DÉCOUVERTE : ZoOm sur l’Islande

L’Islande vient de mettre en place l’interdiction des boites de striptease sur son sol et plus généralement de tout commerce de la nudité des salarié-es. Si cette décision s’intègre dans une politique très ambitieuse de démantèlement de l’industrie du sexe, il est surtout à noter que c’est le seul pays où cette interdiction ne correspond pas à une prohibition religieuse, mais bien à une démarche féministe.

Pour comprendre d’où vient cette loi et comment elle a été adoptée alors que les débats sur la légalisation de la prostitution font rage dans de nombreux autres pays dont le notre, il faut rappeler que les politiques en faveur de l’égalité femmes-hommes en Islande sont particulièrement développées : La première organisation de femmes est apparue en 1869, luttant pour la mise en place d’actions sociales via un système de coopératives, et des revendications sur le droit de vote et le système de sécurité sociale.

En 1894, la première organisation féministe naissait et rassemblait 2000 signatures au sein d’une pétition pour le droit de vote des femmes en 1895, puis de nouveau 11000 signatures en 1907, dans un pays maigre en population.

L’Islande est, en matière de représentation politique :

  • L’un des 1er pays à avoir donné le droit de vote aux femmes, en 1908 pour les scrutins municipaux, et en 1915 pour tous les scrutins.
  • Le 1er pays à élire une femme présidente (de 1980 à 1996). Aujourd’hui, la cheffe d’état est ouvertement homosexuelle.
  • Un pays qui compte 42% de femmes au Parlement, 50% au gouvernement.

Ces brillants résultats sont dus à la mobilisation dans les années 80 d’une Liste des femmes qui a protesté contre leur faible représentation au pouvoir et qui a remporté de nombreux succès électoraux. Les partis traditionnels ont été obligés d’intégrer des femmes sur leurs listes sans même avoir à voter une loi sur la parité !

La politique familiale :

  • Il y a un congé parentalité : le père et la mère doivent chacun prendre 3 mois de congés garantis pour chacun-e, puis se partagent les 3 mois suivants comme ils le veulent.

L’emploi féminin :

  • 80% des femmes travaillent.
  • Obligation pour les entreprises de mettre en œuvre une politique d’égalité entre les sexes ou d’intégrer des dispositions particulières à leur politique de l’emploi.

Néanmoins, comme dans tous les pays, l’égalité femme-homme n’est pas encore atteinte :

  • Les écarts salariaux sont de 25%.
  • Les femmes travaillent plutôt dans les secteurs de l’aide sociale, des services et de l’éducation, alors que les hommes travaillent plus dans les sciences, l’informatique, la construction etc.
  • La pauvreté affecte essentiellement les familles monoparentales.
  • Les femmes travaillent moins que les hommes.
  • Les contrats à plein temps concernent 90% des hommes, et 65% des femmes. Le temps partiel concerne 10% des hommes et 35% des femmes.

Contre les violences faites aux femmes :

  • Un plan de lutte a été voté en 2007 et est en train de se mettre en place.
  • Gros financement d’associations et d’initiatives pour l’accompagnement des femmes victimes de violences.
  • Encouragement des recherches sur les violences dans le couple.
  • Politique de sensibilisation à l’égalité femmes-hommes dans l’éducation, notamment contre les stéréotypes des rôles.
  • Ce n’est pas à la victime de prouver qu’elle a été violée, mais à l’auteur présumé d’un viol de prouver son innocence.
  • Les policiers suivent des formations qui leur permettent de recueillir spécifiquement les témoignages des femmes battues et de les guider dans leurs démarches.
  • Des services spéciaux ont été créés dans les hôpitaux pour accueillir les femmes victimes de viol.
  • Des aides financières sont attribuées aux femmes violées.

Mais :

  • Très peu de cas de viols sont portés devant les tribunaux.

Une vraie politique de lutte contre la prostitution :

  • Pas de poursuite des personnes prostituées (la prostitution est dépénalisée depuis 2007 pour elles). Des mesures ont été prises pour faciliter leur accès à l’ensemble des services sociaux et pour leur protection (hébergement, assistance juridique, permis de séjour etc.).
  • Interdiction de la « demande ».
  • Renforcement de l’interdiction du proxénétisme.
  • Renforcement de la lutte contre les formes cachées du proxénétisme : bars de striptease seulement sur autorisation des autorités.

Cette loi est dans la droite ligne de la politique islandaise de lutte contre la marchandisation du corps. C’est aussi parce que le mouvement féministe est très fort et très uni contre la prostitution que cette loi recueille l’approbation d’une grande majorité de la population et qu’elle a été adoptée sans opposition… tandis qu’on débat chez nous sur la réouverture des maisons closes !

La loi de 2010 va plus loin : Tous les lieux de striptease sont interdits !

  • Volonté de lutter contre les antichambres de la prostitution.
  • Volonté de démanteler les réseaux qui importent des filles d’Europe de l’Est.
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