JEUNES : Les précariettes

Il y a quelques temps au PG, nous avons fait l’heureuse invention du mot Précariat. Je vais pour ma part dédier cette note à la situation des jeunes femmes précairEs, car si le précariat frappe cruellement les jeunes en général, il fait encore moins bon être jeune ET femme aujourd’hui !

Comme toujours, la flèche empoisonnée du sexisme traverse les nombreuses sphères de la vie des jeunes femmes, pour diverses raisons que je vais essayer de retranscrire ici. Je m’en excuse par avance, cet article aura des dehors un peu scolaires puisque je vais l’organiser en deux gros chapitres :

GRAND UN  : Le social !

Petit un : Niveau de qualification :

Je commence par le plus enrageant dans l’affaire, attendu que les femmes ont le vain privilège de rentrer avantagées dans le monde du travail, plus qualifiées et mieux diplômées que les hommes. Ça ne les empêchera pas de gagner bien moins que leurs homologues !

Depuis 25 ans, les femmes ont profondément creusé l’écart en matière de niveau de qualification. En 2007 , 76% des filles arrivaient au bac contre 64% de garçons. 74% de filles l’ont obtienu contre 57% de garçons. 50,2% arrivaient à bac+2 ou plus contre 37% de garçons. Enfin, 32% des filles obtenaient une licence contre 21% de garçons. Autres chiffres glanés en 2008, nous avions 51 % des filles et 37 % des garçons diplômé-e-s de l’enseignement supérieur, et parmi celles et ceux qui entrent dans la vie active sans diplôme, nous comptions 19 % des garçons et 12% de filles. Voilà une belle unanimité !!

Pourtant, je ne suis toujours pas pour le déterminisme biologique ! Je ne vais pas vous dire ici que les cerveaux des filles ne marchent pas pareil, que leurs fluides sont plus doctes, leurs neurones plus collants ou leurs circonvolutions supérieurement esquissées. Si les filles sont plus studieuses dès le primaire, c’est qu’elles endurent une plus forte surveillance de la part de leur famille quant à l’assiduité de leur travail. La réponse est donc tout-à-fait culturelle ! À l’inverse, on pardonnera plus facilement aux garçons leurs faux pas, les mettant sur le compte d’un tempérament plus dissident par essence… « Autant laisser les petits gars faire des bêtises, ça en fera des hommes braves et entêtés plus tard ! »

Par contre, au sein du collège, la tendance s’inverse. Une enquête de l’OFCE, menée par la sociologue Marie Duru-Bellat en août 2010, nous rapporte que les enseignant-e-s consacrent moins de temps aux filles (44%) qu’aux garçons (56%), donnant à ces derniers un suivi personnalisé tandis que les filles sont perçues et traitées en tant que groupe. les professeur-e-s interrogé-e-s admettent volontiers être plus attentif-ve-s <— (honnis sois-tu Vaugelas !!) au comportement des garçons pour ne pas se laisser déborder.

Petit deux : À l’université :

Vous l’aurez remarqué – du moins je l’espère – les filières sont on ne peut plus sexuées à la fac ! On retrouve 75,6% de femmes dans les prépas littéraires, quand elles ne sont que 30,4% dans les prépas scientifiques. Seuls 27% des diplômes d’ingénieurs sont attribués à des femmes, soit deux fois moins qu’aux hommes qui farcissent les amphithéâtres des écoles préparatoires. Pourtant, comme énoncé plus haut, les filles ont des parcours bien plus brillants au lycée.

Si les filles sont davantage présentes dans les facs de lettres, et que les garçons se dirigent vers les écoles d’ingénieurs ou les sciences, il est là encore inutile d’aller chercher une explication dans les prédispositions biologiques de nos sujets. Interrogeons plutôt les représentations caricaturales que notre société construit dès le plus jeune âge du Genre, et jetons un œil averti sur les livres pour enfants : Quel est le métier de papa Lapin ? Comment est habillée Maman Lapin ? Que font-ils ? Qui prépare le dîner, qui lit le journal dans son fauteuil ?

Les jouets pour enfants ne sont pas en reste ! Les petites filles y apprennent à imiter maman, à pouponner les faux bébés, à maquiller leurs poupées ou à jouer à la dinette, tandis que les petits garçons sont invités à explorer l’espace et à se lancer dans de bien plus ambitieuses aventures. Enfin – troisième machine à forger les stéréotypes – les émissions télé et radio invitent une écrasante majorité d’hommes sur leurs plateaux dès qu’il s’agit d’un débat dédié à la politique, à l’économie ou à la technologie, tandis que les femmes sont sur-représentées dans les émissions consacrées au social, à la santé ou à la petite enfance.

L‘école a aussi sa part de responsabilité dans cette tendance à conserver les vieux stéréotypes de genre, et oriente spontanément les filles vers les filières littéraires et les garçons vers les mathématiques, à résultats égaux. Il est aussi vrai que les jeunes filles ont tendance à anticiper sur leur futur destin de mère, qu’elles associent – avec lucidité hélas – à un partage inégalitaire des tâches ménagères, et s’engagent dans des carrières moins ambitieuses.

Petit trois : Débuts de carrière :

Pendant les six premières années de leur vie active, les hommes ont des salaires médians supérieurs de 10 % à ceux des femmes. Ces écarts sont plus élevés aux deux extrémités des niveaux de diplôme (c’est-à-dire pour les sans diplôme ou les diplômé-e-s du supérieur long), puisque les hommes non diplômés gagnent 23 % de plus que les femmes, et 21% de plus pour ce qui est des diplômé-e-s du supérieur long.

Une jeune femme sur cinq travaille à temps partiel contre un jeune homme sur quinze. Parmi les jeunes femmes sans diplôme, ou titulaires d’un CAP ou d’un BEP, un tiers travaille à temps partiel. Pour ce qui est des titulairEs de CAP, BEP ou bac, les 13% de filles qui choisissent une spécialité de la production ou des sciences exactes s’insèrent moins bien que les garçons, et 33 % d’entre elles travaillent à temps partiel en début de vie active, contre 6 % des garçons. Tous emplois confondus, les garçons qui ont un CAP ou un BEP gagnent 20 % de plus, et leur salaire reste encore supérieurs de 12 % à temps plein.

Encore un peu de patience, j’ai presque finit d’éplucher l’artichaut des chiffres ! Parmi les titulaires d’un baccalauréat général, les garçons perçoivent des salaires supérieurs de 17 % à ceux des filles dont plus du quart travaille à temps partiel. Les titulaires d’un BTS ou d’un DUT gagnent 16 % de plus. Enfin, à l’issue des masters et des thèses, les hommes touchent des salaires supérieurs de 16 %.

GRAND DEUX  : Sexisme et rapport au corps

Petit Un : Dans l’université et à l’école :

Les établissements d’enseignement supérieur sont, à l’image de la société, le théâtre de violences sexistes quotidiennes, banalisées et souvent ignorées. Selon les enquêtes de la LMDE, près de 5% des étudiantes ont subi un viol, et un quart ont été victimes d’insultes à caractère sexiste. Phénomène un peu plus visible, mais pas plus décrié, vous avez sans doute remarqué les magnifiques affiches que les BDE punaisent dans les campus pour attirer les étudiant-e-s dans leurs soirées. Beaucoup n’ont aucun scrupule à montrer une image absolument dégradante de la femme (/objet), avec des caricatures de « salope » et de « docile », pour dire les choses comme elles sont.

Enfin, comme nous pouvons le remarquer dans les réunions associatives, syndicales ou politiques, les femmes prennent peu souvent la parole en publique. Les rares qui osent le faire ont la fâcheuse manie de s’excuser sous prétexte qu’elles risquent de répéter ce qu’a si bien dit auparavant lE voisin. Eh bien c’est déjà le cas dans les amphithéâtres des universités. Derechef, les femmes ne sont pas naturellement plus timides ou moins intéressantes que leurs congénères, mais subissent un gros complexe de légitimité quant à la place qu’elles sont sensées occuper dans l’espace publique. Leur rareté dans le paysage politique et dans les médias n’aident pas à les libérer de ce blocage !

Petite parenthèse pour clore le chapitre. Notons qu’un garçon de 8 ans sur deux a déjà vu un film pornographique, et que les jeunes ne sont évidemment pas insensibles à la représentation de la femme dans la publicité et dans les magasines pornographiques dont est placardé notre espace publique.

Petit deux : Prostitution estudiantine :

Ça va être court, aucun rapport officiel n’a été fait sur le sujet. J’ai pu relever qu’en février 2008, Sud étudiant a avancé le chiffre de 40 000 étudiantes qui se prostituent par an pour financer leurs études. Aucune enquête nationale n’a confirmé ce chiffre. Fruit du buzz, le débat publique s’était à l’époque emparé de la question, et plusieurs magasines ont affirmé être tombé via des annonces internet sur des hommes qui profitaient de la crise du logement pour en proposer à des étudiantes contre des services sexuels.

Petits trois : Banlieues et milieux ruraux :

Dans les quartiers populaires et les zones rurales, la sexualité des filles souffre encore d’une grosse surveillance de la part de leurs proches et des garçons en général. Elles sont  classées en deux catégories de réputation directement liées à leur sexualité, « pute » ou « fille bien ». Dans ce genre d’environnement où tout le monde connaît tout le monde, les filles sont étiquetées dès l’adolescence, tandis que les garçons ont plutôt tendance à adopter un comportement de dominant vis-à-vis d’elles. Cela passe par une surveillance dans l’espace publique à la limite du harcèlement, un racolage systématique, des insultes, des menaces et parfois le passage à l’acte et la violence. Selon quelques sociologues, on doit ce réflexe à leur besoin de compenser le manque d’atouts valorisants traditionnels, c’est-à-dire l’argent et les diplômes. Le culte de la virilité vient donc au secours d’un égo fragilisé, avec au menu Autorité, Brutalité et Tendance à intimider (pour ne pas dire épouvanter) les filles qui ont l’audace de leur passer sous le nez.

Être en couple stable permet à ces jeunes filles de revendiquer une sexualité épanouie, qu’elles peuvent difficilement assumer hors contexte de relation sérieuse. Leur libido ne se justifie que par les sentiments amoureux qu’elles éprouvent pour leurs partenaires. Il en cuit souvent pour celles qui affirment aimer « ça » ! Elles n’iront pas se plaindre si tous les garçons des environs viennent leur faire des propositions, et s’offusquer violemment si elles refusent de leur accorder le rapport sexuel qu’elles prétendent apprécier en soi. Une fois qu’elles attestent aimer l’amour physique, on a rapidement tendance à les confondre avec un service publique sexuel qui n’a plus le droit de discriminer les jeunes hommes en manque. Pour prendre des distances avec une sexualité si décriée, nous voyons que les jeunes filles optent souvent pour l’une ou l’autre solution : En passer par une grande sobriété vestimentaire et de comportement, ou bien jouer les « garçons manquées ». Hélas, il s’agit avec ces deux feuilles de vigne soit d’associer leur féminité à la pudeur, soit de la nier carrément.

Si ces comportements caricaturaux peuvent découler d’une appartenance culturelle ou religieuse, surtout parce que les plus jeunes sont encore plus sensibles à l’image qu’on leur renvoie d’eux-mêmes et de leur prétendu communauté, ce comportement a tendance à s’estomper dès que ces mêmes personnes investissent les grandes villes. Les filles profitent alors de la facilité de mobilité, grâce aux transports en commun, et d’un anonymat recouvré pour assumer leur féminité.

Petit dernier : Droit à l’avortement :

Le droit à l’IVG est gravement remis en cause par les politiques de démantèlement de l’hôpital public qu’a orchestré la loi HPST. D‘après une enquête de la LMDE, 6.2 % des étudiantes ont déjà eu recours à une IVG, et parmi elles, 27% déclarent avoir eu des difficultés à la faire pratiquer, que ce soit pour trouver des structures ou pour obtenir un rendez-vous. Il est donc nécessaire de massifier l’information à destination des lycéen-ne-s et des étudiant-e-s et de leur donner des cours d’éducation à la sexualité dignes de ce nom durant toute leur scolarité.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. benomar boubker dit :

    Peut-être est-il intéressant d’évoquer les garçons à qui un statut de garçon est appliqué alors qu’ils se vivent au féminin et qui, adultes, jouent dans le malaise un rôle d’homme alors qu’ils se vivent comme femmes ? La condition faite à l’homosexualité est si proche de celle subie par les femmes !

  2. Nicolas dit :

    Une chose est sûr, jamais je ne pourrais vivre avec une féministe en puissance comme vous. Heureusement pour moi, c’est encore rare.

    Comme Mélenchon en parle, la prostitution profite beaucoup trop au femme, un peu de place pour nos jeunes hommes précaires. sera juste, non ?

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