Archives de Catégorie: Mes oeuvres

Viens, l’ami

Ami, relève un peu ce front inconsolé.
A quoi bon, au printemps, être si désolé ?
Il sera bien temps de la pleurer en hiver
Quand il n’y aura plus à arpenter de bois verts
Ni de ciel aussi clairs, de bonheurs si faciles,
De bouquets si offerts avant d’être fanés.
Tu sais, les jolis temps, éphémères et fragiles,
Sont vite dépensés, et trois mois font l’année.

Relève un peu, ami, ce front inconsolé.
Je vois dans tes yeux de souvenirs constellés
Mugir milles regrets, rugir des flots de haine
Portant jusqu’en ton cœur l’ombre de la folie,
Versant le lourd filet de la mélancolie.
Il sera temps, plus tard, de dorloter ta peine.
Il est doux de penser, parfois, en temps pluvieux,
Qu’ils se désolent à l’aune de nos maux, les cieux.

Mais là, mon cher ami, ne vois tu pas la terre
Resplendir, chatoyer, frémir ? L’amour combler
Tant de museaux dressés, de sourires volontaires ?
Les passantes rieuses ? L’abeille entre les blés ?
La vie, la vie précieuse et la vie éphémère
Qui chante dans ton cœur comme mer d’Italie,
Comme soleil de Sud et ces fleurs si jolies
Dont elle parfumait les fenêtres, ta ptite mère ?

Relève un peu, ami, ce front inconsolé.
Tu m’écoutes et sur tes genoux je vois un rond,
Larme fidèle comme un anneau morcelé
Portant milles serments comme autant de larrons.
N’est-ce pas seulement quand un cœur est fêlé
Qu’il peut goûter un peu ce que c’est, le bonheur ?
Sommes-nous sensibles sans la trace des pleurs ?
Tu m’écoutes, et sur tes genoux je vois deux ronds.
Oh, viens, que je t’emmène dans les rues étrangères
D’un pays étranger aux douceurs passagères,
Aux allées printanières, aux plaisirs vagabonds.
Donne moi rien qu’un souffle, et de ton cœur un bond.
Dernier souffle d’espoir flottant sur l’Achéron.

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Au loin de la ville

Au loin de la ville, sur le sable,
Roulant sur l’ombre de mes pneus,
J’ai une joie insaisissable
Et un chagrin vertigineux.
Dans mon coffre, tâche rouge
Sur une chemise d’été,
Je sens – dernier détail qui bouge -
De ta plaie le sang éructer.

Au loin de la ville, en plein jour,
Une heure après t’avoir tué,
Je fume la cigarette d’amour
D’effort physique effectué.
Toute la tension évacuée
Se resserre sur le chagrin
Pour m’empêcher de me huer
D’avoir mis ce coup dans tes reins,
D’avoir exagéré un brin.

Sur la terre où je vais cacher
Ton corps qui finit de blêmir,
Quand le soleil va se coucher
Enterrant même ton souvenir,
Serai-je malheureuse ou déçue ?
Je ne sais pas si quelques fleurs
Oseront pousser là-dessus
Pour boire un peu de tes couleurs,
Pour ressusciter tes couleurs.

Sur la terre où j’ai bien pleuré,
Je n’ai pas priée, mon amour.
Je ne voudrai pas me leurrer
Et prononcer de faux discours.
A Dieu je ne rends pas ton âme,
Je te l’ai prise et je la garde.
Dans les miroirs, reflet infâme,
Depuis, c’est elle que je regarde,
Depuis c’est elle qui me regarde.

Au loin de la ville, sur le sable,
Roulant sur l’ombre de mes pneus,
J’ai un chagrin insaisissable
Et un bonheur vertigineux.
Dans mon coffre, tâche rouge
Car seule la tâche est restée,
Il n’y a plus rien, cette fois, qui bouge
Car le vent l’a déjà figé.
Pourtant jusqu’à l’éternité
J’entendrai son bruit dégorger.

Au loin de la ville, sur le sable,
Roulant sur l’ombre de mes pneus,
J’ai un chagrin insaisissable
Et j’ai un bonheur vénéneux.

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Le studio de chair

 

Dans mon studio de chair je chante mes chansons.
Le thème qui m’est cher est souvent mon ennui.
Il faut dire que je dors très rarement, la nuit.
Dans la gueule des heures je me perds sans hameçon.

Sur mes os en percussion les rythmes résonnent.
Ma mâchoire est toujours en enregistrement.
Elle fait le tri austère de mes sentiments.
C’est limite à penser que la passion raisonne.

Dans ces heures solitaires, moi et moi intimistes,
Sur mes dents, sans cravate, et ma langue pianiste
Balance des accords, fait des droites et des gauches,
Comme un baiser dans l’air, parfois doux, parfois gauche,
Tantôt timide et tantôt remplies d’envolées,
Fait l’amour au silence qui s’y laisse violer.

Tout au fond de ma gorge, cent doigts sur mes cordes,
J’entends la complainte d’un portier dans l’ennui.
Il faut dire que je dors très rarement, la nuit.
La musique donne vie aux heures monocordes.

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Série nouvelle

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Parenthèse (en dessins)

Possession

La pente du chagrin

La pente du chagrin

La pente du chagrin

Oops

Alien

Alien

Sur le bord

C’est passager

C’est passager

Au soleil

Au soleil

Papa est en colère

Avortement

Un rituel

Un rituel

Le pleur

Un poids

2005

"Adieu"

Aliénation

Aliénation

Icône

Autre icône

Autre icône

Un secret

Ensemble

Ensemble

Dedans

Hallucination

Chanteuse

Bleu nuit

Instant

Questions ?

à moi

L’un dans l’autre

L’un dans l’autre

La foudre

Pensive

Micro du fond du cœur

Micro du fond du cœur

Détail

Détail

Ados

La couleur monte

La couleur monte

La couleur monte

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Le silence

 


A l’heure heureuse où les mots manquent
Sans manquer aux intentions,
Derrière les plis où se planque
L’esprit dans l’intonation,

Il y a ce silence suprême,
Ni fils du déficit,
Ni enfant de la peine,
Ni vice de l’ennui,
Ni défaut de la gêne,

Mais celui qui raconte encore
Quel aveu il a sublimé,
Et celui qui arrive au bord
Où sa naissance est proclamée,
Là où il ne peut prendre corps
Que dans la spiritualité,
Là où les mots trouvent une mort
Où son âme peut ressusciter.

Alors il va creuser son trou
Par là où c’est presque aussi mou
Qu’il n’est léger.
Souvent, pour désarmer sa moue,
Seul un baiser peut le briser.

A l’heure heureuse où les mots manquent
Sans manquer à leurs desseins,
Où ils ne tracent plus de plans
Et qu’ils ne font plus de dessins,

Il y a ce silence divin,
Ni sentencieux ni vain,
Ni cruel, ni glacé,
Sans sous-entendus fins,
Sans longueurs mal placées,

Mais celui qui arrive enfin
À la dernière porte,
Quand il n’y a plus derrière encore
D’énigmes mal famées.
Celui auquel les mots en vain
Voudraient servir d’escorte.
Ce silence est cent fois plus fort
Que cent poètes armés.

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Les mauvais souvenirs

 

Entends-tu dans la nuit, comme on aiguise un croc,
Ce bruit si singulier, mi chagrin, mi amour ?

Entends-tu ce larsen qui rase le micro,
Qui l’agace, s’y glisse et lisse ses contours
Et qui lui tourne autour comme un vain charognard
Sans jamais en tirer un son ni un regard ?

Comme un archer pendu au débris d’un violon
Veut encore éveiller son âme baladine
Et le supplie avec son câlin doux et long,
Mais rien n’y fait, car il s’est éteint en sourdine.

Entends-tu ce larsen qui rase le micro,
Qui s’y agrippe à chaque souffle qui passe
En espérant un jour retrouver son écho,
En espérant toujours retrouver la crevasse
D’où il fût arraché, en espérant trouver
Des restes, des rumeurs et des n’importe quoi,
N’importe quoi qui sert à revivre, à rêver
Dans une ère où le cri n’est pas mort, il est coi.

Mais la salle de chant est un grand cimetière
Que ce grand oiseau noir ne veut pas respecter.
Il a traîné ici un rayon de lumière
Pour suspecter, fouiller, insister, prospecter,
Pour voir dans le silence s’il n’y a pas encore
Un Ferré, un aveu, une lettre, un sanglot,
Le soupir orphelin d’un ancien corps à corps,
D’un ancien coup pour coup, un dernier petit flot.

Mais la salle de chant n’aime pas la lumière,
Et ce grand oiseau noir ne veut rien écouter.
Il furète à travers le sang et la poussière
Pour déterrer des coffres et des jardins secrets.
Moi j’ai longtemps erré dans mes champs de cafard,
J’y ai laissé mon ombre et n’y ai rien trouvé.
Chère mémoire, j’ai beau te couvrir de fard,
Dans la nuit, c’est là bas que tu t’en vas rêver.

Fatima-Ezzahra Benomar

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