
Depuis que le rapport sur la prostitution a été déposé au président de l’Assemblée Nationale, le débat buzz dure ! En particulier autour de la mesure de pénalisation des clients défendue par Danielle Bousquet et une grande partie du mouvement féministe français. Les hérauts de la réglementation se sont aussitôt mobilisé pour contre-attaquer : Act’up, le Collectif droits et prostitution et le Strass viennent de publier une tribune sur Rue89 sous le nom improbable de "Prostitution : pénaliser le client, c’est attenter à la dignité des femmes".
De son côté, l’acteur Philippe Caubère, armé d’un argumentaire absolument réactionnaire, a exprimé son petit avis sur la question sur trois plateaux télévisés en quelques jours, à la suite d’une précédente tribune éditée chez Libé. Voilà donc l’opinion publique saisie d’un débat hélas très largement structuré autour de cette seule mesure, ce qui m’encourage à développer plus amplement mon avis sur la Prostitution. Je vous fait donc part de quelques réflexions qui ont été débattues et validées au sein de l’association d’Osez Le Féminisme et du Parti de Gauche.

La prostitution est un fait de société qui concerne directement les rapports entre les femmes et les hommes et la construction du genre dans l’esprit et dans les mentalités. Selon si un pays autorise ou combat ouvertement le fait d’acheter l’accès au sexe de certaines personnes, des femmes en grande majorité, cette licence conditionne forcément leurs rapports. Un petit garçon qui nait dans une ville où on voit des maisons closes n’a, à mon sens, pas la même image des rôles des femmes et des hommes que s’il nait dans un pays où on lui dit que ce n’est pas envisageable.
Vous me direz, la France est un pays de tradition abolitionniste ! Peu de petits garçons ont déjà rencontré une femme à moitié nue, proposant ses charmes derrière une vitrine, et ça n’empêche pas les français d’avoir leur dose de machisme. Je pense tout-de-même que l’existence revendiquée et organisée de la prostitution n’arrangera pas les choses. Notre pays n’assume d’ailleurs pas si bien son abolitionnisme, n’en débat pas, et la prostitution a encore une image sympathique, glamour, et couplée avec la pornographie. Cette dernière, pour le coup, recouvre tous les kiosques à journaux du pays, montrant – pour ce qui est des journaux hétérosexuels – uniquement des corps de femmes, et n’interpellant visiblement qu’une clientèle masculine. Il y a donc quand même une forme de mise en vitrine du corps des femmes en France.
Quelques chiffres sur la prostitution :
Dans le monde
- 98% des prostituées sont des femmes et des fillettes, d’après l’OIT
- 75% ont entre 13 ans et 25 ans
- L’âge d’entrée moyen dans la prostitution est de 14 ans. C’est-à-dire que la plupart sont plus âgées… ou plus jeunes !
- D’après l’Unicef, le nombre d’enfants prostitués augmente d’un million chaque année
- D’après Interpol, une prostituée procurerait en moyenne 107 000 euros par an à son proxénète
En France
- 80% des prostituées en France sont étrangères d’après l’OCRTEH – Office central de la répression de la traite des êtres humains
- Entre 85 et 90% des personnes prostituées sont sous le joug du proxénétisme, selon l’enquête de Richard Poulin en 2005
- La quasi totalité des clients sont des hommes : 37% sont en couple, 29% cadres, 25% ouvriers, selon l’Enquête de 2004 de Claudine Legardinier et Saïd Bouamama
- D’après l’OCRTEH, chaque prostituée rapporte entre 300 et 800 euros par jour à son proxénète et environ 50 euros lui seraient laissés.
Enfin, je vous cite en bonus l’extrait d’un livre d’Elizabeth Coquart et Philippe Huet, "Le livre noir de la prostitution" (Albin Michel, 2000, p.36) :
"Une prostituée sur deux a eu des contacts avec la prostitution dès son enfance et un tiers a eu une mère ou une parente prostituée. [...] Un tiers des prostituées mineures enquêtées a été victime de viol par des adultes connus d’elle entre l’âge de trois ans et de quinze ans… [...] 80% des prostituées a subi des abus sexuels au cours de l’enfance. »
On retient de ces chiffres que nous avons affaire à un commerce très lucratif ; qui s’exerce quasi uniquement sur des femmes dont une écrasante majorité ne l’a pas choisi ; pour des clients qui ne sont quasi que des hommes ; et qui touche les populations les plus précaires, issues de pays pauvres ou victimes de violences.

Passons maintenant à un petit tour des législations. On peut dire qu’il existe aujourd’hui trois grandes tendances qui pensent le rapport entre la prostitution et la société :
> Les Prohibitionnistes
Ils interdisent la prostitution qui est un délit, et ce sont bien souvent les prostituées qui sont fustigées pour atteinte à l’ordre public. Cette politique moraliste et extrêmement misogyne dans sa façon d’appréhender le sort et la valeur des principales intéressées n’existe plus en Europe. Elle n’a pour conséquences que l’exercice clandestin et la criminalisation des prostituées qui encourent condamnation et violences de toutes sortes.
> Les Réglementaristes
Cette théorie est née dans les années 1830 avec les analyses du médecin Alexandre Parent-Dûchatelet. Il est intéressant de rappeler la philosophie initiale de ce courant dont le théoricien confère à la prostitution une utilité sociale, et la considère comme un élément indispensable à la sexualité masculine « normale ». Ça aura pour conséquence la création de lieux clos contrôlés par l’administration médicale et policière, et c’est ce modèle, dit français, qui fut étendu à l’Europe par le Code Napoléon dès 1804. Il s’applique aujourd’hui dans quelques pays comme les Pays-Bas ou l’Allemagne.
Aux Pays-Bas, le constat n’est pas très brillant ! Le maire d’Amsterdam a reconnu publiquement en 2004 que la Tipplezone était devenue un refuge pour les trafiquants et un danger pour les femmes. On a vu la multiplication par 3 du nombre d’enfants prostitué-e-s en cinq ans, et une même multiplication des femmes prostituées émigrées des pays d’Europe centrale. Ce pays de 17 millions d’habitant-e-s compte aujourd’hui deux fois plus de prostituées qu’en France.
En Allemagne, on compte 400 000 prostituées et une augmentation de 70% du trafic d’être humains en huit ans de 2002 à 2010, selon l’Enquête d’Elise Guiraud en 2010.
> Les « Abolitionnistes »
Ces derniers tolèrent la prostitution mais interdisent et poursuivent le proxénétisme, les maisons closes et le racolage. En France, ce mouvement se traduit par la loi du 13 avril 1946, loi dite Marthe Richard, qui interdit les maisons closes, supprime le fichage et renforce les sanctions contre les proxénètes. Ses principes sont reconnus en 1949 par la convention de Genève « pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui ».
« La prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine ». Ce texte fut signé par plus de 70 pays, dont la France qui l’a ratifiée en 1960.
Entre 1946 et 2003, la France est considérée comme un état abolitionniste mais aucune réflexion de fond n’a hélas été menée pour arriver à une réelle abolition de la prostitution. Je rappelle au passage que le mouvement féministe du mouvement social français est assez unanime sur cette question. Parmi les associations abolitionnistes, on a Femmes Solidaires, le NID, le CNDF, le CFCV, ATTAC, la LDH, la Marche Mondiale des Femmes et OLF.
> La nouveauté nous vient de la Suède : Les « Néo-abolitionnistes »
Les néo-abolitionnistes, comme en Suède, pénalisent le client mais pas la prostituée. Ce pays a enregistré une baisse de 50% de la prostitution de rue, un recul net de la traite et un recul de 80% des clients. Aujourd’hui, on ne compte plus que quelques centaines de prostitué-e-s pour un pays de 9 millions d’habitant-e-s. Effectivement, la pénalisation des clients est l’un des éléments que les néo-abolitionnistes ont mis en œuvre pour lutter contre la prostitution, mais c’est vraiment loin d’être une mesure qui se suffit à elle-même ! Je trouve très dommage, et contre-productif, que le débat publique se soit structuré autour de cette seule mesure, alors que la politique que ce courant préconise est beaucoup plus ample et plus ambitieuse !

La toute première des mesures est d’imposer à l’Éducation Nationale une réelle éducation à l’égalité et à la sexualité. Dans notre société qui n’est pas sans subir encore les influences du patriarcat, la liberté sexuelle ne va pas de soi. La sphère dite privée est profondément organisée par la domination masculine, c’est vrai pour le partage du travail, des tâches ménagères, et c’est aussi vrai pour la sexualité. Considérer que la sexualité des femmes et de certains hommes peut être achetée par des hommes renforce deux idées essentialistes, d’abord qu’il y aurait une libido spécifique et irrépressible des hommes pour laquelle la société doit prévoir un réservoir de femmes sexuellement disponibles, et donc que les corps et le sexe des femmes doivent être mis à la disposition des pulsions sexuelles masculines.
D’ailleurs, la prostitution est loin d’être le seul engrais qui nourrit le machisme en France ! On peut citer les jouets pour enfants, les inégalités sociales, la répartition des tâches ménagères etc., et la prostitution n’est que la partie émergée de l’iceberg. Elle révèle cette profonde inégalité culturelle qui fait qu’un homme peut penser qu’il a des corps de femmes à sa disposition, n’importe comment, pour faire n’importe quoi, simplement en échange de quelques sous.
Aussi, il faut garantir les droits et l’insertion des personnes prostituées victimes de la traite, ainsi que toutes celles qui le souhaitent, en mettant en œuvre des mesures sociales ambitieuses vu le lien évident qu’on constate entre la prostitution et l’extrême précarité. Droit à la CMU ; possibilité de payer des cotisations et d’avoir accès à la retraite, ce qui est possible en libéral ; moyens financiers pour accompagner les principales intéressées sont à l’ordre du jour du programme abolitionniste que nous appelons de nos vœux, histoire de ne pas tomber dans le schéma terrible du prohibitionnisme et de la stigmatisation des personnes prostituées.
Enfin, Oui-oui, il y a cette fameuse mesure de Renversement de la pénalisation. Mais cela va de soi qu’il faudra aussi abroger les lois sécuritaires du gouvernement, et qu’il est hors de question que les prostituées continuent à être pénalisées par cette loi sur le racolage passif. Je rappelle, pour ne pas me faire traiter de tout-sécuritariste, que si les clients prostitueurs doivent écoper de 6 mois de prison en Suède, aucune peine de prison n’a jusqu’alors été prononcée. L’état s’est à chaque fois contenté d’une amende, et c’est bien l’effet normatif de la loi qui est ici recherché pour créer un impact fort et vertueux sur les mentalités.
Je mets en avant trois raisons pour lesquelles je soutiens le courant néo-abolitionniste :
> 1. Pour la dignité humaine
L’acte qui consiste à pratiquer des pénétrations et autres services sexuels sans désir, à subir des relations à répétition plusieurs fois par jour etc. provoque des séquelles physiques et psychologiques très profondes et très destructrices chez les personnes prostituées. La violence sexuée n’a pas le même impact que la violence tout court, sinon on punirait le viol avec la sévérité qu’une simple agression physique, toute violente qu’elle soit. Or nous savons très bien, combien même le viol serait moins douloureux, qu’il est beaucoup plus ravageur.
À ce propos, j’ai déjà entendu dire que l’exploitation qu’endurent les personnes prostituées est comparable à celle que peuvent subir l’ensemble des salarié-e-s et employé-e-s sous le joug de la pénibilité, et de la cruauté du système capitaliste. Très franchement, je trouve qu’on ne peut raisonnablement pas mettre sur le même plan la détresse et les séquelles psychologiques des prostituées et celles des autres exploitées du monde du travail. Pour info, les prostituées sont, avec ceux qui ont connu la guerre du Vietnam, les seules à développer le symptôme de décorporalisation. C’est-à-dire que les rapports sexuels non désirés à répétition sont d’une telle violence que les prostituées sont nombreuses à anesthésier psychologiquement leurs corps, et que bien souvent, quand elles se retrouvent couvertes de bleus en rentrant chez elles, elles sont incapables de se souvenir de qui les a frappé.
De même, elles ne vont plus chez le médecin quand elles sont malades, leurs corps étant devenus insensibilisés. Ces femmes vivent un paradoxe psychologique très violent, celui d’être témoin et même de participer à leur propre viol, qui devient un viol compensé par l’argent. Bref, on a beau dénoncer toutes les formes d’exploitation – comme je le fais sur ce blog – je ne veux pas laisser dire que les séquelles physiques et psychologiques qu’on relève chez les prostituées, au moins celles qui font ce métier pour gagner leur vie et donc sans en avoir totalement envie, sont les mêmes que celles d’une caissière ou d’une ouvrière. Pénibilité et traumatisme n’atteignent pas du tout le même niveau !
> 2. Contre la marchandisation
L’autre maxime qu’il me semble important de rappeler, et que d’ailleurs notre monde libéral nous rappelle sans cesse, c’est que Le client est roi ! C’est lui qui choisit tout, la prostituée, le service, les positions etc. Dans le cadre de ce métier, la femme ou l’homme prostitué ne peuvent que se plier à des pratiques intimes commandées par le client, quelles qu’elles soient.
En un mot : L’argent c’est le pouvoir. Si je paye, je décide, et je décide CE QUE JE VEUX. Qui détient l’argent en France et dans le monde ? Les hommes ! Dans le monde, les femmes détiennent 1% des richesses et des capitaux mondiaux (ONU). Donc nous sommes dans des rapports complètement inégalitaires, et ne saurons jamais éviter que ce soit plutôt les femmes qu’on retrouve sur le trottoir, de grès ou de force.
> 3. Pour l’égalité entre les femmes et les hommes :
L’existence de la prostitution est un frein à la liberté sexuelle et l’égalité entre les femmes et les hommes. La liberté sexuelle, c’est d’abord la réciprocité du désir et du plaisir, la liberté de choisir son partenaire et ses pratiques sexuelles, et il n’est pas question de qualifier de "libre" une circonstance où l’homme paye pour pousser la femme, par la pression de l’argent, à avoir telles pratiques sexuelles avec lui. La prostitution est le dernier bastion d’une longue histoire du patriarcat où le désir de l’homme a toujours primé sur celui de la femme, d’où les traditions réactionnaires des mariages arrangés, du droit de cuissage, des viols et de viol conjugal que la loi n’a que trop tardé à reconnaître. La prostitution n’est d’ailleurs pas un luxe de riches ou de privilégiés, elle existe dans toutes les sociétés, même les plus pauvres. Dans les pays pauvres, les prostituées sont tout simplement moins chères.
Pour finir, j’aimerai poser la question la plus cruciale à mon sens, celle du projet de société que nous voulons ? Acceptons-nous que la prostitution devienne un métier comme un autre, à savoir que dans les pays qui la légalisent, on voit fréquemment des campagnes publicitaires affichant des soldes sur les prostituées, voire des menus où on a droit à "un repas, une chambre et une prostituée" ? Peut-on tolérer que pôle emploi enregistre la prostitution comme un métier banal, et se plaigne de ce que telle femme ne veuille pas saisir tel poste disponible de prostituée ?
À celles et ceux qui disent que cette politique abolitionniste est une atteinte à la liberté, j’aimerai rappeler que les sociétés ont toujours fixé des limites dans tous les domaines. C’est notre devoir citoyen de débattre pour savoir où mettre la limite à chaque fois. On l’a fait pour la majorité sexuelle, pour le temps de travail légal, et même la liberté d’expression ! Les propos négationnistes ou appelant à la haine raciale et homophobe sont aujourd’hui interdits et punis par la loi.
Nombreux sont les défenseurs de la légalisation qui veulent opposer les camps des féministes ringardes, qui ne veulent pas entendre parler de prostitution au nom de je ne sais quel puritanisme, et les féministes libérées qui trouvent cette possibilité de louer sa sexualité plutôt moderne et sympathique. Je ne pense vraiment pas qu’il faille poser le débat en ces termes. À mon avis, toutes les tendances féministes sont là pour permettre aux femmes d’assumer des choix de vie qui leur sont propres et non dictés, le tout étant d’appréhender, en tant que penseuses et penseurs de gauche pour ma part, comment on peut garantir cette notion de choix. En général, nous la pensons traditionnellement à travers le prisme de la contrainte et de la restriction d’une totale liberté, comme pour les 35h et autre réduction de temps de travail, histoire que les travailleur-se-s ne se voient pas "imposer le choix" de travailler plus. C’est aussi vrai pour la laïcité.
L’idée n’est donc pas de prétendre qu’une prostituée consentante est forcément ou spécifiquement aliénée, mais peut-on, au nom du désir de cette minorité de femmes qui vivent bien la prostitution, justifier la mise sur le marché de la sexualité ? Qui dit marché dit tout ce qui va avec ! Pression de la concurrence, marketing, logiques économiques qui pousseront d’autres femmes à "faire ce choix" sans en avoir envie, exploitation etc. Eh bien je ne suis pas convaincue qu’il faille forcément laisser les femmes se prostituer dans le cadre professionnel, du moment qu’elles considèrent que c’est un moyen acceptable pour elles de gagner leur vie. Elles n’ont pas à disposer d’une norme à propos de laquelle une société doit débattre collectivement en se posant des questions essentielle : Est-ce que la sexualité s’achète ? Doit-elle obéir aux lois du marché ? Est-ce que c’est le même type de débat que pour la vente d’organes ou la GPA ? A-t-on eu raison d’interdire aux nain-e-s, même consentant-e-s, de faire leurs fameux lancers de nains au nom de la dignité ? Est-ce normal que les hommes puissent accéder au sexe des femmes par la voix marchande ? etc.
Dossier adressé aux député-e-s sur l’abolition de la prostitution – OLF
COUP DE GUEULE !!!
Je vais finir par le coup de gueule de la semaine, en rebondissant sur quelques passages de la fameuse tribune de Philippe Caubère, qui m’ont le plus choqué :
- Cette réforme va, selon lui, jeter "dans cet autre enfer, celui de leur solitude ou de leur propre couple, tous ceux qui profitaient de leur secours, de leur savoir, de leurs «services»."
Caubère se place ici du côté du client pour revendiquer un Droit à la sexualité dans le cadre de la prostitution, pour tous ceux qui ont des problèmes de vie de couple ou autre, et ne veulent pas se donner la peine de séduire d’autres femmes pour combler ces frustrations. On retombe ici dans le dangereux écueil d’une différenciation des rôles des femmes et des hommes dans la sexualité, entre ceux qui ne peuvent gérer leurs frustrations sexuelles, et celles qui doivent donc y pallier et leur porter secours.
- "J’avais de l’estime pour madame Bachelot. Mais je me souviens d’un conflit qui l’avait opposé à un animateur de télévision qui s’était moqué de son rire, lui prêtant une connotation sexuelle. Sa réaction, très violente, m’avait paru compréhensible et légitime. L’ayant vu l’autre soir à la télévision, les mâchoires serrées, le visage fermé, déclarer sa faveur pour ce texte répressif (…) j’ai pensé soudain que Laurent Ruquier avait dû mettre le doigt (si j’ose dire…) sur un vrai problème. Que je connais. Ma mère avait le même. Il m’a fallu quelques années pour le comprendre et l’assumer. Ma mère était une obsédée. Une vraie. Gravement perturbée, que sa frustration agitait parfois jusqu’à la démence, déclenchant en elle des accés d’une violence affreuse, castratrice et terriblement prédatrice."
Je trouve absolument scandaleuse cette tirade sexiste qui montre du doigt la prétendue hystérie des femmes quand il s’agit de sexualité. C’est par ce prisme franchement réactionnaire qu’il attaque la position d’une femme politique, à travers son sexe. Je rappelle d’ailleurs que le mot hystérique vient du mot grec Utérus, parce qu’on prétendait, dans l’antiquité, que la folie des femmes venaient de la tendance qu’avait leur utérus à se balader dans leur corps tant qu’elles n’avaient pas de relations sexuelles – hétérosexuelles bien sûr – et d’enfants pour "coincer" l’utérus agité. Plusieurs siècles plus tard, l’héritage de cette absurdité court toujours !
- "La pratique de cette nouvelle chasse à courre dont l’homme est le gibier, qu’il soit célèbre comme Julian Assanges, Bertrand Cantat ou Roman Polanski, ou inconnu (tel le soldat) comme moi, réduit que je suis désormais à ce statut pénal de «client de prostituées»."
Selon ce raisonnement, toutes les violences que les féministes dénoncent, telles que les violences et meurtres conjugaux – puisqu’il cite Cantat – et les viols et viols des plus jeunes – puisqu’il cite Polanski – sont mis dans le même paquet d’hommes qui seraient poursuivis, victimisés, voire castrés sous le joug du combat féministe. Dans un pays comme la France où une femme meurt tous les jours et demi sous les coups de son compagnon, et où une femme est violée toutes les 7 mn, il est particulièrement indécent de prétendre que les combats contre les violences faites aux femmes relèvent d’une persécution des hommes plutôt que d’une défense de la cause des femmes. Mettre les clients des prostituées, Cantat et Polanski dans le même sac Vs les féministes est très révélateur de ce qu’il veut inscrire dans les mentalités comme camps opposés !
- "Le ou la prostitué(e) ne fait que dévoiler et assumer le rapport d’argent et de commerce tapi sous n’importe quel rapport amoureux ou sexuel, – du dîner offert à la personne qu’on drague, ou qu’elle se fait offrir, jusqu’à -bien pire et plus banalisée- l’estimation de la situation sociale et financière de celle, homme ou femme, prétendant au coït ou au mariage. La prostituée -ou la personne qui décide de se livrer pour un moment à la prostitution- nous libère de ce chantage, de ce non dit, nous en délivre. On peut -enfin !- baiser gratuit."
Là encore, les rôles réactionnaires du genre, et les relations qu’ils entretiennent aujourd’hui, doivent être assumés plutôt que remis en cause. Comme la culture de la galanterie ou des mariages arrangés partait du principe qu’un homme doit dépenser de l’argent pour avoir droit au sexe d’une femme, plutôt que de déconstruire ces restes du système patriarcal, il veut les assumer et payer directement certaines femmes pour avoir les fameuses faveurs sexuelles.
- "… de proscrire et interdire une activité humaine aussi nécessaire, vitale ; et sacrée, car son objet est la jouissance et donc, que ça vous plaise ou non, le bonheur.
On a encore une fois droit à une tentative de créer un droit à la sexualité, qui doit avoir un espace aménagé dans le commerce puisqu’il serait vital.