ASSISTANTES SEXUELLES : Premier pas vers la réglementarisation de la prostitution ?

Mon article est relayé dans le journal Osez le féminisme n°11 décembre 2010

Le colloque «Handicap, affectivité, sexualité, dignité » organisé le 26 novembre dernier à la mairie de Paris est une première initiative qui tente d’appuyer la demande de création de « services d’accompagnement sexuel pour les personnes handicapées ». Un évènement d’autant plus inquiétant qu’il semble vouloir pérenniser un « droit à la sexualité » auquel il faudrait donner une réponse marchande qui s’apparente à la prostitution. D’ailleurs, « L’accompagnement sexuel » existe bien dans les pays réglementaristes de la prostitution, où cet emploi est reconnu en tant que « prostitution spécialisée ».

Des femmes en grande majorité, formées aux spécificités des personnes en situation de grande dépendance physique ou mentale, sont rémunérées pour leur offrir des expériences sexuelles à domicile ou en institution. Au Danemark, en Allemagne, en suisse et aux Pays-Bas, ce sont donc essentiellement des femmes qui pratiquent l’accompagnement à la vie sexuelle, reproduisant ainsi le schéma traditionnel de la domination masculine.

Pourtant, la Norvège, pays exemplaire en matière de politique sur le handicap, n’a pas créé ce type de service sexuel rémunéré puisqu’il devrait voter prochainement une loi interdisant tout achat de service sexuel, comme c’est le cas en Suède depuis 1999. La boîte de Pandore s’entrouvre déjà puisque les défenseurs de cette mesure demandent une dérogation pénale pour ne pas risquer l’incrimination de proxénétisme. Or nous savons très bien qu’une prestation minutée et payante, dont on peut imaginer qu’elle sera tenue à obligation de résultat, va forcément inciter les plus démunies et les plus vulnérables sur le plan social, économique ou psychologique, à se porter candidates.

En banalisant ces services sexuels dans une société qui les légitimera au nom de toute détresse liée à l’épanouissement sexuel, les infirmières et les aides à domiciles seront de plus en plus sollicitées pour accepter ces attouchements. Les auxiliaires de vie souffrent déjà d’emplois difficiles, morcelés et mal payés, entre service domestique, service soignant, et bientôt service sexuel ?… Assisterons-nous encore à l’extension de cet assujettissement au règne des logiques néolibérales et du caractère flexible et précaire de ces emplois ? Quelle seront les critères d’embauche et d’application du droit du travail concernant les lois sur le harcèlement sexuel ou les discriminations dans un tel métier ?

Rappelons que l’un des acquis majeurs de la lutte des femmes a été de ne plus être corvéables sexuellement dans le cadre de l’emploi. Si nous pérennisons un « droit à l’accompagnement sexuel » pour les personnes handicapées, cette revendication aura toute légitimité à s‘étendre ensuite aux handicapés sociaux, à ceux qui souffrent de solitude, de vieillesse, de maladie, aux sortants de prison ou aux grabataires sur leur lit d’hôpital qui revendiqueront le droit à une sexualité mise à mal par leur situation. La mise en place de cet emploi fournit en somme la vitrine rêvée pour l’industrie du sexe et les proxénètes qui ont tout intérêt à promouvoir la respectabilité d’une activité présentée sous les dehors généreux du « service à la personne ».

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