Ami, relève un peu ce front inconsolé.
A quoi bon, au printemps, être si désolé ?
Il sera bien temps de la pleurer en hiver
Quand il n’y aura plus à arpenter de bois verts
Ni de ciel aussi clairs, de bonheurs si faciles,
De bouquets si offerts avant d’être fanés.
Tu sais, les jolis temps, éphémères et fragiles,
Sont vite dépensés, et trois mois font l’année.
Relève un peu, ami, ce front inconsolé.
Je vois dans tes yeux de souvenirs constellés
Mugir milles regrets, rugir des flots de haine
Portant jusqu’en ton cœur l’ombre de la folie,
Versant le lourd filet de la mélancolie.
Il sera temps, plus tard, de dorloter ta peine.
Il est doux de penser, parfois, en temps pluvieux,
Qu’ils se désolent à l’aune de nos maux, les cieux.
Mais là, mon cher ami, ne vois tu pas la terre
Resplendir, chatoyer, frémir ? L’amour combler
Tant de museaux dressés, de sourires volontaires ?
Les passantes rieuses ? L’abeille entre les blés ?
La vie, la vie précieuse et la vie éphémère
Qui chante dans ton cœur comme mer d’Italie,
Comme soleil de Sud et ces fleurs si jolies
Dont elle parfumait les fenêtres, ta ptite mère ?
Relève un peu, ami, ce front inconsolé.
Tu m’écoutes et sur tes genoux je vois un rond,
Larme fidèle comme un anneau morcelé
Portant milles serments comme autant de larrons.
N’est-ce pas seulement quand un cœur est fêlé
Qu’il peut goûter un peu ce que c’est, le bonheur ?
Sommes-nous sensibles sans la trace des pleurs ?
Tu m’écoutes, et sur tes genoux je vois deux ronds.
Oh, viens, que je t’emmène dans les rues étrangères
D’un pays étranger aux douceurs passagères,
Aux allées printanières, aux plaisirs vagabonds.
Donne moi rien qu’un souffle, et de ton cœur un bond.
Dernier souffle d’espoir flottant sur l’Achéron.






















































































