences de toutes sortes.

> Les Réglementaristes

Cette théorie est née dans les années 1830 avec les analyses du médecin Alexandre Parent-Dûchatelet. Il est intéressant de rappeler la philosophie initiale de ce courant dont le théoricien confère à la prostitution une utilité sociale, et la considère comme un élément indispensable à la sexualité masculine « normale ». Ça aura pour conséquence la création de lieux clos contrôlés par l’administration médicale et policière, et c’est ce modèle, dit français, qui fut étendu à l’Europe par le Code Napoléon dès 1804. Il s’applique aujourd’hui dans quelques pays comme les Pays-Bas ou l’Allemagne.

Aux Pays-Bas, le constat n’est pas très brillant ! Le maire d’Amsterdam a reconnu publiquement en 2004 que la Tipplezone était devenue un refuge pour les trafiquants et un danger pour les femmes. On a vu la multiplication par 3 du nombre d’enfants prostitué-e-s en cinq ans, et une même multiplication des femmes prostituées émigrées des pays d’Europe centrale. Ce pays de 17 millions d’habitant-e-s compte aujourd’hui deux fois plus de prostituées qu’en France.

En Allemagne, on compte 400 000 prostituées et une augmentation de 70% du trafic d’être humains en huit ans de 2002 à 2010, selon l’Enquête d’Elise Guiraud en 2010.

> Les « Abolitionnistes »

Ces derniers tolèrent la prostitution mais interdisent et poursuivent le proxénétisme, les maisons closes et le racolage. En France, ce mouvement se traduit par la loi du 13 avril 1946, loi dite Marthe Richard, qui interdit les maisons closes, supprime le fichage et renforce les sanctions contre les proxénètes. Ses principes sont reconnus en 1949 par la convention de Genève « pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui ».

« La prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine ». Ce texte fut signé par plus de 70 pays, dont la France qui l’a ratifiée en 1960.

Entre 1946 et 2003, la France est considérée comme un état abolitionniste mais aucune réflexion de fond n’a hélas été menée pour arriver à une réelle abolition de la prostitution. Je rappelle au passage que le mouvement féministe du mouvement social français est assez unanime sur cette question. Parmi les associations abolitionnistes, on a Femmes Solidaires, le NID, le CNDF, le CFCV, ATTAC, la LDH, la Marche Mondiale des Femmes et OLF.

> La nouveauté nous vient de la Suède : Les « Néo-abolitionnistes »

Les néo-abolitionnistes, comme en Suède, pénalisent le client mais pas la prostituée. Ce pays a enregistré une baisse de 50% de la prostitution de rue, un recul net de la traite et un recul de 80% des clients. Aujourd’hui, on ne compte plus que quelques centaines de prostitué-e-s pour un pays de 9 millions d’habitant-e-s. Effectivement, la pénalisation des clients est l’un des éléments que les néo-abolitionnistes ont mis en œuvre pour lutter contre la prostitution, mais c’est vraiment loin d’être une mesure qui se suffit à elle-même ! Je trouve très dommage, et contre-productif, que le débat publique se soit structuré autour de cette seule mesure, alors que la politique que ce courant préconise est beaucoup plus ample et plus ambitieuse !

La toute première des mesures est d’imposer à l’Éducation Nationale une réelle éducation à l’égalité et à la sexualité. Dans notre société qui n’est pas sans subir encore les influences du patriarcat, la liberté sexuelle ne va pas de soi. La sphère dite privée est profondément organisée par la domination masculine, c’est vrai pour le partage du travail, des tâches ménagères, et c’est aussi vrai pour la sexualité. Considérer que la sexualité des femmes et de certains hommes peut être achetée par des hommes renforce deux idées essentialistes, d’abord qu’il y aurait une libido spécifique et irrépressible des hommes pour laquelle la société doit prévoir un réservoir de femmes sexuellement disponibles, et donc que les corps et le sexe des femmes doivent être mis à la disposition des pulsions sexuelles masculines.

D’ailleurs, la prostitution est loin d’être le seul engrais qui nourrit le machisme en France ! On peut citer les jouets pour enfants, les inégalités sociales, la répartition des tâches ménagères etc., et la prostitution n’est que la partie émergée de l’iceberg. Elle révèle cette profonde inégalité culturelle qui fait qu’un homme peut penser qu’il a des corps de femmes à sa disposition, n’importe comment, pour faire n’importe quoi, simplement en échange de quelques sous.

Aussi, il faut garantir les droits et l’insertion des personnes prostituées victimes de la traite, ainsi que toutes celles qui le souhaitent, en mettant en œuvre des mesures sociales ambitieuses vu le lien évident qu’on constate entre la prostitution et l’extrême précarité. Droit à la CMU ; possibilité de payer des cotisations et d’avoir accès à la retraite, ce qui est possible en libéral ; moyens financiers pour accompagner les principales intéressées sont à l’ordre du jour du programme abolitionniste que nous appelons de nos vœux, histoire de ne pas tomber dans le schéma terrible du prohibitionnisme et de la stigmatisation des personnes prostituées.

Enfin, Oui-oui, il y a cette fameuse mesure de Renversement de la pénalisation. Mais cela va de soi qu’il faudra aussi abroger les lois sécuritaires du gouvernement, et qu’il est hors de question que les prostituées continuent à être pénalisées par cette loi sur le racolage passif. Je rappelle, pour ne pas me faire traiter de tout-sécuritariste, que si les clients prostitueurs doivent écoper de 6 mois de prison en Suède, aucune peine de prison n’a jusqu’alors été prononcée. L’état s’est à chaque fois contenté d’une amende, et c’est bien l’effet normatif de la loi qui est ici recherché pour créer un impact fort et vertueux sur les mentalités.

Je mets en avant trois raisons pour lesquelles je soutiens le courant néo-abolitionniste :

> 1. Pour la dignité humaine

L’acte qui consiste à pratiquer des pénétrations et autres services sexuels sans désir, à subir des relations à répétition plusieurs fois par jour etc. provoque des séquelles physiques et psychologiques très profondes et très destructrices chez les personnes prostituées. La violence sexuée n’a pas le même impact que la violence tout court, sinon on punirait le viol avec la sévérité qu’une simple agression physique, toute violente qu’elle soit. Or nous savons très bien, combien même le viol serait moins douloureux, qu’il est beaucoup plus ravageur.

À ce propos, j’ai déjà entendu dire que l’exploitation qu’endurent les personnes prostituées est comparable à celle que peuvent subir l’ensemble des salarié-e-s et employé-e-s sous le joug de la pénibilité, et de la cruauté du système capitaliste. Très franchement, je trouve qu’on ne peut raisonnablement pas mettre sur le même plan la détresse et les séquelles psychologiques des prostituées et celles des autres exploitées du monde du travail. Pour info, les prostituées sont, avec ceux qui ont connu la guerre du Vietnam, les seules à développer le symptôme de décorporalisation. C’est-à-dire que les rapports sexuels non désirés à répétition sont d’une telle violence que les prostituées sont nombreuses à anesthésier psychologiquement leurs corps, et que bien souvent, quand elles se retrouvent couvertes de bleus en rentrant chez elles, elles sont incapables de se souvenir de qui les a frappé.

De même, elles ne vont plus chez le médecin quand elles sont malades, leurs corps étant devenus insensibilisés. Ces femmes vivent un paradoxe psychologique très violent, celui d’être témoin et même de participer à leur propre viol, qui devient un viol compensé par l’argent. Bref, on a beau dénoncer toutes les formes d’exploitation – comme je le fais sur ce blog – je ne veux pas laisser dire que les séquelles physiques et psychologiques qu’on relève chez les prostituées, au moins celles qui font ce métier pour gagner leur vie et donc sans en avoir totalement envie, sont les mêmes que celles d’une caissière ou d’une ouvrière. Pénibilité et traumatisme n’atteignent pas du tout le même niveau !

> 2. Contre la marchandisation

L’autre maxime qu’il me semble important de rappeler, et que d’ailleurs notre monde libéral nous rappelle sans cesse, c’est que Le client est roi ! C’est lui qui choisit tout, la prostituée, le service, les positions etc. Dans le cadre de ce métier, la femme ou l’homme prostitué ne peuvent que se plier à des pratiques intimes commandées par le client, quelles qu’elles soient.

En un mot : L’argent c’est le pouvoir. Si je paye, je décide, et je décide CE QUE JE VEUX. Qui détient l’argent en France et dans le monde ? Les hommes ! Dans le monde, les femmes détiennent 1% des richesses et des capitaux mondiaux (ONU). Donc nous sommes dans des rapports complètement inégalitaires, et ne saurons jamais éviter que ce soit plutôt les femmes qu’on retrouve sur le trottoir, de grès ou de force.

> 3. Pour l’égalité entre les femmes et les hommes :

L’existence de la prostitution est un frein à la liberté sexuelle et l’égalité entre les femmes et les hommes. La liberté sexuelle, c’est d’abord la réciprocité du désir et du plaisir, la liberté de choisir son partenaire et ses pratiques sexuelles, et il n’est pas question de qualifier de « libre » une circonstance où l’homme paye pour pousser la femme, par la pression de l’argent, à avoir telles pratiques sexuelles avec lui. La prostitution est le dernier bastion d’une longue histoire du patriarcat où le désir de l’homme a toujours primé sur celui de la femme, d’où les traditions réactionnaires des mariages arrangés, du droit de cuissage, des viols et de viol conjugal que la loi n’a que trop tardé à reconnaître. La prostitution n’est d’ailleurs pas un luxe de riches ou de privilégiés, elle existe dans toutes les sociétés, même les plus pauvres. Dans les pays pauvres, les prostituées sont tout simplement moins chères.

Pour finir, j’aimerai poser la question la plus cruciale à mon sens, celle du projet de société que nous voulons ? Acceptons-nous que la prostitution devienne un métier comme un autre, à savoir que dans les pays qui la légalisent, on voit fréquemment des campagnes publicitaires affichant des soldes sur les prostituées, voire des menus où on a droit à « un repas, une chambre et une prostituée » ? Peut-on tolérer que pôle emploi enregistre la prostitution comme un métier banal, et se plaigne de ce que telle femme ne veuille pas saisir tel poste disponible de prostituée ?

À celles et ceux qui disent que cette politique abolitionniste est une atteinte à la liberté, j’aimerai rappeler que les sociétés ont toujours fixé des limites dans tous les domaines. C’est notre devoir citoyen de débattre pour savoir où mettre la limite à chaque fois. On l’a fait pour la majorité sexuelle, pour le temps de travail légal, et même la liberté d’expression ! Les propos négationnistes ou appelant à la haine raciale et homophobe sont aujourd’hui interdits et punis par la loi.

Nombreux sont les défenseurs de la légalisation qui veulent opposer les camps des féministes ringardes, qui ne veulent pas entendre parler de prostitution au nom de je ne sais quel puritanisme, et les féministes libérées qui trouvent cette possibilité de louer sa sexualité plutôt moderne et sympathique. Je ne pense vraiment pas qu’il faille poser le débat en ces termes. À mon avis, toutes les tendances féministes sont là pour permettre aux femmes d’assumer des choix de vie qui leur sont propres et non dictés, le tout étant d’appréhender, en tant que penseuses et penseurs de gauche pour ma part, comment on peut garantir cette notion de choix. En général, nous la pensons traditionnellement à travers le prisme de la contrainte et de la restriction d’une totale liberté, comme pour les 35h et autre réduction de temps de travail, histoire que les travailleur-se-s ne se voient pas « imposer le choix » de travailler plus. C’est aussi vrai pour la laïcité.

L’idée n’est donc pas de prétendre qu’une prostituée consentante est forcément ou spécifiquement aliénée, mais peut-on, au nom du désir de cette minorité de femmes qui vivent bien la prostitution, justifier la mise sur le marché de la sexualité ? Qui dit marché dit tout ce qui va avec ! Pression de la concurrence, marketing, logiques économiques qui pousseront d’autres femmes à « faire ce choix » sans en avoir envie, exploitation etc. Eh bien je ne suis pas convaincue qu’il faille forcément laisser les femmes se prostituer dans le cadre professionnel, du moment qu’elles considèrent que c’est un moyen acceptable pour elles de gagner leur vie. Elles n’ont pas à disposer d’une norme à propos de laquelle une société doit débattre collectivement en se posant des questions essentielle : Est-ce que la sexualité s’achète ? Doit-elle obéir aux lois du marché ? Est-ce que c’est le même type de débat que pour la vente d’organes ou la GPA ? A-t-on eu raison d’interdire aux nain-e-s, même consentant-e-s, de faire leurs fameux lancers de nains au nom de la dignité ? Est-ce normal que les hommes puissent accéder au sexe des femmes par la voix marchande ? etc.

Dossier adressé aux député-e-s sur l’abolition de la prostitution – OLF

COUP DE GUEULE !!!

Je vais finir par le coup de gueule de la semaine, en rebondissant sur quelques passages de la fameuse tribune de Philippe Caubère, qui m’ont le plus choqué :

– Cette réforme va, selon lui, jeter « dans cet autre enfer, celui de leur solitude ou de leur propre couple, tous ceux qui profitaient de leur secours, de leur savoir, de leurs «services». »

Caubère se place ici du côté du client pour revendiquer un Droit à la sexualité dans le cadre de la prostitution, pour tous ceux qui ont des problèmes de vie de couple ou autre, et ne veulent pas se donner la peine de séduire d’autres femmes pour combler ces frustrations. On retombe ici dans le dangereux écueil d’une différenciation des rôles des femmes et des hommes dans la sexualité, entre ceux qui ne peuvent gérer leurs frustrations sexuelles, et celles qui doivent donc y pallier et leur porter secours.

– « J’avais de l’estime pour madame Bachelot. Mais je me souviens d’un conflit qui l’avait opposé à un animateur de télévision qui s’était moqué de son rire, lui prêtant une connotation sexuelle. Sa réaction, très violente, m’avait paru compréhensible et légitime. L’ayant vu l’autre soir à la télévision, les mâchoires serrées, le visage fermé, déclarer sa faveur pour ce texte répressif (…) j’ai pensé soudain que Laurent Ruquier avait dû mettre le doigt (si j’ose dire…) sur un vrai problème. Que je connais. Ma mère avait le même. Il m’a fallu quelques années pour le comprendre et l’assumer. Ma mère était une obsédée. Une vraie. Gravement perturbée, que sa frustration agitait parfois jusqu’à la démence, déclenchant en elle des accés d’une violence affreuse, castratrice et terriblement prédatrice. »

Je trouve absolument scandaleuse cette tirade sexiste qui montre du doigt la prétendue hystérie des femmes quand il s’agit de sexualité. C’est par ce prisme franchement réactionnaire qu’il attaque la position d’une femme politique, à travers son sexe. Je rappelle d’ailleurs que le mot hystérique vient du mot grec Utérus, parce qu’on prétendait, dans l’antiquité, que la folie des femmes venaient de la tendance qu’avait leur utérus à se balader dans leur corps tant qu’elles n’avaient pas de relations sexuelles – hétérosexuelles bien sûr – et d’enfants pour « coincer » l’utérus agité. Plusieurs siècles plus tard, l’héritage de cette absurdité court toujours !

– « La pratique de cette nouvelle chasse à courre dont l’homme est le gibier, qu’il soit célèbre comme Julian Assanges, Bertrand Cantat ou Roman Polanski, ou inconnu (tel le soldat) comme moi, réduit que je suis désormais à ce statut pénal de «client de prostituées». »

Selon ce raisonnement, toutes les violences que les féministes dénoncent, telles que les violences et meurtres conjugaux – puisqu’il cite Cantat – et les viols et viols des plus jeunes – puisqu’il cite Polanski – sont mis dans le même paquet d’hommes qui seraient poursuivis, victimisés, voire castrés sous le joug du combat féministe. Dans un pays comme la France où une femme meurt tous les jours et demi sous les coups de son compagnon, et où une femme est violée toutes les 7 mn, il est particulièrement indécent de prétendre que les combats contre les violences faites aux femmes relèvent d’une persécution des hommes plutôt que d’une défense de la cause des femmes. Mettre les clients des prostituées, Cantat et Polanski dans le même sac Vs les féministes est très révélateur de ce qu’il veut inscrire dans les mentalités comme camps opposés !

– « Le ou la prostitué(e) ne fait que dévoiler et assumer le rapport d’argent et de commerce tapi sous n’importe quel rapport amoureux ou sexuel, – du dîner offert à la personne qu’on drague, ou qu’elle se fait offrir, jusqu’à -bien pire et plus banalisée- l’estimation de la situation sociale et financière de celle, homme ou femme, prétendant au coït ou au mariage. La prostituée -ou la personne qui décide de se livrer pour un moment à la prostitution- nous libère de ce chantage, de ce non dit, nous en délivre. On peut -enfin !- baiser gratuit. »

Là encore, les rôles réactionnaires du genre, et les relations qu’ils entretiennent aujourd’hui, doivent être assumés plutôt que remis en cause. Comme la culture de la galanterie ou des mariages arrangés partait du principe qu’un homme doit dépenser de l’argent pour avoir droit au sexe d’une femme, plutôt que de déconstruire ces restes du système patriarcal, il veut les assumer et payer directement certaines femmes pour avoir les fameuses faveurs sexuelles.

– « … de proscrire et interdire une activité humaine aussi nécessaire, vitale ; et sacrée, car son objet est la jouissance et donc, que ça vous plaise ou non, le bonheur.

On a encore une fois droit à une tentative de créer un droit à la sexualité, qui doit avoir un espace aménagé dans le commerce puisqu’il serait vital.

Publicités

44 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Djamila dit :

    Bravo pour la chronique…. Et pour info dimanche 10 avril vers 22h30 sur France3 : Première diffusion du documentaire « Elles » des femmes dans la précarité !

    1. marc dit :

      quel enfoiré ce Philippe Caubère, on devrait le foutre en bikini une nuit à Boulogne pour qu’il capte… ça fout la rage… courage!

  2. Romain Jammes dit :

    Salut,

    Merci pour l’article. C’est instructif.

    C’est aussi stupide de considérer que la domination masculine va s’estomper d’elle-même que de considérer que la démocratie et le partage des richesses sont naturels. Dans les deux cas ce sont des combats : pour les installer, pour les améliorer, pour les parfaire et les maintenir.
    C’est pour cela que le combat féminisme s’est doté d’armes contre les armes que le système utilise pour rabaisser toujours plus les femmes.

    Bon courage à toi,

    Romain

  3. Léo dit :

    Consternant, et pourtant je suis plutôt féministe.
    Ce que je lis la me révolte et relève d’une méconnaissance totale de la situation. Ces réglementations à n’en plus finir sont un calvaire. On ne peut déjà plus fumer en terrasse, on ne peut plus s’asseoir dans une bagnole sans que celle ci nous ordonne de mettre sa ceinture pour démarrer, et bientôt il faudra aller demander la permission à un commissaire pour tirer un coup.. Redescendez sur terre.
    Les prostituées sont à 90% constituées en réseaux. Ces réseaux sont européens et une grande partie des prostituées ne sont pas Françaises. Ainsi, vous oubliez de préciser que la pénalisation de la prostitution en Suède a entrainé le doublement de la prostitution au Danemark. Vous oubliez également de dire que le nombre de Viols en Suède est en constante augmentation depuis cette même loi et vous oubliez encore que dans ce grand pays féministe qu’est la Suède les hommes sont soumis à un couvre feu à partir de 10h du soir. Bref, vous nous parlez des femmes avant de nous parler d’un véritable système mis en place par des hommes sans scrupules et exploitant les femmes à des fins purement pécuniaires. Mais comme vous le savez surement, puisque comme moi vous êtes au parti de gauche, le capitaliste s’adapte. Et que ce soit un PDG de multinationale ou un Mac dirigeant un réseau de centaines de prostituées, une loi ne libérera jamais le salarié de la domination de son patron.
    Cette loi va simplement entrainer ce qui s’est passé lors de la prohibition au Etats-Unis pendant 20 ans. La pègre va simplement faire monter les prix de la prostitution et ce sera encore les mêmes salauds qui vont s’en mettre plein les poches.
    Attaquez plutôt les gangs qui mettent en esclavage et en péril ces femmes qui effectivement sont soumises à des violences extrêmes avant de brandir la carte du féminisme et de l’exploitation à tous crins.

    1. Yilmaz dit :

      La comparaison avec l’interdiction de fumer ou la ceinture de sécurité ne tient pas : ici, il s’agit clairement de mettre fin à un système d’esclavagisme, le système prostitutionnel.
      Les prostituées ne sont pas constituées en réseaux, ce sont les proxénètes qui le sont. Nuance de taille.
      Effectivement, ces réseaux peuvent être européens, mais sont surtout transnationaux, comme la mondialisation néo-libérale le fait avec les marchandises, elle accélère et renforce le proxénétisme. C’est pour cette raison que nous faisons aujourd’hui face à une contre-offensive de grande ampleur de réglementaristes en Europe depuis l’Allemagne et les Pays-Bas.
      Doublement de la prostitution au Danemark, nombre de viols en constante augmentation en Suède ? Quelles sont vos sources ? Si vous escomptez mettre en question un article argumenté et sourcé, il faut être plus sérieux que de brandir des assertions.
      Un couvre-feu en Suède ? Cette affirmation me paraît délirante. Précisez, citez.

      «Bref, vous nous parlez des femmes avant de nous parler d’un véritable système mis en place par des hommes sans scrupules et exploitant les femmes à des fins purement pécuniaires.»

      C’est précisément parce qu’il s’agit d’un système esclavagiste qu’il convient de parler en premier lieu de ceux qui le subissent dans leur existence matérielle.

      «Mais comme vous le savez surement, puisque comme moi vous êtes au parti de gauche, le capitaliste s’adapte. Et que ce soit un PDG de multinationale ou un Mac dirigeant un réseau de centaines de prostituées, une loi ne libérera jamais le salarié de la domination de son patron.»

      Je ne comprends pas ce défaitisme. Ça ne vous dit rien le droit du travail ? Les congés payés ? Le SMIC ? Le droit de grève ? Tout ça, bien sûr, n’a absolument aucun impact sur la vie des salariés… D’autant que la comparaison est ici encore forcée : la prostitution n’est pas un travail comme un autre, c’est de la traite d’être humain.

      Quant au dernier paragraphe de votre commentaire, il laisse à penser que vous n’avez même pas lu l’article : l’abolitionnisme s’attaque précisément au proxénétisme organisé, pas aux prostitué-e-s.

      Personne ne brandit la carte « de l’exploitation à tout crin », justement parce que l’article établit que la prostitution est une forme d’exploitation extrême, le paradigme de l’exploitation même, et que c’est pour cette raison qu’elle doit être interdite. Mais cela dépend du projet de société que nous voulons.

      Avec votre argumentation, il ne faudrait pas réprimer le crime au prétexte que des gens se font tuer tous les jours…

      Mais comme disait l’autre, « je suis né pour combattre le crime, non pour le gouverner. »

  4. Jacky Soulié dit :

    J’ai déjà beaucoup contribué au blog de Romain Jammes, je serai donc bref.
    Avant toutes choses, je tiens à préciser que je ne suis pas client de prostituées, je l’ai été une fois il y a plus de 25 ans et je n’ai pas aimé l’expérience.
    Ceci posé, je me classerais plutôt, avec des réserves dans ceux que vous appelez les abolitionnistes. Ce qui me gêne dans la prostitution n’est pas l’acte marchand mais la traite d’êtres humains. Si une personne me semble libre de se faire rémunérer en échange de prestations sexuelles, autrui, par compte ne peut forcer quiconque à effectuer des actes contre sa volonté.
    Dans un monde parfait il ne devrait pas exister de prostitution mais, ce monde étant ce qu’il est, il me semble vain et contre productif de vouloir interdire cette pratique qui, de toutes façons, perdurera sous d’autres formes, pas forcément plus glorieuses pour les femmes (et les hommes) que vous appelez à protéger.
    Luttons efficacement contre le proxénétisme, ce sera déjà un grand pas en avant.

    1. fatimabenomar dit :

      D’abord la question n’est pas de savoir si tu as aimé l’expérience, ça n’a aucun intérêt dans le débat tellement c’est centré sur l’état d’âme du client. Je t’avoue que je m’intéresse plutôt à celui de la personne prostituée. Sinon je ne comprend pas très bien ce genre de raisonnement. Peut-être y aura-t-il toujours un peu de prostitution dans le monde au fur et à mesure de notre combat pour la faire reculer, et alors ? Il y aura toujours des meurtres, des viols, faut-il les décriminaliser aussi à ce compte ? Ne faudrait-il pas à ce moment là que notre République laïque et progressiste s’organise pour que les excisions se fassent « de manière civilisée et anesthésiée » dans l’hôpital publique plutôt que de laisser les gens faire ça n’importe comment, si on suit ta logique ?

  5. Jacky Soulié dit :

    Ce n’est pas du tout ce que je dis. Je dis juste que je ne vois pas en quoi nous légifèrerions sur ce que les gens font eux-même avec leur propre corps. Que je sache, personne n’a jamais décidé de s’exciser soi-même de son plein gré, l’exemple est donc très mal choisi.

    1. fatimabenomar dit :

      Je pense que tu te trompes, ces coutumes sexistes sont hélas très souvent approuvées et reproduites par des femmes, même si elles en ont souffert. Il y a beaucoup de personnes prostituées qui le sont parce qu’elles ont été agressées sexuellement dans leur enfance ou parce que leurs proches parentes le faisaient, on ne peut pas nier ces logiques de reproductions qui affaiblissent la notion de total libre arbitre. Je ne pense pas non plus qu’il faille revendiquer une liberté absolue de faire ce qu’on veut de son corps, d’où les législations sur la vente d’organes, les spectacles de lancers de nains interdits, ou le fait de se promener nu-e-s dans la rue. C’est à chaque société de savoir jusqu’où va la limite de la liberté de chacun-e.

      1. Hadrien Clouet dit :

        Cher Jacky,

        Ca tombe bien que tu prennes l’exemple de l’excision, il est très révélateur : en Egypte, considérant que la criminalisation avait été inefficace, et que cela « existera toujours », la légalisation de la pratique a été prônée, puis votée, avec le soutien de femmes éduquées et autonomes qui défendaient cette tradition, certaines « ayant un bon souvenir ». Et que s’est-il passé ? Et bien, devenant une opération lucrative pour les médecins (ce n’est pas si éloigné de la logique prostituaire, il y a presque toujours un tiers, masculin, qui prélève un intérêt, économique ou symbolique : un proxénète), ces derniers l’ont encouragée ! Heureusement, cela a soulevé un tollé qui a conduit à la ré-interdiction en 1997.
        Le pseudo-« réalisme » appelé au secours des causes indéfendables a toujours le même effet : rendre la situation acceptable, la légitimer, et donc in fine l’amplifier.
        On a le choix entre résignation, ou bien espoir. Soit : « ca n’ira pas mieux, ou pire », ou bien « ca peut aller mieux ». Il me semble qu’un seul de ces deux discours est humaniste.

      2. Jacky Soulié dit :

        Les spectacles de lancers de nains sont interdits mais personne ne peut empêcher un nain d’inviter des gens chez lui, de les faire payer et de se propulser dans les airs avec une catapulte.

      3. Jacky Soulié dit :

        Hadrien, si l’on veut être conséquent et supprimer la prostitution, il faut alors punir tout le monde, client, proxénètes et prostituées. Interdire de fait la prostitution et ne pas interdire aux femmes de se prostituer est très jésuite. Il faut assumer ses positions et aller jusqu’au bout de la logique.
        Celà dit ça ne résoudra rien mais, au moins une démarche volontariste aura été tentée.

    2. Yilmaz dit :

      La Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1949 a introduit en droit le principe de NON-PATRIMONIALITÉ DU COPRS HUMAIN. Ce qui signifie : je suis propriétaire de mon corps, mais mon corps n’est pas mon patrimoine, c’est-à-dire que je n’ai pas le droit de l’aliéner — d’en faire une marchandise (vente d’organes, prostitution, etc.). Mais j’ai le droit de me scarifier ou de me suicider, par exemple.

      Car c’est bien la MARCHANDISATION qui est au centre du problème, elle engendre une réification du corps comme l’a très bien décrit Fatima.

      Ce principe dérive du principe de DIGNITÉ HUMAINE. N’oublions pas contre quelle atrocités ces principes ont été établis, ce serait folie que d’y renoncer.

      Nous pouvons et nous devons dont légiférer sur ce que les gens font eux-mêmes dans leur rapport à l’AUTRE, car c’est bien cela la loi, l’établissement d’un rapport social conforme à l’idée de justice qu’un peuple souverain se fait au moment où il exprime sa volonté. On appelle ça la République.

      1. Jacky Soulié dit :

        Il faut donc être conséquents et interdire la prostitution totalement, complétement en réprimant tous les acteurs concernés, un peu comme pour la lutte contre la toxicomanie. Les prostituées, surtout celles qui se pensent volontaires, devraient donc subir une obligation de soins psychiatriques, afin qu’elles deviennent de meilleures citoyennes, enfin libres après quelques traitements appropriés.

      2. Yilmaz dit :

        Non, parce que vous oubliez que ce rapport (entre la prostituée et le client) n’est pas un rapport de réciprocité — c’est d’ailleurs tout le problème, mais un rapport unilatéral d’aliénation.

        La loi n’a donc pas à réprimer les prostituées, mais la prostitution, c’est-à-dire ceux qui en sont les agents.

        Une loi qui s’attaquerait à la misère devrait donc s’en prendre aux pauvres ? Un loi qui réprimerait le crime devrait traiter à égalité les bourreaux et les victimes ? Belle logique !

        Et, de grâce, pas de caricature inutile et malveillante (les soins psychiatriques forcés). Mais comme effectivement la prostitution est une catastrophe psychologique, cette loi devrait comporter un volet de prévention en proposant un soutien psychologique à ceux/celles qui le veulent.

      3. Jacky Soulié dit :

        J’ai déjà eu l’occasion, à l’issue d’une séance de cinéma, de discuter avec 2 prostituées « libérales » qui ne semblaient pas du tout aliénées par leur pratique professionnelle, qui en parlaient sans tabou et surtout sans le pathos que mes ami(e)s et moi semblions devoir adopter.

      4. Yilmaz dit :

        Oui, vous avez vu deux prostituées qui n’avaient pas l’air aliénées. Très bien. Qu’est-ce que cela prouve ?

        Les poissons-volants existent, mais ils ne constituent pas la majorité du genre.

        Les statistiques attestent de l’aliénation, et ce de manière autrement plus scientifique que votre expérience subjective (pourquoi ce fait là plutôt qu’un autre ? on ne fait l’expérience que de ce dont on veut bien voir).

  6. Axel dit :

    Bonjour,

    Bel article, instructif, cependant cet article traite-t-il de LA prostitution, où du proxénétisme et de la prostitution en France et en Europe ?

    Certes nous somme très loin d’être le pays qui respecte au mieux l’égalité homme-femme, de fait la prostitution devient un instrument du machisme et de la domination de l’homme sur la femme qui détient dès lors la force (financière) de décider de ses rapports sexuels.
    Couplé à un proxénétisme plus qu’affligeant, rabaissant la femme à l’état d’objet. Mais cet état de fait est-il intrinsèque à la prostitution ? Est-ce le machisme omniprésent qui pousse cette société vers la démocratisation d’une forme d’esclavage ? Est-ce que le concept, l’idée même de prostitution pourrait être envisagée dans une société égalitaire sur le point de vue du sexe ? Ma question est la suivante, malgré la douleur que subissent ces femmes est-ce réellement la prostitution qu’il faut fustiger ou est-ce la société qui permet à des hommes de profiter de ces femmes/enfants ?

    A l’instar de Jacky, je pense que chacun est libre de faire ce qu’il veut de son corps dans le respect des libertés communes. Et si je réfléchis au concept même de prostitution, l’échange de relations sexuelles contre une rémunération, je ne vois rien qui soit anti-libertaire, contrairement au machisme, au proxénétisme ou à la pédophilie.

    1. Hadrien Clouet dit :

      Cher Axel, je vais y aller point par point :
      « La prostitution devient un instrument du machisme… » : elle ne peut pas le devenir, elle est par essence un symptome du patriarcat. Elle a un sens : l’homme a des besoins sexuels irrépressibles, la femme est là pour les subir.
      Sur la liberté d’user de son corps : dans ton optique réglementariste, tu considères la prostitution comme un travail. Or, le travail est encadré, il y a des règles d’hygiène et de sécurité. Donc, le « travail prostituaire » devrait être strictement encadré pour garantir leur santé. Or, la prostitution met en danger la « travailleuse du sexe ». Donc ca ne saurait être toléré.
      L’argument du libre-choix est aberrant : l’âge moyen d’entrée dans la prostitution se situe vers 13 ans et demi, pour beaucoup avant même la puberté. Le taux de mortalité est 40 fois supérieur. Dans le documentaire « Elles rêvaient d’un autre monde », le chiffre de 92% de prostituées « souhaitant ardemment » obtenir une profession qui leur permette de vendre leur force de travail et non leur intimité est avancé. Une prostitution « libre » ce n’est pas de la liberté, mais du libéralisme. Jouer à la roulette russe des MST ? Mais pourtant, je suis convaincu que vous seriez choqué que l’on rémunère des gens pour se piquer avec des seringues usagées…
      On peut se détacher de ses actes, par des techniques mentales de résilience, au cours d’un emploi qui nous fait agir, mais on ne peut se détacher d’un « emploi » qui marque le corps, littéralement et physiquement.
      80% des prostituées ont été abusées sexuellement dans l’enfance, cf. article de Fatima (c’est ainsi qu’elles surmontent la réification de leur sexualité). Réglementer, c’est faire d’un traumatisme un métier…
      Enfin, si la personne devient un produit, comme le nom l’indique, il faut produire le produit, et on ne peut abstraire le « produit humain prostituaire » (c’est ce que devient une prostituée dans l’optique réglementariste) des camps de dressage dans lesquels on leur « apprend » le métier, c’est à dire plus prosaiquement on les viole sous toutes les coutures.
      Et mettons qu’existent des femmes qui souhaiteraient se prostituer car elles aiment ca, hors contrainte financière. Et bien, si réellement c’est par plaisir, pourquoi ne pas prendre des amants ? Car si la prostituée vise la rémunération, elle vise donc le renoncement même partiel à ses propres désirs sexuels.
      Le système prostituaire représente le summum de la famille bourgeoise classique pathologique : idéal féminin identifié à la virginité ou à la maternité, qui encourage la prostitution pour les pauvres, afin de préserver la frustration des jeunes filles de bonne famille.
      On pourrait même conclure plus simplement : je te mets au défi de trouver un seul exemple d’amélioration des conditions prostituaires après une réglementation.

      1. Axel dit :

        Cher Hadrien, je vais également procéder par points : « La prostitution devient un instrument du machisme… », je confirme ce fait dans le sens où de mon sens, il est possible qu’il existe une prostitution qui soit un travail et non pas comme c’est le cas aujourd’hui un exutoire sexuel réservé uniquement aux hommes. Ensuite l’argument de la femme objet et des enfants ne répond pas à la question et il est facile d’utiliser ce genre d’argument ; personne ne peut être pour sans souffrir de troubles psychologiques… Ma vraie question n’est pas savoir comment fonctionne la prostitution en France et plus généralement en Europe, car je l’ai très bien compris avec cet article qui pose très bien les choses. Je suis clairement contre les faits actuels. Maintenant si on veut poser le débat, je pense qu’il faut penser plus loin que les filles des 13 ans et la roullette russe des MST. Si tu relis mes écrits je ne parle pas de « prostitution libre », ni de laissez les choses en l’état… Mais je me pose la question suivante : est-ce la société actuelle qui fait de la prostitution un système esclavagiste et dépravant pour la femme ? Ou est-ce intrinsèque à la notion même de prostitution ?
        Enfin tu dis que la prostituée renonce à ses désirs sexuels ? Qu’est-ce qui te permet de dire ça ? De la même façon que les actrices pornographiques, les prostituées, même en cherchant l’argent par le sexe continuent à avoir des désirs sexuels.

        Pour fini je dirai qu’il faut poser un réel débat sur la prostitution et sur la liberté qu’elle pourrait représenter, qu’on en aprouve le principe ou pas (personnellement je suis contre la prostitution). Dans tous les cas je rejoint bon nombre des personnes qui ce sont exprimés pour dire que ce qui ce passe aujourd’hui doit être sanctionnés et stoppé

      2. Axel dit :

        J’ajouterai que ton défi ne m’intéresse nullement, mon but n’étant ni de faire l’éloge de la prostitution, ni de la « production de prostituées ». Je voudrais juste que soit pointé clairement du doigt le vrai problème qui n’est pas la prostitution, qui n’est finalement qu’un « service » sur un sujet plus tabou dans le monde actuel que ne l’est une simple séance de massage. On ajoutera qu’aujourd’hui la prostitution se fait dans la violence et dans la pédophilie j’en suis conscient. Mais est-ce que c’est vraiment cet « échange » qui est au cœur du problème ? N’est-ce pas plutôt ce récurrent soucis de l’être humain à vouloir se positionner au dessus de l’autre, en l’occurrence, l’homme au dessus de la femme ? Le clivage homme – femme et les préjugés qui vont avec sont ancrés depuis bien trop longtemps et avec la banalisation de l’asservissement de la femme, mais si on y réfléchit, la prostitution (actuelle) et le proxénétisme n’en sont qu’un des rares symptômes et non des causes.

        Je ne pense pas qu’il soit possible de toute façon d’interdire la prostitution, en tout cas pas le « concept de prostitution », déjà à l’école primaire je me souvient avoir vu et entendu des enfants échanger des bisous contre des bonbons ; n’est-ce pas là les prémisses de la prostitution ? Cependant dans une école le point de vue du proxénète et de l’asservissement n’existe pas, de plus c’est un concept aussi bien masculin que féminin.

        Alors pour finir avant d’aller dormir, je dirai que oui, clairement, ce qui se passe aujourd’hui est dégueulasse et qu’il est urgent de changer les choses (et ça pourrait passer par la pénalisation du client), mais qu’il est nécessaire d’avoir un réel débat de fond sur pourquoi les rapports hommes/femmes en sont là aujourd’hui et sur les mesures à prendre pour que ce rapport ne soit plus un rapport dominant/dominé.

        Bonne nuit et bonne chance.

  7. Jacky Soulié dit :

    La position de Léo me semble être la plus pertinente, concentrons nous sur le gangstérisme plutôt que de s’attaquer aux pratiques individuelles.

    1. Hadrien Clouet dit :

      Vouloir abstraire des pratiques individuelles de leur contexte social, croire qu’un acte est produit par le simple libre-arbitre de son auteur et non par des conditions socio-économiques, et enfin se persuader qu’un acte individuel n’a pas de conséquences sur d’autres individus, c’est faux… A ce titre, je peux aussi te répondre que le « gangstérisme » n’est que la somme de comportements individuel libres. Ou bien il n’y a pas d’actes libres isolés, ou bien il n’y a pas de gangstérisme 🙂

    2. Yilmaz dit :

      C’est que le gangstérisme se nourrit de pratiques individuelles…

  8. minibule dit :

    j’apporte mon soutien à cet article ainsi qu’à la pensé d’Axel! Précisons que la liberté individuelle, sous entendue le libre arbitre, ne se conçoit que dans un rapport égalitaire! Or, de fait, dans la relation sexuelle rémunérée, le rapport est par nature inégalitaire (pas de consentement réelle et majoritairement seule la nécessité dicte l’acceptation). De plus, la société doit à mon sens poser des limites à la marchandisation. Tout ne se consomme pas! Le corps ne se consomme pas mais se donne (le don d’organe le dispose). Voila ce que l’éducation doit porter comme message.

  9. Antoine dit :

    Assez d’accord avec Jacki et Alex.
    D’abord je voudrai te féliciter de l’excellent travail que tu as fait.
    En essayant d’apporter ma contribution, je voudrai te faire remarquer que tout ce qui est entre les mains de la pègre ou la maffia ne peut être abolit sans la destruction de ce type d’organisation. Car tout ce qui sera interdit,sous quelque forme que ce soit, leur profitera. Les pratiques individuellessont une partie du problème et il n’y aura jamais que des gens qui se respectent et respectent l’autre sur cette planète. Par contre, ceux qui profitent de toute forme de faiblesse de l’être humain, doivent être aneantis. Et s’il le faut par la force.

    Encore bravo pour ton travail et tes recherches, un peu trop féministe à mon gout mais cela doit aussi nous aider à nous remettre en question.

  10. Anne D dit :

    la prostitution…le plus vieux métier du monde ! Je ne suis pas contre les prostituées, ni avec elle. Je suis dans la tolérance de la liberté d’autrui tant qu’il n’empiète pas sur la mienne. J’ai la chance d’habiter dans une ville ou la prostitution se cache mais « à ciel ouvert » elle bouffe la liberté des autres. Exploiter le corps de la femme (même si elle est consentante) fût, reste et sera toujours un ignominie de notre société capitaliste qui vend tout, même le corps d’une femme. Les prostituées sont considérées comme des objets sexuels.
    Que dit-on d’un homme qui met plein de femmes dans son lit ? C’est un tombeur, un Don Juan… Mais que dit-on d’une femme qui met plein d’hommes dans son lit ? C’est un pute ! Rah mais il va falloir déconstruire mes chéris ! Les femmes font ce qu’elles veulent avec leur corps mais les hommes n’ont pas à aller leur demander.
    Ne rien dire c’est cautionner le système. Pour moi tout ces hommes qui se taisent ou qui s’en foutent (et toutes ses femmes aussi) ce sont comme les socialistes, communistes qui ont des actions dans une banque ! On fustige le système mais on en profite. Pauvres femmes, pauvres filles, pauvres GAMINES ! Elles ne savent même pas ce qu’elles font… Et ses femmes prostituées « par choix » dit-on…non mais c’est se foutre littéralement de la g***** du monde ! On vendrait son corps par choix comme on vendrait une bagnole ??? Là est la question !
    Nous devons protéger ces femmes, nos égales, nos soeurs qui se font littéralement bouffer par le système. Et nous devons aussi protéger ces hommes, ces jeunes, ces enfants, prostitués aussi et dont on ne parle pas.

    Mais où va-t-on ? Réveillez vous bon dieu ! Le capitalisme n’a pas le droit de faire ça !
    Indignez-vous comme direz l’autre…
    Sûr, faites l’amour… mais s’il vous plait, avec des femmes qui en ont réellement envie.

  11. SMARQUES dit :

    j’ai trouvé votre article très intéressant et effectivement je suis tout à fait d’accord quand vous dites que c’est dans les rapports filles-garçons dans notre société qu’il faut agir et c’est de là que l’on pourra faire la meilleur des préventions pour une égalité entre les sexes et effectivement y a du boulot!!!!
    Je pense qu’il y a beaucoup d’apriori sur la prostitution. Personnellement j’ai eu l’occasion de faire une formation organisée par l’association l’Amicale du Nid pour des professionnels du champ médico-social et j’avais beaucoup de préjugés sur la prostitution , monde que je ne connaissait que par le monde des médias qui présente la prostitution comme quelque chose de léger qui fait sourire… mais lorsqu’on entend des personnes prostituées qui témoignent de ce qu’elles vivent ou ont vécu, de leurs histoires de leur parcours souvent chaotiques , de l’enfer qu’elles vivent au quotidien et de comment elles en sont arrivés là ( victimes d’abus sexuels dans l’enfance, de viols, de ruptures familiales…) c’est vraiment difficile après d’entendre des discours politiques qui règlementeraient la prostitution (ce serai une double violence pour moi qui serait faite aux femmes). Je pense que les associations qui oeuvrent à aider les personnes à sortir de la prostitution est un travail de longue haleine qui prend du temps, et il faut un sacrée courage pour s’en sortir . Pour moi c’est tout simplement de la barbarie la prostitution et je crois qu’il faut pénaliser le client et faire de l’éducatif très tôt au niveau des collèges notamment.

  12. Marthe Richard-Holodomor dit :

    Où l’on voit que les reds sont aussi cons que les cathos ou autres religieux.

    Le féminisme, c’est de la m…!

    Vive les putes!

  13. Jacky Soulié dit :

    Je rappellerai qu’il n’y a jais eu autant d’Américains qui buvaient qu’à l’époque de la Prohibition et que c’est celle-çi qui a fait la fortune d’Al Capone.
    Dans le même ordre d’idée, je n’ai jamais autant téléchargé illégalement que depuis la mise en route d’Hadopi.
    Mais, bon, comme on dit « It’s Up To You » !

    1. fatimabenomar dit :

      T’as pas tort. C’est bon aussi pour le viol et la pédophilie, du coup ? Je propose qu’on encadre tout ça avec un service publique qui puisse distribuer de la vaseline avant et une séance ou deux de psychanalyse après ^^
      Trêve de… toutes les recherches (citées dans l’article et accessibles sur internet) montrent bien au contraire que le réglementarisme fait exploser la prostitution légale, illégale et la traite, et multiplie le nombre de viol dans sa manière de justifier ce rapport de mise à disposition de la sexualité féminine, et que l’abolitionnisme fait reculer toutes ces violences. Vous pouvez toujours dire que les chiffres sont for-cé-ment bidons et fait par des incapables (ce qui revient tjrs dès qu’il s’agit des droits des femmes d’ailleurs), mais il va bien falloir les prendre en compte un jour …

  14. Jacky Soulié dit :

    Tous les hommes ne sont pas des violeurs et des pédophiles, même ceux qui vont voir des prostituées. Certains n’ont tout simplement pas d’autre sexualité possible.

    1. fatimabenomar dit :

      Je sais bien, c’était pour montrer les limites du raisonnement : « Interdire quelque chose ne sert qu’à la faire proliférer, donc mieux vaut ne pas l’interdire. » Sinon, je ne vois pas quels hommes ne peuvent pas avoir de sexualité sans l’acheter ? … Et au pire, la sexualité n’étant pas un droit dans ce pays, pas plus que l’amour d’ailleurs, je ne vois pas où est le problème. Il y a bien des gens qui manquent d’affection, on va pas se mettre à payer des femmes pour forcer leurs cœurs non plus, le temps des mariages arrangés pour lier une femme au destin d’un homme malgré elle pour qu’elle finisse peut-être par l’aimer ou par faire le mieux semblant est révolu ^^

      1. FC dit :

        « Sinon, je ne vois pas quels hommes ne peuvent pas avoir de sexualité sans l’acheter ? »

        Vous manquez beaucoup d’imagination : les handicapés, les moches et laids, les peureux, timides, introvertis, mal dans leur peau. Avoir un peu d’affections, çà peut faire partie du droit à la dignité. Et pour donner de l’affection, il n’y a pas besoin de faire semblant, il suffit de prendre qq’un dans ses bras.

  15. Jacky Soulié dit :

    Le problème est que ça touche à l’intime, à la sensualité. On ne touche pas impunément à ce qui est en relation avec la sexualité et l’oralité : sexe, nourriture, boisson. Il s’agit là de pulsion profondes.

    1. fatimabenomar dit :

      Je veux pas être insistante, mais tout ce que tu dis s’applique très bien au viol et à la pédophilie… Hormis que pour moi, ça n’a rien à voir avec des pulsions profondes mais avec la manière dont une culture se les représente de façon genrée. Je vais te donner un exemple qui me semble assez exemplaire. Dans beaucoup de pays africains, on a remarqué que les mères donnaient d’abord le sein aux petits garçons, et faisaient passer les petites filles après, voire même les laissaient pleurer longuement avant de les nourrir. Quand on leur demande pourquoi, elles donnent une réponse biologique pour les garçons, sociologique pour les filles : Les garçons ont des pulsions profondes, et une violence qui peut se retourner contre eux, donc il faut satisfaire très vite à tous leurs caprices. Par contre, les filles vont être frustrées toute leur vie, autant les habituer dès maintenant à gérer ces frustrations. Donc on apprend à ces enfants dès le plus bas âge, pour les garçons à ne rien avoir à supporter qui ne les convienne pas et à tout avoir de suite, et aux filles à gérer leurs pulsions.

    2. Yilmaz dit :

      Comme si les pulsions n’étaient pas elles-mêmes construites socialement, et qu’elles venaient d’une « nature profonde » propre à l’être humain. L’homme a une Histoire, c’est bien ce qui démontre qu’il est ce que la société en fait. Comme disait Nietzsche, les pulsions ne sont que de vieilles habitudes qui se sont tellement ancrées dans l’inconscient collectif qu’elles paraissent être naturelles.

  16. bob dit :

    Bravo Fatilma-Ezzahra pour cette remarquable étude !
    Voici ma (modeste) réflexion sur le sujet :
    Il me semble que les prostituées haïssent les hommes et les font payer, et leurs clients haïssent les femmes et les humilient…alors, bien sur, ainsi tout va bien, Mais… tout cela n’est gratifiant ni pour l’un ni pour l’autre !
    Ne faudrait-il pas élever nos petits garçons et nos petites filles dans le respect mutuel du sexe opposé ???
    Voyons plus loin, imaginons une réelle égalité entre femmes et hommes … ça commence au berceau … les hommes n’ont pas plus de besoins sexuels que les femmes, seulement, depuis petits, on leur accorde le droit à l’ l’immédiateté (un petit garçon a envie de « pipiter », alors, les parents le laissent se soulager, n’importe où…les petites filles, elles, doivent attendre de trouver un endroit caché…juste un exemple qui en dit long …

  17. mec anti-masculiniste dit :

    En fait, même en étant anarchiste (et au delà d’une sémantique que je rejette pour ma part – « la république » et ses beaux principes…), je suis globalement d’accord avec l’analyse de Fatima. Même si je pense que la loi joue un moindre rôle dans ce processus (Au delà du fait que la loi est pensée dans une philosophie du droit très patriarcale, et soit donc au service d’une justice d’homme, et d’une justice de classe, je pense que c’est plus une affaire de système : patriarcat et salariat, auquels ils faut s’attaquer plus radicalement. Plus directement) comparé par exemple à des mesures qui visent à permettre aux femmes de s’autonomiser individuellement et collectivement et qui ne sont pas seulement complémentaires mais motrices de ce point de vue (si c’est la domination machiste qui pousse les femmes à la prostitution, la situation sociale des femmes est le terreau de ce système). Surtout ça relègue au second plan un problème essentiel : le fait qu’il y a une économie politique du patriarcat comme il y a une économie politique du capitalisme : les femmes sont privées de moyens auxquels les hommes ont accès (le salaire n’est que l’exemple le plus flagrant, le fait qu’on ne fasse généralement pas confiance à des femmes pour s’occuper d’informatique ou de mécanique par exemple est révélateur – ou encore le fait qu’on traite les femmes comme des enfants ou des attardées pour la plupart des choses qui nécessitent des responsabilités même dans la vie quotidienne comme le fait de conduire ou de prendre des décisions). Comme disait Angela Davis : doublement esclaves dans le capitalisme et le patriarcat (en fait souvent triplement avec le racisme/colonialisme).

    Mais enfin bref, je pense qu’à la racine de la prostitution il y a aussi une dépossession qui est plus générale, et qui manque un peu à cette analyse même si celà est abordé : l’ultime majorité des prostituées sont des femmes issues de classes populaires voir de milieux très pauvres. Et ce n’est pas un hasard si les prostituéEs qui tiennent un discours pro-prostitution appartiennent à la minorité composée de beaucoup d’hommes (prostitués) et d’une majorité de bourgeoisES ou petit-bourgeoisES, qui ne subissent pas le proxénétisme et qui ont objectivement intérêt à s’associer aux industriels du sexe et à encourager la rhétorique du client (ses besoins, ses désirs… tralala) au détriment de la majorité de leur « consoeurs » et dans le dénis de la situation qu’elles connaissent, en bref et d’un point de vue de classe : en relayant le « discours du patron » et donc des proxénètes… Parce que qui dit « service » et « travail » dit forcément profit et donc profiteurs quand on regarde les choses du point de vue des exploitéEs.

    Enfin, malgré les divergences qui nous séparent et les bémoles que je soumet ici, je défend en grande partie l’analyse de cet article et trouve toujours éffarent de voir des gens « de la gauche de la gauche » tenir un discours pro-prostitution complètement libéral sur le contractualisme prostitutionnel du genre « on peut pas empêcher les gens de faire ci ou ça » qui est le même que celui employé par les patrons et les bourgeois pour défendre le contractualisme
    salarial. Et c’est là le problème nodal sur cette question : la prostituée à autant de « choix » que le ou la prolo de base dans le « choix » de son métier ou emploi lorsqu’il ou elle doit survivre !

    Salutations,
    Thomas

  18. tifleur dit :

    Je ne suis pas d’accord lorsqu’il est dit « Il y a donc quand même une forme de mise en vitrine du corps des femmes en France. » Regarde les magazines Gay, il n’y en a que pour les hommes! Et ce même pour les magazines prono gay, bref, il y a plutôt un déni de sexualité épanouie et affranchie pour les femmes. Elles ne peuvent pas avoir envie de ces choses là, elles! Je ne trouve pas que ce soit la prostitution qui engrene le machisme. Il etait là bien avant! Sinon, pourquoi est-on si mauvaisement regardé lorsqu’on exprime seulement son envie d’aller voir des strip teaseuses!
    En plus, OK c’est un métier dur, mais honnêtement, c’est aussi un moyen de se faire du fric facilement. Etre traité comme de la merde par son patron de superette, devant tous les clients, dans le froid du congelateur et les courants d’air de la porte, et surtout les commentaires franchement rabaissant des clients… 2 jobs alimentaires, contraignants, perçus comme negatif par la grosse majorité de la population… La penibilité est differente pour les 2, mais je ne sais pas ce que je choisirai si j’y etais confrontée! Et les 2 ne me paraissent pas honteux non plus… Oui le machisme et l’humiliation des femmes se retrouvent, hélas, au quotidien. Et c’est cela qui fait qu’on ne s’indigne plus devant des tirades d’hommes ou de femmes connu(e)s/célèbres qui ne se privent plus de tirer vers le bas des propos rabaissants.
    Cela dit, je trouve très intéressant que tu soulèves la difficultés des lois du marché si la prostitution était légalisée. Mais n’est ce pas déjà le cas? Les petits bijoux liposucées sur Louboutin à prix Chanel, et les paumés qui veulent se nourrir (de quelques nourritures qu’il soit) à prix défiant toute concurrence? Et si légaliser ne permettrait-il pas de canaliser des pulsions malsaines type viol/pedohilie, etc…? S’il y a des possiblités d’assouvir une partie du désir, ne serait-ce pas un effet retardataire, voire annulationniste (si ce mot existe) d’une partie du désir? Je pose la question mais n’y apporte aucune réponse…je ne sais pas moi-même réellement.

    Je lancerai une polémique : et pourquoi pas imposer la parité prositué/prostituée au sein de la société!

  19. elfvy dit :

    Merci pour cet article clair qui aborde bon nombre de points importants. J’aurais juste à rajouter à votre dernier paragraphe (avant le coup de gueule) que légaliser la prostitution pour la minorité dont vous parlez, ça aurait pour seule conséquence l’augmentation de l’exploitation sexuelle, de la prostitution dite « forcée », puisque cette minorité ne pourrait pas satisfaire tous les prostitueurs. C’est mathématique. Bonne continuation!

  20. Didier Bois dit :

    Didier
    Merci pour cet article clair et bien documenté. Je suis de tout cœur avec toi, car je peux voir les ravages que la prostitution fait chez la femme.
    Je suis le confident voisin d’une femme en situation de prostitution. Elle est toujours souriante à tous, surtout à ses clients, mais rentrée chez elle, elle pleurera durant des heures, et n’a plus qu’un seul souhait: mourir. En elle, il n’y a que tristesse, souffrance, image de soi complètement détruite, dissociation binaire (deux personnalités opposées qui s’ignorent), anesthésie physique et affective effroyable (un jour elle est revenue le visage déformée de coup, sans s’en etre rendu compte),… voila la réalité de la prostitution ce qu’elle ne dira jamais à aucun de ses clients. Elle hait ce qu’elle fait, et pourtant on pourrait la classer parmi les indépendantes qui se prostituent librement.
    La prostitution est un esclavage et une destruction de la personne. On n’achète pas le corps de la femme. En Suède maintenant plus de 70% des suédois sont fiers de leur loi qui pénalise le client-prostitueur. Si les clients prostitueurs voyaient les souffrances qu’ils occasionnent chez la personne prostituée, ils auraient honte.
    Merci pour cet article.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s