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VIOL : En finir un jour

Dans l’imaginaire collectif, le viol est souvent perçu comme un accident, un phénomène marginal et isolé qui relève de tout un tas de choses, de la pulsion, du psychologique, du pathologique, de l’abus d’alcool, de toute ce qu’on voudra, mais pas du fait culturel de la domination masculine… alors même que 96% des violeurs sont des hommes et que 91% des victimes sont des femmes.

Néanmoins, à force d’enquêtes et de chiffres qui bousculent les idées reçues, cette violence commence enfin à être appréhendée comme un réel phénomène de société qui mérite un projet ambitieux d’éducation à l’égalité et à la sexualité, et une autre façon d’organiser sa répression comme le propose la campagne contre le viol qu’ont mené en 2010 les associations Osez Le Féminisme, Mix-cité et le Collectif Féministe Contre le viol.

Le but de cette note est de vous recommander vivement le dernier livre de Clémentine Autain de la FASE – membre du Front de Gauche – « Un beau jour, combattre le viol » aux éditions Indigène, ce livre étant un très bon outil pour déconstruire les fameux à priori qui contribuent à faire du viol un phénomène mal analysé et inefficacement combattu. Exemple éloquent, beaucoup pensent que le drame s’abat en majorité sur des femmes dans des conditions exceptionnelles d’exposition à la violence, en s’imaginant que la concernée traversait ce jour-là -ou plutôt ce soir-là – une rue déserte en mini-jupe et qu’elle tombait sur un voyou aviné. Or, 74% des viols sont commis par une personne connue de la victime, 25% des violeurs sont un membre de la famille, et dans 34% des cas, le viol est commis au sein du couple.

Ce système d’oppression repose sur de nombreux stéréotypes qui présentent l’homme comme un être dominant, à la sexualité active et irrépressible, incapable de gérer sa frustration, valorisé par son agressivité qui n’est pas sans parfois déborder, tandis que la femme serait passive, affublée d’un corps outrageusement provocateur, soumise aux initiatives du partenaire masculin, attirée par un comportement dominant, et que finalement « elle le chercherait un peu ». Mais le viol n’est en rien une histoire de testostérone ! Ce n’est pas un acte naturel mais un acte culturel qui repose sur le mythe de la sexualité incontrôlable et conquérante de l’homme, tandis que le désir féminin reste encore condamné par toutes sortes de réprobation sociale.

Ces modèles idéologiques et caricaturaux du masculin et du féminin nous sont imposés par plusieurs siècles de société patriarcale et ne peuvent être remis en cause que par une nouvelle définition non-essentialiste des êtres, dont les comportements et les rôles, dans la sphère privée comme dans la sphère publique, ne sauraient être définis par leur genre.

Le viol est aussi un grand tabou. 75 000 femmes sont violées chaque année en France, mais seule une femme sur dix ose porter plainte, et seuls 2% des violeurs sont condamnés. C’est d’ailleurs le seul crime dont la victime se sent honteuse ou coupable de l’avoir peut-être déclenché. Le parcours judiciaire est aussi un chemin de croix car rien n’est fait pour accueillir leur parole, les professionnel-le-s étant très mal formé-e-s, la justice mal adaptée aux problèmes spécifiques des violences faites aux femmes, et les idées reçues persistantes comme l’ont récemment révélé le traitement médiatique et les commentaires de certaines personnalités publiques sur la fameuse affaire DSK… Rappelons-le donc encore et toujours :

Le viol est un crime ! Tout acte de pénétration, qu’elle soit vaginale, anale, orale, par la main ou pas des objets est définit par la loi comme étant un viol tant qu’il est commis par violence, contrainte, menace ou surprise. Un violeur peut aussi être votre parent, votre ami, votre compagnon ou votre mari, et ces personnes ne sont en rien autorisées à abuser de vous.

Ce n’est pas un phénomène marginal ! En France, une femme sur 10 a subi ou subira un viol ou une agression sexuelle pendant sa vie. Ce n’est pas de la sexualité, c’est un acte de domination et de négation de l’autre, qui n’est provoqué ni par sa tenue ni par son comportement. Il n’existe d’ailleurs aucun profil de violeur ou de victime selon l’âge, l’apparence ou l’origine sociale, ces hommes sont même la plupart du temps parfaitement intégrés dans la société, voire au dessus de tout soupçon. Ils ne sont souvent ni des alcooliques, ni des psychopathes, ni des obsédés, ni des victimes infortunées de la misère sexuelle.

Enfin, rien ne banalise ou ne relativise un viol : même si elle a accepté de monter boire un verre, même si elle dort dans le même lit, même s’ils ont déjà échangé des caresses… au moment où elle dit non, c’est non ! Et en bon français, langue que les femmes maitrisent aussi bien que les hommes, NON ne veut dire ni OUI ni PEUT-ÊTRE !

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AFFAIRE DSK : mon bout de nez dans l’affaire !

Voilà quelques mois que le monde glose sur l’AFFAIRE DSK, que le mouvement féministe ne sait plus où donner de la tête pour trouver un angle d’attaque un tant soit peu progressiste au milieu du marécage, et qu’il se prend dans la figure 200 procès d’intention par minute sur son projet de diaboliser tous les hommes ou d’empiéter sur la présomption d’innocence. Or le moins qu’on puisse dire, c’est que le monde médiatique ne s’est pas beaucoup gêné, lui, pour aligner les stéréotypes sexistes ou pour négliger d’évoquer de temps en temps la présomption de véracité de Mme Diallo.

En premier lieu, laissez-moi retourner à la figure de certain-e-s réactionnaires excité-e-s bien des reproches qu’ils ont osé nous adresser. D’abord, ils ont accusé les féministes d’instrumentaliser l’affaire DSK pour servir l’intérêt de leur lutte en accrochant M. Strauss-Kahn à leur gibet. Pardon, mais j’ai plutôt eu quelques occasions de penser que c’était justement EUX qui profitaient de l’affaire pour justifier leurs opinions machistes et anti-féministes. Combien ai-je lu de statuts facebook et de tweets échauffants à propos de l’affaire dans le paysage de mes réseaux sociaux ? Celui qui m’a fait sortir de mes gonds, c’est un mesquin petit statut qui disait "Les droits des femmes sont une affaire bien trop sérieuse pour qu’elle soit confiée aux féministes"

Ha-ha-ha jaunement m’esclaffai-je devant l’énième énergumène qui grossissait la longue et banale liste des gens qui se la racontent en sortant des idioties sexistes. "Les féministes, répondis-je, ont plus obtenu de droits pour les femmes en quarante ans, en France et dans le monde, au péril de leurs vies, que bien des mouvements sociaux et des partis progressistes particulièrement mous de la guibole quand il s’agit de s’investir dans ce combat. Alors on dit Bravo, Respect et MERCI aux féministes, puis on ferme sa petite bouche !"

Qu’est-ce que je me suis pris encore, comme réflexion ? Ah mais oui ! On m’a sorti que c’est aux féministes qu’on devait les pénibles images d’un DSK humilié, mal rasé, mal habillé, sans couleurs, à l’ombre des barreaux. Mais bien sûr !! C’est nous les féministes qui possédons, dans ce monde de domination féminine, la quasi totalité des médias mondiaux, et on ne s’est pas gêné ! ON a titré "Le Perv" en gros caractères sur tous les kiosques à journaux, ON s’est répandu sur sa vie privée, ON l’a filmé et diffusé des images de lui menotté dans le dos… c’est dire si on est allées loin, indignes hystériques que nous sommes !

Trêve de gag, alors que toute la planète parlait n’importe comment de l’affaire DSK, entretenait de terribles confusions entre viol et libertinage, parlait de troussage et de mort d’homme, on aurait dû se taire et laisser dire ? Tout ce que les féministes ont osé réclamer pendant l’affaire, c’est qu’on veuille bien s’abstenir de proférer des propos sexistes, d’éviter d’enfiler les stéréotypes sur les profils des violeurs et des personnes violées, et d’évoquer de façon un peu humaine l’éventuelle victime dont on se fichait bien du cauchemar qu’elle traversait et du traumatisme psychologique qui la guettait. Ceci en rappelant (franchement on exagère) quelques chiffres sur le viol et quelques vérités sur la difficulté des femmes à prendre la parole.

Plus clair et plus précautionneux que l’Appel contre le sexisme d’Osez Le féminisme, de la Barbe et de Parole de Femmes, tu meurs ! Une des premières phrases du texte est "On ne sait pas ce qui s’est passé à New-York", car l’issue du procès n’allait à priori rien changer à la réalité des 75 000 femmes violées par an en France, des 10% des victimes qui osent porter plainte, et des 2% de violeurs condamnés. Ou plutôt si, à force de ridiculiser la parole des femmes et de dire à leurs défenseuses qu’elles exagèrent, il est peut-être à craindre que beaucoup d’entre elles hésitent désormais (encore plus) à parler du crime qu’elles ont subi, et à s’exposer aux désagréments que le chemin de croix de Mme Diallo a éclairé de ses pas.

Je ne m’étendrai pas sur l’histoire de la présomption de véracité, cette notion n’est pas explicite dans la loi, mais au vu des commentaires que déchaine ce genre d’affaire il serait bon que les juristes se re-penchent sérieusement sur l’idée. Je dis "se re-penchent" car la présomption de véracité a existé dans l’histoire juridique du viol et a été, c’est vrai, une importante source de difficultés humaines et juridiques. Elle a été abandonnée au profit de la neutralité du discours judiciaire pendant l’enquête et le procès pénal.

Eh bien, maintenant que l’affaire commence à dépassionner un peu les foules, je craque ! Moi aussi, j’ai mon mot à dire sur bien des choses scandaleuses qui ont été dites pendant l’affaire. Pour ce faire, j’éponge par avance les sueurs froides de celles et ceux qui, comme moi – et pour cause – tiennent comme à la prunelle de leur République au principe de présomption d’innocence, car NON je ne saurai dire si DSK est coupable ou s’il est innocent, s’il y a eu complots, mensonges ou arrangements. Je dis "et pour cause" car dans un monde où le rapport de force n’est vraiment pas en la faveur des femmes, je suis la première à tenir à quelques grands principes de civilisation pour obtenir peut-être un jour l’égalité de droits et de traitement entre toutes et tous.

Je voudrai aussi dire que quand j’ai vu notre candidat jean-Luc Mélenchon (candidat du Front de Gauche, j’entends, mais aussi un peu celui des femmes au vu des positionnements exprimés par les gens de gauche durant l’affaire), quand j’ai vu Jean-Luc Mélenchon, invité sur le plateau de C Politique, et surtout invité à visionner un exécrable reportage "ode à la paparazzi-mania" montrant des images de DSK poursuivi par une bande d’hyènes de journalistes se laissant aller à un exercice hystérique de course-poursuite-tournage pour aboutir à un sujet qui donne de notre société une vision absolument barbare, il a fallut que je rappelle à mon esprit effarouché toute l’ampleur des violences faites aux femmes, souvent condamnées au silence et à une honte qui se trompe de camp, pour ne pas dénoncer d’abord ce genre de pratiques peu dignes d’une société civilisée.

La vérité, on ne la connaitra vraisemblablement jamais, la vérité n’est d’ailleurs jamais connue en matière de justice, ce n’est qu’une vérité judiciaire. Mais je ne pardonnerai pas pour autant à ses coupables le traitement médiatique qui en a été fait. Première chose à dénoncer, la manière dont tout et son contraire a été publié dans les médias ! Ces derniers ne songeaient même pas à s’accorder sur l’appellation de données objectives sensées renseigner l’opinion: certains parlaient de viols, d’autres de tentative de viols, et maintenant ils parlent tantôt de non-lieu, tantôt d’abandon des charges ou encore d’abandon des poursuites, à savoir que les trois n’ont rien à voir les uns avec les autres (et c’est le troisième terme qui est le bon) !

En France, la tentative de viol est un crime. Une fellation forcée est un viol ! La loi est explicite, art 222-23 du code pénal : "Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol." Donc, à partir du moment où il y a eu pénétration sexuelle, que ce soit avec un objet, une main ou je ne sais quel autre organe ou appendice, nous avons bien à faire à un viol "en France", hélas pas aux USA. Les journalistes français ont beaucoup parlé de tentative (présumée) de viol à propos de cette fellation forcée, mais il est bon aussi de rappeler à l’opinion les principe de chez nous.

Autre élément du dossier qui s’est transformé en polémique, on a reproché à l’accusatrice d’avoir raconté plusieurs versions contradictoires du déroulement des faits. Par ailleurs, DSK aussi a fait deux déclarations contradictoires, la première niant tout rapport sexuel, la seconde prétendant que c’était un rapport consenti et tarifé. En réalité, la première et la dernière versions des faits de Mme Diallo se rapprochent, et pour ce qui est de la deuxième, elle diffère certes, mais il est à noter qu’il y a eu changement de traducteur en plein milieu de la déclaration ! N’importe qui admettra, j’imagine, que bien des versions de quoi que ce soit peuvent différer d’une langue à une autre selon la ou le traducteur, comme cela arrive tous les jours à propos de traduction d’articles ou de romans. Et quand bien même les versions auraient vraiment différé, les médecins et tout le corps médical se sont déjà prononcé sur le fait qu’une personne victime d’un fort traumatisme ne peut pas décrire tout ce qui s’est passé dans le bon ordre et avec précision. De nombreux scientifiques se sont exprimé à ce sujet.

Pour l’histoire surmédiatisée du coup de téléphone machiavélique, le bureau du procureur a signalé que Mme Diallo a dit en « substance » : «Ne t’en fais pas, ce type a beaucoup d’argent, je sais ce que je fais». Or Thompson a écouté l’enregistrement de l’appel téléphonique et l’a décrit de manière très différente. Il a déclaré que :

- 1) Diallo avait reçu deux appels, mais n’en avait passé aucun,

- 2) Elle n’a jamais parlé de la fortune de Strauss-Kahn comme d’un pactole à procès,

- 3) Son ami l’a fait, mais elle lui a demandé d’arrêter,

- 4) Elle a mentionné la fortune et le pouvoir de Strauss-Kahn, mais uniquement à un moment de la conversation où elle expliquait qu’il lui faisait peur,

- 5) Quand elle a dit «je sais ce que je fais», elle parlait de sa sécurité, et pas de sa stratégie juridique… Ce qui correspond à la précédente déclaration de Diallo sur ABC News.

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Pour finir, car l’idée n’est pas du tout de faire ici le procès qui n’a pas eu lieu, ou plutôt qui aura lieu au civil (je n’en ai ni l’envie, ni les compétences et n’ai fait que rappeler quelques éléments sur lesquels les médias se sont beaucoup moins étendu)… pour finir, disais-je, peut-être que Mme Diallo est une grossière menteuse, une perverse, une prostituée, une femme vénale, peut-être même qu’elle est une maniaco-fétichiste de DSK et nymphomane en option … Cependant, on peut aussi rappeler de temps en temps qu’on lui a mis tellement de bâtons dans les roues, que le procureur a tellement mal fait son boulot en croyant avoir chopé l’affaire du siècle pour garantir sa réélection, qu’il est d’autant plus irresponsable de commenter le manque de crédibilité du seul camp des accusateurs et le blanchiment de l’accusé.

On s’est d’ailleurs posé bien des questions sur la psychologie, le comportement de DSK, en gros tout ce qui pouvait atténuer les soupçons qui pesaient sur sa personne: on s’est demandé s’il était bien croyable qu’un pré-candidat pré-déclaré pré-favori à l’élection présidentielle de 2012 aille fiche en l’air toutes ses chances d’accéder au fauteuil suprême pour la proie sexuelle d’une (de neuf) minute-s, pour une négociation ratée avec une prostituée. C’est pourquoi je me permet de retourner cette réflexion à mon tour : et elle, pourquoi aurait-elle fait tout ça ? Quel appât représente aux yeux d’une misérable femme de chambre un tantinet vénale ce gros personnage politique armé jusqu’aux dents de soutiens et d’avocats hors de prix ?

Mais voilà, aux USA, à partir du moment où quelqu’un ment sur n’importe quoi, que ça soit sur le nombre des chiens qu’il possède ou sur la couleur de sa brosse à dent, on n’est plus cru sur rien du tout. La justice part du principe que la mythomanie est une rare tare, et que la plupart des femmes violées susceptibles d’être écoutées n’ont jamais proféré une seule contre-vérité dans leur existence. Les procureurs deviennent donc d’étranges lâcheurs qui n’ont pas le courage nécessaire de passer outre les mensonges que tout être humain a un jour prononcé, pour faire malgré tout éclore la vérité sur l’affaire même, alors qu’ils ont entre leurs mains un rapport médical qui conclut explicitement que Mme Diallo a été selon toute probabilité victime d’un viol. Ils laissent tomber l’affaire sans regrets, et personne n’a plus envie de savoir qui l’a peut-être violé ?

Aujourd’hui, les charges sont abandonnées. Les médias (et les camarades socialistes) parlent de blanchiment, et là encore j’ai envie de hurler Honte à eux, car ils ne méritent qu’une chose : qu’on déchire en milles morceaux leurs cartes de presse ! Merci cependant à Mme Halimi pour le très bon article qu’elle a édité dans le Monde ce mercredi 07/09 à ce sujet.

*J’ai écrit cette note avec l’aide précieuse de Maëlle BOUTHINON, et sous le post-contrôle bienveillant de Sarah GUETTAÏ qui, de par leur compétence en matière judiciaire, ont préservé le mouvement féministe, si jaloux pour ces sortes d’affaire de sa crédibilité, d’un billet maladroit. Merci à elles !

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PROSTITUTION : ou pas prostitution !

Depuis que le rapport sur la prostitution a été déposé au président de l’Assemblée Nationale, le débat buzz dure ! En particulier autour de la mesure de pénalisation des clients défendue par Danielle Bousquet et une grande partie du mouvement féministe français. Les hérauts de la réglementation se sont aussitôt mobilisé pour contre-attaquer : Act’up, le Collectif droits et prostitution et le Strass viennent de publier une tribune sur Rue89 sous le nom improbable de "Prostitution : pénaliser le client, c’est attenter à la dignité des femmes".

De son côté, l’acteur Philippe Caubère, armé d’un argumentaire absolument réactionnaire, a exprimé son petit avis sur la question sur trois plateaux télévisés en quelques jours, à la suite d’une précédente tribune éditée chez Libé. Voilà donc l’opinion publique saisie d’un débat hélas très largement structuré autour de cette seule mesure, ce qui m’encourage à développer plus amplement mon avis sur la Prostitution. Je vous fait donc part de quelques réflexions qui ont été débattues et validées au sein de l’association d’Osez Le Féminisme et du Parti de Gauche.

La prostitution est un fait de société qui concerne directement les rapports entre les femmes et les hommes et la construction du genre dans l’esprit et dans les mentalités. Selon si un pays autorise ou combat ouvertement le fait d’acheter l’accès au sexe de certaines personnes, des femmes en grande majorité, cette licence conditionne forcément leurs rapports. Un petit garçon qui nait dans une ville où on voit des maisons closes n’a, à mon sens, pas la même image des rôles des femmes et des hommes que s’il nait dans un pays où on lui dit que ce n’est pas envisageable.

Vous me direz, la France est un pays de tradition abolitionniste ! Peu de petits garçons ont déjà rencontré une femme à moitié nue, proposant ses charmes derrière une vitrine, et ça n’empêche pas les français d’avoir leur dose de machisme. Je pense tout-de-même que l’existence revendiquée et organisée de la prostitution n’arrangera pas les choses. Notre pays n’assume d’ailleurs pas si bien son abolitionnisme, n’en débat pas, et la prostitution a encore une image sympathique, glamour, et couplée avec la pornographie. Cette dernière, pour le coup, recouvre tous les kiosques à journaux du pays, montrant – pour ce qui est des journaux hétérosexuels – uniquement des corps de femmes, et n’interpellant visiblement qu’une clientèle masculine. Il y a donc quand même une forme de mise en vitrine du corps des femmes en France.

Quelques chiffres sur la prostitution :

Dans le monde

  • 98% des prostituées sont des femmes et des fillettes, d’après l’OIT
  • 75% ont entre 13 ans et 25 ans
  • L’âge d’entrée moyen dans la prostitution est de 14 ans. C’est-à-dire que la plupart sont plus âgées… ou plus jeunes !
  • D’après l’Unicef, le nombre d’enfants prostitués augmente d’un million chaque année
  • D’après Interpol, une prostituée procurerait en moyenne 107 000 euros par an à son proxénète

En France

  • 80% des prostituées en France sont étrangères d’après l’OCRTEH – Office central de la répression de la traite des êtres humains
  • Entre 85 et 90% des personnes prostituées sont sous le joug du proxénétisme, selon l’enquête de Richard Poulin en 2005
  • La quasi totalité des clients sont des hommes : 37% sont en couple, 29% cadres, 25% ouvriers, selon l’Enquête de 2004 de Claudine Legardinier et Saïd Bouamama
  • D’après l’OCRTEH, chaque prostituée rapporte entre 300 et 800 euros par jour à son proxénète et environ 50 euros lui seraient laissés.

Enfin, je vous cite en bonus l’extrait d’un livre d’Elizabeth Coquart et Philippe Huet, "Le livre noir de la prostitution" (Albin Michel, 2000, p.36) :
"Une prostituée sur deux a eu des contacts avec la prostitution dès son enfance et un tiers a eu une mère ou une parente prostituée. [...] Un tiers des prostituées mineures enquêtées a été victime de viol par des adultes connus d’elle entre l’âge de trois ans et de quinze ans… [...] 80% des prostituées a subi des abus sexuels au cours de l’enfance. »

On retient de ces chiffres que nous avons affaire à un commerce très lucratif ; qui s’exerce quasi uniquement sur des femmes dont une écrasante majorité ne l’a pas choisi ; pour des clients qui ne sont quasi que des hommes ; et qui touche les populations les plus précaires, issues de pays pauvres ou victimes de violences.



Passons maintenant à un petit tour des législations. On peut dire qu’il existe aujourd’hui trois grandes tendances qui pensent le rapport entre la prostitution et la société :

> Les Prohibitionnistes

Ils interdisent la prostitution qui est un délit, et ce sont bien souvent les prostituées qui sont fustigées pour atteinte à l’ordre public. Cette politique moraliste et extrêmement misogyne dans sa façon d’appréhender le sort et la valeur des principales intéressées n’existe plus en Europe. Elle n’a pour conséquences que l’exercice clandestin et la criminalisation des prostituées qui encourent condamnation et violences de toutes sortes.

> Les Réglementaristes

Cette théorie est née dans les années 1830 avec les analyses du médecin Alexandre Parent-Dûchatelet. Il est intéressant de rappeler la philosophie initiale de ce courant dont le théoricien confère à la prostitution une utilité sociale, et la considère comme un élément indispensable à la sexualité masculine « normale ». Ça aura pour conséquence la création de lieux clos contrôlés par l’administration médicale et policière, et c’est ce modèle, dit français, qui fut étendu à l’Europe par le Code Napoléon dès 1804. Il s’applique aujourd’hui dans quelques pays comme les Pays-Bas ou l’Allemagne.

Aux Pays-Bas, le constat n’est pas très brillant ! Le maire d’Amsterdam a reconnu publiquement en 2004 que la Tipplezone était devenue un refuge pour les trafiquants et un danger pour les femmes. On a vu la multiplication par 3 du nombre d’enfants prostitué-e-s en cinq ans, et une même multiplication des femmes prostituées émigrées des pays d’Europe centrale. Ce pays de 17 millions d’habitant-e-s compte aujourd’hui deux fois plus de prostituées qu’en France.

En Allemagne, on compte 400 000 prostituées et une augmentation de 70% du trafic d’être humains en huit ans de 2002 à 2010, selon l’Enquête d’Elise Guiraud en 2010.

> Les « Abolitionnistes »

Ces derniers tolèrent la prostitution mais interdisent et poursuivent le proxénétisme, les maisons closes et le racolage. En France, ce mouvement se traduit par la loi du 13 avril 1946, loi dite Marthe Richard, qui interdit les maisons closes, supprime le fichage et renforce les sanctions contre les proxénètes. Ses principes sont reconnus en 1949 par la convention de Genève « pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui ».

« La prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine ». Ce texte fut signé par plus de 70 pays, dont la France qui l’a ratifiée en 1960.

Entre 1946 et 2003, la France est considérée comme un état abolitionniste mais aucune réflexion de fond n’a hélas été menée pour arriver à une réelle abolition de la prostitution. Je rappelle au passage que le mouvement féministe du mouvement social français est assez unanime sur cette question. Parmi les associations abolitionnistes, on a Femmes Solidaires, le NID, le CNDF, le CFCV, ATTAC, la LDH, la Marche Mondiale des Femmes et OLF.

> La nouveauté nous vient de la Suède : Les « Néo-abolitionnistes »

Les néo-abolitionnistes, comme en Suède, pénalisent le client mais pas la prostituée. Ce pays a enregistré une baisse de 50% de la prostitution de rue, un recul net de la traite et un recul de 80% des clients. Aujourd’hui, on ne compte plus que quelques centaines de prostitué-e-s pour un pays de 9 millions d’habitant-e-s. Effectivement, la pénalisation des clients est l’un des éléments que les néo-abolitionnistes ont mis en œuvre pour lutter contre la prostitution, mais c’est vraiment loin d’être une mesure qui se suffit à elle-même ! Je trouve très dommage, et contre-productif, que le débat publique se soit structuré autour de cette seule mesure, alors que la politique que ce courant préconise est beaucoup plus ample et plus ambitieuse !

La toute première des mesures est d’imposer à l’Éducation Nationale une réelle éducation à l’égalité et à la sexualité. Dans notre société qui n’est pas sans subir encore les influences du patriarcat, la liberté sexuelle ne va pas de soi. La sphère dite privée est profondément organisée par la domination masculine, c’est vrai pour le partage du travail, des tâches ménagères, et c’est aussi vrai pour la sexualité. Considérer que la sexualité des femmes et de certains hommes peut être achetée par des hommes renforce deux idées essentialistes, d’abord qu’il y aurait une libido spécifique et irrépressible des hommes pour laquelle la société doit prévoir un réservoir de femmes sexuellement disponibles, et donc que les corps et le sexe des femmes doivent être mis à la disposition des pulsions sexuelles masculines.

D’ailleurs, la prostitution est loin d’être le seul engrais qui nourrit le machisme en France ! On peut citer les jouets pour enfants, les inégalités sociales, la répartition des tâches ménagères etc., et la prostitution n’est que la partie émergée de l’iceberg. Elle révèle cette profonde inégalité culturelle qui fait qu’un homme peut penser qu’il a des corps de femmes à sa disposition, n’importe comment, pour faire n’importe quoi, simplement en échange de quelques sous.

Aussi, il faut garantir les droits et l’insertion des personnes prostituées victimes de la traite, ainsi que toutes celles qui le souhaitent, en mettant en œuvre des mesures sociales ambitieuses vu le lien évident qu’on constate entre la prostitution et l’extrême précarité. Droit à la CMU ; possibilité de payer des cotisations et d’avoir accès à la retraite, ce qui est possible en libéral ; moyens financiers pour accompagner les principales intéressées sont à l’ordre du jour du programme abolitionniste que nous appelons de nos vœux, histoire de ne pas tomber dans le schéma terrible du prohibitionnisme et de la stigmatisation des personnes prostituées.

Enfin, Oui-oui, il y a cette fameuse mesure de Renversement de la pénalisation. Mais cela va de soi qu’il faudra aussi abroger les lois sécuritaires du gouvernement, et qu’il est hors de question que les prostituées continuent à être pénalisées par cette loi sur le racolage passif. Je rappelle, pour ne pas me faire traiter de tout-sécuritariste, que si les clients prostitueurs doivent écoper de 6 mois de prison en Suède, aucune peine de prison n’a jusqu’alors été prononcée. L’état s’est à chaque fois contenté d’une amende, et c’est bien l’effet normatif de la loi qui est ici recherché pour créer un impact fort et vertueux sur les mentalités.

Je mets en avant trois raisons pour lesquelles je soutiens le courant néo-abolitionniste :

> 1. Pour la dignité humaine

L’acte qui consiste à pratiquer des pénétrations et autres services sexuels sans désir, à subir des relations à répétition plusieurs fois par jour etc. provoque des séquelles physiques et psychologiques très profondes et très destructrices chez les personnes prostituées. La violence sexuée n’a pas le même impact que la violence tout court, sinon on punirait le viol avec la sévérité qu’une simple agression physique, toute violente qu’elle soit. Or nous savons très bien, combien même le viol serait moins douloureux, qu’il est beaucoup plus ravageur.

À ce propos, j’ai déjà entendu dire que l’exploitation qu’endurent les personnes prostituées est comparable à celle que peuvent subir l’ensemble des salarié-e-s et employé-e-s sous le joug de la pénibilité, et de la cruauté du système capitaliste. Très franchement, je trouve qu’on ne peut raisonnablement pas mettre sur le même plan la détresse et les séquelles psychologiques des prostituées et celles des autres exploitées du monde du travail. Pour info, les prostituées sont, avec ceux qui ont connu la guerre du Vietnam, les seules à développer le symptôme de décorporalisation. C’est-à-dire que les rapports sexuels non désirés à répétition sont d’une telle violence que les prostituées sont nombreuses à anesthésier psychologiquement leurs corps, et que bien souvent, quand elles se retrouvent couvertes de bleus en rentrant chez elles, elles sont incapables de se souvenir de qui les a frappé.

De même, elles ne vont plus chez le médecin quand elles sont malades, leurs corps étant devenus insensibilisés. Ces femmes vivent un paradoxe psychologique très violent, celui d’être témoin et même de participer à leur propre viol, qui devient un viol compensé par l’argent. Bref, on a beau dénoncer toutes les formes d’exploitation – comme je le fais sur ce blog – je ne veux pas laisser dire que les séquelles physiques et psychologiques qu’on relève chez les prostituées, au moins celles qui font ce métier pour gagner leur vie et donc sans en avoir totalement envie, sont les mêmes que celles d’une caissière ou d’une ouvrière. Pénibilité et traumatisme n’atteignent pas du tout le même niveau !

> 2. Contre la marchandisation

L’autre maxime qu’il me semble important de rappeler, et que d’ailleurs notre monde libéral nous rappelle sans cesse, c’est que Le client est roi ! C’est lui qui choisit tout, la prostituée, le service, les positions etc. Dans le cadre de ce métier, la femme ou l’homme prostitué ne peuvent que se plier à des pratiques intimes commandées par le client, quelles qu’elles soient.

En un mot : L’argent c’est le pouvoir. Si je paye, je décide, et je décide CE QUE JE VEUX. Qui détient l’argent en France et dans le monde ? Les hommes ! Dans le monde, les femmes détiennent 1% des richesses et des capitaux mondiaux (ONU). Donc nous sommes dans des rapports complètement inégalitaires, et ne saurons jamais éviter que ce soit plutôt les femmes qu’on retrouve sur le trottoir, de grès ou de force.

> 3. Pour l’égalité entre les femmes et les hommes :

L’existence de la prostitution est un frein à la liberté sexuelle et l’égalité entre les femmes et les hommes. La liberté sexuelle, c’est d’abord la réciprocité du désir et du plaisir, la liberté de choisir son partenaire et ses pratiques sexuelles, et il n’est pas question de qualifier de "libre" une circonstance où l’homme paye pour pousser la femme, par la pression de l’argent, à avoir telles pratiques sexuelles avec lui. La prostitution est le dernier bastion d’une longue histoire du patriarcat où le désir de l’homme a toujours primé sur celui de la femme, d’où les traditions réactionnaires des mariages arrangés, du droit de cuissage, des viols et de viol conjugal que la loi n’a que trop tardé à reconnaître. La prostitution n’est d’ailleurs pas un luxe de riches ou de privilégiés, elle existe dans toutes les sociétés, même les plus pauvres. Dans les pays pauvres, les prostituées sont tout simplement moins chères.

Pour finir, j’aimerai poser la question la plus cruciale à mon sens, celle du projet de société que nous voulons ? Acceptons-nous que la prostitution devienne un métier comme un autre, à savoir que dans les pays qui la légalisent, on voit fréquemment des campagnes publicitaires affichant des soldes sur les prostituées, voire des menus où on a droit à "un repas, une chambre et une prostituée" ? Peut-on tolérer que pôle emploi enregistre la prostitution comme un métier banal, et se plaigne de ce que telle femme ne veuille pas saisir tel poste disponible de prostituée ?

À celles et ceux qui disent que cette politique abolitionniste est une atteinte à la liberté, j’aimerai rappeler que les sociétés ont toujours fixé des limites dans tous les domaines. C’est notre devoir citoyen de débattre pour savoir où mettre la limite à chaque fois. On l’a fait pour la majorité sexuelle, pour le temps de travail légal, et même la liberté d’expression ! Les propos négationnistes ou appelant à la haine raciale et homophobe sont aujourd’hui interdits et punis par la loi.

Nombreux sont les défenseurs de la légalisation qui veulent opposer les camps des féministes ringardes, qui ne veulent pas entendre parler de prostitution au nom de je ne sais quel puritanisme, et les féministes libérées qui trouvent cette possibilité de louer sa sexualité plutôt moderne et sympathique. Je ne pense vraiment pas qu’il faille poser le débat en ces termes. À mon avis, toutes les tendances féministes sont là pour permettre aux femmes d’assumer des choix de vie qui leur sont propres et non dictés, le tout étant d’appréhender, en tant que penseuses et penseurs de gauche pour ma part, comment on peut garantir cette notion de choix. En général, nous la pensons traditionnellement à travers le prisme de la contrainte et de la restriction d’une totale liberté, comme pour les 35h et autre réduction de temps de travail, histoire que les travailleur-se-s ne se voient pas "imposer le choix" de travailler plus. C’est aussi vrai pour la laïcité.

L’idée n’est donc pas de prétendre qu’une prostituée consentante est forcément ou spécifiquement aliénée, mais peut-on, au nom du désir de cette minorité de femmes qui vivent bien la prostitution, justifier la mise sur le marché de la sexualité ? Qui dit marché dit tout ce qui va avec ! Pression de la concurrence, marketing, logiques économiques qui pousseront d’autres femmes à "faire ce choix" sans en avoir envie, exploitation etc. Eh bien je ne suis pas convaincue qu’il faille forcément laisser les femmes se prostituer dans le cadre professionnel, du moment qu’elles considèrent que c’est un moyen acceptable pour elles de gagner leur vie. Elles n’ont pas à disposer d’une norme à propos de laquelle une société doit débattre collectivement en se posant des questions essentielle : Est-ce que la sexualité s’achète ? Doit-elle obéir aux lois du marché ? Est-ce que c’est le même type de débat que pour la vente d’organes ou la GPA ? A-t-on eu raison d’interdire aux nain-e-s, même consentant-e-s, de faire leurs fameux lancers de nains au nom de la dignité ? Est-ce normal que les hommes puissent accéder au sexe des femmes par la voix marchande ? etc.

Dossier adressé aux député-e-s sur l’abolition de la prostitution – OLF

COUP DE GUEULE !!!

Je vais finir par le coup de gueule de la semaine, en rebondissant sur quelques passages de la fameuse tribune de Philippe Caubère, qui m’ont le plus choqué :

- Cette réforme va, selon lui, jeter "dans cet autre enfer, celui de leur solitude ou de leur propre couple, tous ceux qui profitaient de leur secours, de leur savoir, de leurs «services»."

Caubère se place ici du côté du client pour revendiquer un Droit à la sexualité dans le cadre de la prostitution, pour tous ceux qui ont des problèmes de vie de couple ou autre, et ne veulent pas se donner la peine de séduire d’autres femmes pour combler ces frustrations. On retombe ici dans le dangereux écueil d’une différenciation des rôles des femmes et des hommes dans la sexualité, entre ceux qui ne peuvent gérer leurs frustrations sexuelles, et celles qui doivent donc y pallier et leur porter secours.

- "J’avais de l’estime pour madame Bachelot. Mais je me souviens d’un conflit qui l’avait opposé à un animateur de télévision qui s’était moqué de son rire, lui prêtant une connotation sexuelle. Sa réaction, très violente, m’avait paru compréhensible et légitime. L’ayant vu l’autre soir à la télévision, les mâchoires serrées, le visage fermé, déclarer sa faveur pour ce texte répressif (…) j’ai pensé soudain que Laurent Ruquier avait dû mettre le doigt (si j’ose dire…) sur un vrai problème. Que je connais. Ma mère avait le même. Il m’a fallu quelques années pour le comprendre et l’assumer. Ma mère était une obsédée. Une vraie. Gravement perturbée, que sa frustration agitait parfois jusqu’à la démence, déclenchant en elle des accés d’une violence affreuse, castratrice et terriblement prédatrice."

Je trouve absolument scandaleuse cette tirade sexiste qui montre du doigt la prétendue hystérie des femmes quand il s’agit de sexualité. C’est par ce prisme franchement réactionnaire qu’il attaque la position d’une femme politique, à travers son sexe. Je rappelle d’ailleurs que le mot hystérique vient du mot grec Utérus, parce qu’on prétendait, dans l’antiquité, que la folie des femmes venaient de la tendance qu’avait leur utérus à se balader dans leur corps tant qu’elles n’avaient pas de relations sexuelles – hétérosexuelles bien sûr – et d’enfants pour "coincer" l’utérus agité. Plusieurs siècles plus tard, l’héritage de cette absurdité court toujours !

- "La pratique de cette nouvelle chasse à courre dont l’homme est le gibier, qu’il soit célèbre comme Julian Assanges, Bertrand Cantat ou Roman Polanski, ou inconnu (tel le soldat) comme moi, réduit que je suis désormais à ce statut pénal de «client de prostituées»."

Selon ce raisonnement, toutes les violences que les féministes dénoncent, telles que les violences et meurtres conjugaux – puisqu’il cite Cantat – et les viols et viols des plus jeunes – puisqu’il cite Polanski – sont mis dans le même paquet d’hommes qui seraient poursuivis, victimisés, voire castrés sous le joug du combat féministe. Dans un pays comme la France où une femme meurt tous les jours et demi sous les coups de son compagnon, et où une femme est violée toutes les 7 mn, il est particulièrement indécent de prétendre que les combats contre les violences faites aux femmes relèvent d’une persécution des hommes plutôt que d’une défense de la cause des femmes. Mettre les clients des prostituées, Cantat et Polanski dans le même sac Vs les féministes est très révélateur de ce qu’il veut inscrire dans les mentalités comme camps opposés !

- "Le ou la prostitué(e) ne fait que dévoiler et assumer le rapport d’argent et de commerce tapi sous n’importe quel rapport amoureux ou sexuel, – du dîner offert à la personne qu’on drague, ou qu’elle se fait offrir, jusqu’à -bien pire et plus banalisée- l’estimation de la situation sociale et financière de celle, homme ou femme, prétendant au coït ou au mariage. La prostituée -ou la personne qui décide de se livrer pour un moment à la prostitution- nous libère de ce chantage, de ce non dit, nous en délivre. On peut -enfin !- baiser gratuit."

Là encore, les rôles réactionnaires du genre, et les relations qu’ils entretiennent aujourd’hui, doivent être assumés plutôt que remis en cause. Comme la culture de la galanterie ou des mariages arrangés partait du principe qu’un homme doit dépenser de l’argent pour avoir droit au sexe d’une femme, plutôt que de déconstruire ces restes du système patriarcal, il veut les assumer et payer directement certaines femmes pour avoir les fameuses faveurs sexuelles.

- "… de proscrire et interdire une activité humaine aussi nécessaire, vitale ; et sacrée, car son objet est la jouissance et donc, que ça vous plaise ou non, le bonheur.

On a encore une fois droit à une tentative de créer un droit à la sexualité, qui doit avoir un espace aménagé dans le commerce puisqu’il serait vital.

 

 

 

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IVG : Une raison parmi d’autres de manifester samedi !

Samedi ?

Samedi 5 ? Qu’est-ce qui se passe, le samedi 5 ?

Samedi 5 mars 2011, à 14h30 à Trocadéro, Parvis des droits de l’homme (groumff) c’est la grande manifestation pour les droits des femmes, bien sûr ! Bon, histoire de dé-cocorico-ser tout-de-suite l’ambiance, les femmes ont vraiment été servies en 2010, et notre gouvernement a tout bien fait pour fêter à l’envers les 40 du Mouvement de Libération des femmes :

  • Restructurationdu SDFE – le Service des Droits des Femmes et de l’Égalité -,
  • Assauts libéraux contre le service publique de la petite enfance,
  • Réforme des retraites qui les touche en premier.
  • Réforme territoriale qui va allégrement piétiner l’applicabilité du principe de parité,
  • Recrudescence des violences faites aux femmes qui ont augmenté de + 13% en 2010, à savoir que cette année était placée par François Fillon sous l’influence astrale de la lutte contre… les violences faites aux femmes, justement.
  • Et enfin, et c’est l’objet principal de cet article, le recul sans précédent du droit à l’avortement !

(Dessin : Fatima-Ezzahra BENOMAR)

Je vais essayer de récapituler en quelques lignes un dossier qui préoccupe beaucoup l’ensemble des organisations féministes de France, la loi HPST -Hôpital, patients, santé et territoires – plus connue sous le nom de loi Bachelot.

En France (encore heureux !!) nous avions toujours progressé, de date en date, vers l’élargissement et l’affirmation de ce droit : Que ce soit en 1975, quand les femmes ont enfin acquis l’autorisation légale d’avorter ; en 1983, quand elles en ont obtenu le remboursement ; ou encore en 2001, quand on a allongé le délai de 10 à 12 semaines de grossesse, supprimé l’obligation de l’autorisation parentale pour les mineures et donné la possibilité de choisir la technique d’avortement.

Même que depuis 1979, tous les établissements publics sont obligés par la loi d’avoir un centre d’IVG dans leurs locaux. Exigence on ne peut plus légitime puisque toutes les études montrent que la condition la plus fondamentale au bon fonctionnement du droit à l’IVG, c’est d’assurer un service de proximité.

Nous comptions d’autant plus continuer sur cette lancée que beaucoup d’aspects liés à l’application de la loi restent aujourd’hui imparfaits. Hélas, le garant même de ce droit, l’Hôpital Public, n’a pas toujours donné le bon exemple… Combien de fois avons nous entendu parler d’établissements qui n’accueillaient pas les femmes au delà de 10 semaines, ou qui multipliaient les obstacles à la prise en charge des mineures ?! D’autres encore demandent un chèque de caution aux femmes sans couverture sociale.

Bref, il arrive très souvent encore que les délais d’attente dépassent les 3 semaines prévues par la loi entre le premier RDV et l’opération, et beaucoup de femmes qui s’y étaient pris à un moment tout-à-fait raisonnable se retrouvent à dépasser le délai légal. Celles qui en ont les moyens n’ont alors d’autres choix que d’aller avorter dans des pays où le délai est plus généreux, à leurs frais, sans pouvoir être remboursées par la suite par leur sécurité sociale en France.

Notons aussi que nombreux sont les médecins militants des années 1970, ceux qui avaient choisi de pratiquer l’IVG par militantisme justement, qui partent en ce moment à la retraite et qui ont bien du mal à trouver des relais chez les jeunes praticiens, dont la plupart dédaignent une pratique peu rentable ou dégainent à tout va la clause de conscience.

Appelons un chat un chat : Ces hôpitaux sont hors-la-loi, et nous étions bien motivées à en dénoncer les pratiques à l’instar de l’IGAS, l’inspection générale des affaires sociales qui fait les mêmes constats que nous, puisqu’en février 2010, dans son rapport sur la prise en charge des IVG, elle avait dénoncé l’absence de la possibilité de choisir entre prise en charge chirurgicale et méthode médicamenteuse dans de nombreux cas, que la place de l’IVG dans le système de soins n’était « pas encore normalisée » et que sa pratique restait « peu attractive pour les personnels de santé ».

… Quel a été notre désarroi quand nous avons découvert les conditions d’application que nous réservait la Loi HPST !

Cette loi revendique son objectif d’augmenter la rentabilité de l’hôpital public sous couvert d’efficacité, et va regrouper les établissements de santé en entrainant la fermeture de plusieurs hôpitaux de proximité, dont bien entendu les maternités et les CIVG qui vont avec. Vous connaissez les ressorts du piège : Moins il y a d’hôpitaux disséminés sur le territoire, plus la liste d’attente s’allonge, ainsi que les délais pour avoir un RDV. Dans le cas du droit à l’avortement, c’est bien entendu particulièrement fatal si on dépasse le délai légal de 14 semaines.

Par ailleurs, la tarification à l’activité, nouvelle méthode de financement des hôpitaux, incite les établissements à limiter les actes chirurgicaux estimés non rentables. L’IVG étant aujourd’hui sous-tarifée et coûtant plus cher qu’elle ne rapporte, ce qui à mon sens ne devrait pas poser de problèmes pour un service qui constitue un droit aussi inestimable, rares seront les nouveaux médecins qui se bousculeront pour la pratiquer. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux poussent les femmes à pratiquer l’IVG médicamenteuse, qui n’est possible que jusqu’à 7 semaines, histoire de sortir l’IVG des hôpitaux.

En somme, nous avons bien affaire à un renoncement des hôpitaux de leur rôle d’offrir des services de proximité, au profit d’une politique libérale qui se moque que cette proximité soit l’une des conditions fondamentales pour la bonne application du droit à l’avortement.

Plusieurs dizaines de centres d’IVG ont déjà disparu depuis 2009. Petit Alleluya de passage, nous avons pu, grâce à une formidable mobilisation portée à bout de bras par le collectif Tenon, ré-ouvrir l’hôpital Tenon du XXème arrondissement qui avait fermé ses portes en catimini, sans qu’aucune information ne soit donnée aux habitants du quartier. Ils avaient juste attendu que le médecin parte à la retraite pour le fermer, et c’est une jeune fille qui devait avorter qui nous a alerté de cette fermeture. La situation était tellement dramatique sur place que, depuis un an que le collectif existait, trois salariés de l’hôpital se sont suicidé dont un syndiqué à Sud. À Paris, les centres de Saint Antoine, Broussais, Avicenne, ou encore l’Hôtel Dieu à Lyon ont aussi fermé leurs portes… Nous apprenons tous les jours les fermetures de nouveaux centres d’IVG partout en France.

Rajoutons tout-de-même une note optimiste : j’en suis persuadée, la majorité de nos concitoyen-ne-s tiennent fermement au droit à l’avortement, et reconnaissent que c’est une condition élémentaire à la conquête de l’autonomie des femmes. J’en veux pour preuve le grand succès qu’a eu la pétition du Planning Familial qui était menacé de grosses coupes de budget par le gouvernement en 2009. Nous sommes donc bien décidées à porter leurs voix pour défendre ce droit, comme nous l’avons fait le 6 novembre dernier lors d’une belle manifestation pour le droit à l’avortement et contre le démantèlement de l’hôpital public.

Par ailleurs, vous pouvez trouver le détail de toutes ces agressions dans le nouveau Journal de la Commission Féminisme du Parti de Gauche


Pour rappel, nous avions déjà, le 6 novembre 2010 à Paris, organisé une grande manifestation contre les restructurations hospitalières et la menace qui pèse sur le droit à l’avortement. Comme cette date de manifestation avait été actée bien avant l’annonce d’une journée de mobilisation contre la réforme des retraites en 2010 qui tomba le même jour, les organisattrices ont décidé de maintenir la date, en partant, comme prévu, de la place d’Italie pour rejoindre le mouvement social, attendu que les droits des femmes sont tout aussi menacés par la loi HPST que par la réforme des retraites.

Pour ce qui est de l’IVG dans le monde, il faut également noter une inquiétante proportion des avortements non médicalisés. Le nombre d’avortements à l’échelle mondiale se stabilise depuis 2003 autour de 28 pour 1 000 femmes, or près de la moitié sont réalisés hors de tout système de soins (49 %), et la majorité se font dans des pays où la législation est très restrictive, comme le révèle une étude publiée dans « The Lancet ».

Le taux d’avortement dans le monde ne baisse plus significativement, démontre de son côté un article du Guttmacher Institute et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Ce palier coïncide avec un ralentissement de l’adoption de la contraception.» commente l’auteure du rapport, Gilda Sedgh.

Il existe effectivement un énorme fossé entre les comportements du Sud et ceux du Nord, les pays en voie de développement concentrant 86 % des avortements en 2008, un chiffre qui ne cesse de grossir. Le taux d’avortement dans ces pays s’élève à 29 /1000, contre 24 /1000 dans les pays industrialisés, culminant même à 38/1000  dans l’est de l’Afrique et à 36 / 1000  en Asie du Sud, tandis que l’Europe de l’Ouest affiche 12 / 1000.

Hélas, les conditions non médicalisées de ces IVG empire aussi depuis 1995, où la proportion était de 44 % : en Afrique, 97 % des IVG sont pratiquées en dépit de toute considération sanitaire et entrainent de dramatiques complications, voire sont responsables de 13 % des décès maternels en 2008. « Avec 17 % de la population féminine du monde en développement en âge de procréer, l’Afrique représente cependant la moitié de la mortalité imputable à l’avortement non médicalisé », souligne Iqbal H. Shah de l’OMS, co-auteur du rapport. Il rajoute que« Les femmes les plus pauvres courent les plus grands risques. Elles ont le plus difficilement accès aux services de planification familiale et sont les plus vulnérables aux conséquences négatives d’une procédure non médicalisée. Les soins après avortement sont aussi le moins accessibles aux femmes pauvres en cas de complication ».

L’interdiction de l’IVG par les gouvernements se révèle aussi cruelle qu’inefficace, voire contre-productive, puisqu’en 2008, les taux d’avortement étaient respectivement de 29 /1000 et 32 /1000 en Afrique et en Amérique latine, où la plupart des États ont adopté des législations restrictives, tandis qu’en Europe de l’Ouest et du Nord, où l’IVG est autorisé dans certaines circonstances, les taux sont bien plus faibles.

« Cette étude établit clairement que si une femme est résolue à éviter une naissance, elle aura recours à l’avortement non médicalisé, et ce quoi qu’en dise la loi ! Tant que l’avortement non médicalisé ne sera pas reconnu comme un problème de santé publique, les femmes, les familles et les communautés continueront à souffrir de ses conséquences, y compris la mort et la maladie », conclut Richard Horton,  l’éditeur en chef de « The Lancet ».


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ASSISTANTES SEXUELLES : Premier pas vers la réglementarisation de la prostitution ?

Cet article est relayé dans le journal Osez le féminisme n°11 décembre 2010

Le colloque «Handicap, affectivité, sexualité, dignité » organisé le 26 novembre dernier à la mairie de Paris est une triste première initiative qui tente d’appuyer la demande de création de « services d’accompagnement sexuel pour les personnes handicapées ». L’initiative est d’autant plus inquiétante qu’elle semble vouloir pérenniser un « droit à la sexualité » auquel il faudrait donner une réponse marchande, qui s’apparente à la prostitution. D’ailleurs, « L’accompagnement sexuel » existe bien dans les pays réglementaristes où cet emploi est reconnu en tant que « prostitution spécialisée ».

Des femmes – Eh oui, en grande majorité – formées aux spécificités des personnes en situation de grande dépendance physique ou mentale, sont rémunérées pour leur offrir des expériences sexuelles, à domicile ou en institution. Au Danemark, en Allemagne, en suisse et aux Pays-Bas, ce sont essentiellement des femmes qui pratiquent pour le moment l’accompagnement à la vie sexuelle, reproduisant ainsi le schéma traditionnel de la domination masculine.

Pourtant, la Norvège, pays exemplaire en matière de politique sur le handicap, n’a pas créé ce type de service sexuel rémunéré, puisqu’il devrait voter prochainement une loi interdisant tout achat de service sexuel, comme c’est le cas en Suède depuis 1999. La boîte de Pandore ne tarde pas trop à lâcher ses fantômes, les défenseurs de cette mesure demandent une dérogation pénale pour ne pas risquer l’incrimination de proxénétisme, puisqu’ils proposent que le service soit rémunéré. Or nous savons très bien qu’une prestation minutée et payante, dont on peut imaginer qu’elle sera tenue à obligation de résultat, va forcément inciter les plus démunies et les plus vulnérables au plan social, économique ou psychologique, à se porter candidates.

En se projetant dans la banalisation de ses services sexuels, dans une société qui les légitimera au nom de toute détresse liée à l’épanouissement sexuel, les infirmières et les aides à domiciles seront de plus en plus sollicitées pour accepter de faire ces attouchements. Les auxiliaires de vie souffrent souvent d’emplois difficiles, morcelés et mal payés, entre service domestique, service soignant, et bientôt service sexuel… Nous assisterons encore à l’extension de cet assujettissement majoritairement féminin au règne des logiques néo-libérales, sans parler du caractère flexible et précaire de ces prétendus emplois, les critères réels d’embauche, et l’application du droit du travail concernant les lois sur le harcèlement sexuel ou sur les discriminations.

Rappelons que l’un des acquis majeurs dans la lutte des femmes pour l’égalité et la dignité a été de ne plus être corvéables sexuellement dans le cadre de l’emploi. Si nous pérennisons un « droit à l’accompagnement sexuel » pour les personnes gravement handicapées, cette revendication aura toute légitimité de s‘étendre bientôt aux handicapés sociaux, ceux qui souffrent de solitude, de vieillesse, de maladie, aux sortants de prison, aux grabataires sur leur lit d’hôpital qui revendiqueront tout autant le droit à une sexualité mise à mal par leur situation etc. La mise en place de cet emploi fournit en somme la vitrine rêvée pour l’industrie du sexe et les proxénètes qui ont tout intérêt à promouvoir la respectabilité d’une activité présentée sous les dehors généreux du « service à la personne ».

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