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À quand une loi contre le sexisme ?

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Depuis plusieurs années, mais en fait depuis toujours, les "dérapages sexistes" continuent leur tranquille avalanche. Il n’y a qu’à taper sur un moteur de recherche internet "femmes + citations" pour voir avec quelle constance, et avec quelle violence, l’intelligentsia des mondes intellectuel, culturel, artistique, politique ou encore théologique a toujours proféré des tirades misogynes pour bien se faire voir de ses contemporains.

 "Qu’elles retournent à leurs casseroles" – "Violez-la !" – "Ce n’est qu’un troussage de domestique" – "Y a pas mort d’homme"…

Les tirades du sexisme ordinaire sont à l’image du machisme global qui sévit partout, nourrissant la parole publique, structurant les comportements misogynes, infestant les publicités, se démocratisant partout sur la toile comme sur le petit écran. Il y a quelques jours, un collectif d’associations féministes (Osez Le Féminisme, les Chiennes de garde, le Collectif Féministe Contre le Viol, l’AVFT Libres et Égales) a mobilisé plus de 3000 signataires autour d’une pétition réagissant au "Violez-la" du pédiatre Aldo Naouri, qui a été amené à s’excuser publiquement. Mais jusqu’à quand devrons-nous nous épuiser à dénoncer des offenses aussi graves qu’innombrables ? Ne devrait-on pas, au lieu de lancer perpétuellement des campagnes anti-sexistes, disposer d’une loi qui pose le débat en ses termes globaux ?

Souvenons-nous, il y a quelques années, des débats sur le pacs ou sur la parité. Ces derniers avaient déclenché une réflexion en profondeur de l’ensemble de notre société sur la question de l’homophobie ou de l’égalité femmes-hommes. Ils avaient même relevé l’urgence de parler de ces sujets, tant les réactions de certains ont durablement marqué nos mémoires. La promulgation d’une telle loi pourra enfin envoyer un signe fort aux personnalités publiques et aux publicitaires, qui devront situer leurs discours par rapport à la nouvelle norme que leur poserait la société. Le phénomène et la revendication ne datent pas d’hier !

Un projet inabouti depuis 1974

Comme l’avait souligné, en juin 2004, la "Pétition pour une vraie loi anti-sexiste" des Chiennes de garde, les dérapages fleurissent à toutes les saisons, et toutes les décennies sont bonnes à leurs vignes :

 "En 1999, Dominique Voynet était publiquement traitée de "salope" au salon de l’agriculture. En 2004, Véronique Fayet est traitée de femme adultère par un autre candidat. En 2000, FHM mettait en couverture "Gagnez une vraie femme, valeur 20.000F". Le 27 juin 2003 sur TF1, un candidat menace deux femmes, les traite de sorcières et dit qu’il ne parlera qu’à leur mari. Le 8 mai 2004, deux comédiennes sont successivement traitées de "grosse pute" sur France 2 par les animateurs."

 C’est en 1974 que la première proposition de loi anti-sexiste a été élaborée par la Ligue des droits des femmes, à travers un texte publié dans Le monde, "Pour une loi anti-sexiste". Quelques années plus tard, en mars 1979, Simone de Beauvoir renchérissait via un second article intitulé "De l’urgence d’une loi anti-sexiste". En 1980, le projet fit l’objet d’un rapport favorable de la commission des lois du Sénat, avant que l’ancienne ministre des Droits des femmes, Yvette Roudy, promette le dépôt d’un projet de loi en juin 1981. Deux ans plus tard, il était enregistré à l’Assemblée nationale.

… Et quel fut le résultat de toutes ces courses ? La ministre avait été personnellement attaquée de façon assez scandaleuse, et le projet abandonné

En sommes-nous encore à faire des états des lieux ?

Si nous disposons aujourd’hui d’un texte de loi qui permet de sanctionner les incitations à la violence sexiste en se portant partie civile contre elles, il reste très inabouti. De fait, il établit une hiérarchie entre homophobie et sexisme. Traiter une personne de "sale gouine" ou de "tarlouze" constitue aujourd’hui, et nous nous en réjouissons, une injure aggravée au regard du code pénal, tandis que la traiter de "pute" ou de "salope" ne sera pas sanctionné de la même manière.

Pourtant, tous les jours, des milliers de femmes sont impunément insultées EN TANT QUE FEMMES, c’est-à-dire spécifiquement en raison de leur sexe. À l’université, selon les enquêtes de la LMDE, près d’un quart des étudiantes ont été victimes d’insultes à caractère sexiste.

Mais en sommes-nous encore à faire des états des lieux ? Les femmes ne peuvent-elles témoigner en chœur des insultes sexistes et du harcèlement sexuel qu’elles endurent dans l’espace public ? La fameuse vidéo-trottoir de la féministe belge ne donne-t-elle pas une pièce à conviction assez convaincante, même si j’ai bien remarqué que beaucoup de mes amis masculins sont tombés des nues en la voyant ?

Pour qu’une loi anti-sexiste soit adoptée, il faut une volonté politique.

Je considère que la loi de 1972, contre le racisme et l’antisémitisme, est une grande réussite et un bel acquis. Elle n’a mis fin, que je sache, ni à la liberté d’expression, ni à la liberté de création artistique, malgré les éternelles protestations de ceux qui prétendent "qu’on ne peut plus rien dire en France." Force est de constater, au contraire, qu’on peut aujourd’hui tout dire sur les femmes, que toute boue est bonne à les y faire traîner. Promulguer une loi anti-sexiste équivalente à la loi anti-raciste, c’est reconnaître que les femmes, au même titre que des minorités ethniques, sont victimes de violences et de stigmatisations spécifiques, basées sur des théories essentialistes fumeuses qui leur inventent des caractéristiques stéréotypées, et le plus souvent dévalorisantes.

Tenons-nous le pour dit : nous n’avons pas affaire à une éternelle succession d’incidents, mais à une extrême tolérance envers LE SEXISME. Cette tolérance s’étend ensuite à celle qu’a la société envers les inégalités femmes-hommes, dans toutes les couches de la société, toutes les professions, tous les territoires.

Il est grand temps pour la France de se doter d’une loi contre le sexisme !

 La parole sexiste décomplexée banalise les violences et les discriminations faites aux femmes. De l’autre côté de la chaîne, ce sont des milliers de femmes qui sont rabaissées et moquées dans l’espace public, dénigrées dans le monde du travail, remises en cause dans leurs compétences, ce qui explique en partie le scandale des inégalités salariales à poste équivalent.

Si on ne met le holà au sexisme qui circule de façon de plus en plus démocratisée sur les supports publicitaires viraux, les médias et la toile, les femmes risquent d’être, encore et toujours, méprisées par les prochaines générations d’hommes et de femmes qui absorbent ces messages. Est-ce là la France de demain dont nous voulons hériter pour nos petites filles, comme pour nos petits garçons ?

Nous en avons assez de sursauter d’indignation à chaque parole sexiste, qui n’est presque jamais menacée par nos protestations.

Nous en avons assez de voir couler tous les 8 mars, des litres de larmes de crocodile sur les joues de diverses personnalités publiques, aussitôt séchées le lendemain.

Nous réclamons un texte de loi anti-sexiste, définissant moyens et sanctions pour condamner les discriminations et insultes à caractère sexiste.

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8 mars : un livre de saison est né !

Dehors, il neige à flocons généreux. La lumière de la "ville Lumières" n’a jamais été aussi pauvre, mais cela fait partie du charme de la capitale d’être si belle, si fière et si arrogante, en dépit de son mauvais temps, de son mauvais ciel et de ses mauvaises rues. Tout le luxe d’avoir une illustre histoire et d’être adulée dans le monde entier. L’âge ne la rend que plus coquette et ne fait que justifier ce vice de jeunesse.

J’ai bien froid aux doigts en écrivant ces lignes, mais aussi très chaud au cœur. J’ai écrit un livre il y a un an. Un livre qui a une chère histoire, et dont l’histoire m’a couté cher, aussi. Je ne l’aime que davantage et suis très heureuse qu’il sorte de saison, puisque les bottes féministes devront bientôt faire grincer les flocons à la manifestation annuelle pour les Droits des femmes du 8 mars !

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Ce matin, je me suis levée tôt et j’ai marché jusqu’à place Colonel Fabien, un exemplaire à la main. J’ai eu le grand plaisir de l’offrir à Marie-Georges Buffet, élue féministe s’il en est, qui m’a fait l’immense honneur de le préfacer. Je dois souligner que tout s’est fait par hasard dans notre rencontre, je l’avais coincé pendant la manifestation du 14 novembre contre le chômage, et lui ai tournoyé autour pendant vingt bonnes minutes sans oser l’aborder. Elle était très entourée par la presse et par des camarades du Parti Communiste Français ou de diverses organisations du Front de Gauche, comme Jean-Luc Mélenchon se tenait près d’elle. Mais j’ai finalement osé l’approcher et lui ai dit d’une traite : "Écoutez, je vous aime beaucoup, j’ai écrit un livre sur le féminisme, j’aimerai que vous me le préfaciez, mais je ne sais comment ça se passe ? Comment font les autres ?" Elle m’a accueillie avec un sourire et m’a tout simplement laissé son adresse mail. Mes amiEs Jean-Charles Teulier et Catherine Dauriac ont immortalisé ce moment qui relève, dans ma petite vie, de l’anthologique.

MGB

J’étais à la fois surexcitée et incrédule, craignant que mon futur mail soit condamné à se prendre les pattes dans les mailles des intermédiaires, des assistantEs, et qu’il n’arrive jamais à bon port. Une semaine plus tard, "elle" me répondait : "Bonsoir, après avoir lu votre livre je suis ravie de le préfacer mg". Ce petit mot est aujourd’hui imprimé et orne ma chambre, il m’est d’autant plus précieux que je l’ai gagné au seul mérite de mon travail et de ma persévérance, étant totalement inconnue de cette grande dame. Bon, tout cela peut paraitre très bête, mais il faut savoir que j’ai été féministement éduquée dans l’adulation de celles qu’on appelle "les trois B", Billard, Buffet, Bousquet, qui étaient respectivement députées du Parti de Gauche, du Parti Communiste Français et du Parti Socialiste. Trois députées réputées très féministes, et qui méritent amplement leur réputation.

Aujourd’hui, le livre existe. Il existe grâce au soutien d’un grand nombre de personnes qui m’ont aidé à traverser l’année 2012, année de tous les défis, de toutes les difficultés, d’un très grand divorce affectif aussi. Mais c’est surtout l’année où j’ai appris une grande maxime ainsi formulée par mon amie Luz Mora : "Le collectif protège !" Grâce au collectif, j’ai été aidée, financièrement soutenue, hébergée par des camarades et des copines féministes que je ne connaissais pas ou à peine, et surtout régularisée. Cela me fait plaisir de ne pas cracher sur le collectif, de ne pas garder dans mon cœur des valises de serpents et d’araignées, d’avoir l’occasion de lui être reconnaissante.

J’encourage touTEs mes camarades de se saisir de cet outil, il est fait pour ! D’autant que l’approche du 8 mars peut être l’occasion d’organiser tout un tas de formations ou de réunions. Il fait la démonstration que le féminisme est transversal puisqu’il aborde de nombreux thèmes, les inégalités professionnelles et sociales, les violences faites aux femmes, leur absence dans les lieux de décision et de pouvoir, attendu qu’elles restent dominées par le système patriarcal dans toutes ces sphères. Il affirme que la Révolution française a raté un coche fondamental en ne portant pas la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes, et que ce ratage a pénalisé toute l’histoire du Socialisme qui n’a pas fait de la moitié de la Nation des citoyennes. Il affirme que le Mouvement de libération des femmes doit maintenant être pleinement intégré au sein de la gauche, et non en périphérie. Il affirme que la nouvelle génération a encore de gros soucis à se faire, et qu’il est encore temps de se battre pour sauver les acquis féministes et pour en gagner d’autres…

Haut les cœurs, frères et sœurs, la lutte ne fait que commencer !

Pour commander le livre, cliquez sur l’image : 

Féminisme, la révolution inachevée

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Et les Lumières furent !

Incontestablement, la Révolution française ne fut pas assez imbibée de ses propres Lumières pour décréter aussitôt l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais j’ai en envie d’écrire aujourd’hui ces mots pour lui reconnaitre d’avoir au moins semé les graines des pensées humanistes et égalitaires dont les mouvements féministes allaient, dans les siècles qui suivront, profiter des fruits pour plaider leur propre cause.

Reconnaissons-le : si le mouvement de libération des femmes a pu, dans certains pays seulement, entamer la conquête des droits fondamentaux de la moitié du genre humain là où d’autres échouent en dépit des diverses révolutions qui les bouleversent, c’est aussi parce que la révolution culturelle qu’a été le Socialisme puise dans la philosophie des Lumières de quoi disposer aujourd’hui les esprits aux idées égalitaires. Il est donc heureux que la petite graine qu’ont semé les révolutionnaires il y trois siècles soit aujourd’hui devenue un arbre imposant, et que ses branches s’allongent encore pour cueillir de nouvelles conquêtes progressistes, comme ce fut le cas pour le droit à l’avortement, la libération sexuelle, l’abolition de la peine de mort ou encore les droits des personnes homosexuelles et transsexuelles, sous l’impulsion bien sûr des mouvements qui se sont engagé pour les obtenir.

Révisons quelques fondamentaux. La Gauche, qui plonge ses racines philosophiques dans la révolution française de 1789, affirme que le pouvoir ne doit être ni le privilège d’un individu, comme le supposait l’absolutisme royal, ni celui d’une caste comme l’étaient la noblesse ou le clergé. Humaniste et rationaliste, elle considère que la Nation est avant tout une collectivité de citoyens libres et dotés de droits, gravés dans une déclaration, et s’élève contre l’arbitraire qui domine la tradition monarchique et aristocratique. Enfin, elle considère que tout citoyen doit pouvoir s’émanciper de la place que cette société lui a donnée.

Si on résume ces définitions : « le pouvoir ne doit pas appartenir à une caste particulière ; la Nation est une collectivité de citoyens libres dotés de droits ; un nouvel ordre s’élève contre l’arbitraire ; chaque citoyen doit pouvoir s’émanciper de la place que la société lui a donné »… on aurait presque l’impression de lire un plaidoyer féministe, non ? C’est ce que Victor Hugo écrira à Léon Richer, cofondateur du premier quotidien pour les femmes avec Marguerite Durand, en 1887 :

« Dans notre civilisation, il est douloureux de le dire, il y a une esclave. La loi a de ces euphémismes : elle l’appelle une mineure ! Cette mineure selon la loi, cette esclave selon la réalité, c’est la femme. Dans notre législation, la femme ne possède pas, elle n’este pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n’est pas. Il y a des citoyens, il n’y a pas de citoyennes. C’est là un état violent : il faut qu’il cesse. »

Il faudra attendre 1830 pour que Charles Fourier invente le mot « féminisme », et 1892, lors du congrès des Droits de la femme présidé par Marguerite Durand, pour qu’il entre dans le langage courant. Mais revenons à la Révolution Française :

Lors des débats sur les conditions de formation des assemblées primaires, la question du droit de vote des femmes ne fut pas soulevée à l’Assemblée Constituante. Et ce n’est pas faute que quelques-unes essayèrent d’y mettre le nez ! Leurs cahiers de doléances, les « Très humbles remontrances des femmes françaises » ou les « Pétitions des femmes du Tiers-Etat au roi » témoignent de l’espoir qu’ont cultivé certaines de sensibiliser la Constituante à leur cause. La plus célèbre trace de cette tentative reste l’ouvrage que dédie Olympe de Gouges à la reine en 1791, « Les droits de la femme et de la citoyenne », calqué sur la Déclaration des Droits de l’homme.

C’est néanmoins à un homme, Condorcet, qu’on doit le premier manifeste féministe de la Révolution : « Essai sur l’admission des femmes au droit de cité ». Visionnaire s’il en est, il réclame aussi la liberté de la presse, l’abolition de la peine de mort, des droits civiques égaux pour les protestants et l’abolitionnisme de l’esclavage pour les « nègres », attendu que toutes les oppressions faisaient, dans son esprit, obstacle au progrès. Il dit haut et fort, en 1790, que le terme de suffrage universel était une imposture si on en excluait la moitié du pays, et que tout être humain, quels que soient sa couleur, sa fortune ou son sexe, y devait avoir droit. Aussi, il fut le seul théoricien de la Révolution à critiquer la Déclaration des Droits de l’homme qui ne fait pas allusion aux droits de la femme, ce dont personne ne s’était avisé.

Député de l’Assemblée législative, on lui doit également une petite étude sur les droits des femmes où on peut lire ces mots « Est-il une plus forte preuve du pouvoir de l’habitude, même sur les hommes éclairés, que de voir invoqué le principe de l’égalité des droits en faveur de trois ou quatre cents hommes qu’un préjugé absurde en avait privés, et l’oublier à l’égard de douze millions de femmes ? »

Si ce grand homme eu eut meilleur crédit, le Mouvement de Libération des Femmes serait aujourd’hui vieux de quelques siècles, mais on doit tout-de-même à la Révolution Française quelques avancées concrètes comme l’égalité des droits de succession en 1791, le divorce tant réclamé par Olympe de Gouges ou encore la reconnaissance civile en 1792… droits qui n’auront hélas qu’une courte vie puisque le code civil napoléonien rétablira, dès 1804, les pleins pouvoirs du chef de famille, précisant dans l’article 1124 avec une effroyable crudité que « les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux. »

Il n’était toutefois pas besoin d’attendre Napoléon pour qu’un nuage assombrisse le ciel de cette petite éclaircie. Dès 1791, Mme Roland écrivait « Nous ne sommes plus en 1789 : on nous a préparé des chaines. » Elle ne se trompait pas. Un décret de Prairial, an II, interdit aux femmes d’assister, même en spectatrices, aux Assemblées Nationales. La Constitution de l’an III leur refuse le droit de cité. Enfin, la Convention de Thermidor leur ordonne par décret de rester dans leurs domiciles et menace d’arrestation toutes celles qui seraient trouvées assemblées à plus de cinq !

Il faudra attendre le siècle des encyclopédistes, des libertés individuelles et autres modernismes pour que le thème du féminisme renaisse timidement – aucun ouvrage n’est consacré à la condition féminine – où Montesquieu écrira dans L’esprit des lois : « L’empire que nous avons sur elle est une véritable tyrannie […] Nous employons toutes sortes de moyens pour leur abattre le courage. Leurs forces seraient égales si leur éducation l’était aussi. »

D’alembert adressera également à Rousseau, leader de l’antiféminisme du XVIIIème siècle dont l’influence sera malheureusement déterminante dans cette mise au pas brutale des femmes, ces réflexions où il déplore « L’esclavage et l’espèce d’avilissement où nous avons mis les femmes, les entraves que nous donnons à leur esprit et à leur âme, le jargon futile et humiliant pour elles et pour nous auquel nous avons réduit notre commerce avec elles, enfin l’éducation funeste, je dirai presque meurtrière, que nous leur prescrivons sans leur permettre d’en avoir d’autre […] »

Quant à la grande encyclopédie publiée par Diderot en 1766, elle ne donne de la femme qu’une déplorable description, concluant que « la Nature semble avoir conféré aux hommes le droit de gouverner. » – affirmation pour le moins arbitraire au siècle de la Raison.

Citons pour finir le girondin Brissot qui nous laisse un drôle de mi-aveu : « Plaire, amuser était le grand art que les femmes devaient apprendre toute leur vie… Une femme livrée à la politique me paraissait un monstre ou tout au moins une précieuse ridicule d’un nouveau genre. Il n’est pas douteux que si j’eusse voulu réfléchir sur mes opinions, je n’eusse bientôt découvert leur absurdité et j’eusse tourné le ridicule contre moi-même au lieu de l’exercer sur les femmes politiques. »

Ah, s’ils eussent voulu réfléchir !

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En parlant de nouvelle ère

Cela fait maintenant une bonne année que j’ai créé un blog dans l’envie de mettre en place un outil pédagogique au service des militantEs du Front de Gauche, outil qui répertorierait divers argumentaires sur les luttes féministes. J’avais, par soucis de pragmatisme un peu trop limitatif peut-être, opté pour un nombre restreint de fiches thématiques plutôt que d’éditer régulièrement des articles qui rebondiraient sur l’actualité fleurissante des attaques à l’encontre des droits des femmes, et celle plus modeste de ses conquêtes.

Je me suis trompé, pensé-je aujourd’hui, car cette méthode m’a amenée à laisser languir le blog en ne l’approvisionnant que de rares liens à l’occasion de la tenue de telle réunion, de la naissance de telle production programmatique, de l’organisation de tel événement engagé du Front de Gauche, sans que mon travail de rédaction n’aie l’occasion d’irriguer mes propres réflexions et le contenu du blog lui-même. De ce fait, vous n’avez été que rarement importuné-e par des notifications vous signalant la publication d’un nouvel article.

Or comme l’ère nouvelle - dite socialiste – qui vient d’éclore pour engloutir le règne de Sarkozy dans ses jeunes rayons nous excite aux changements et aux révolutions, j’ai résolu de remédier à un handicap que je m’étais bêtement infligé en vous livrant désormais mes analyses et mes réflexions au fur et à mesure que l’actualité ou que leurs mouvements spontanés me les inspiraient.

D’aucuns pensent aujourd’hui que l’égalité entre les femmes et les hommes est, sinon parfaitement acquise, du moins très bien avancée en Occident. Il n’y aurait qu’à voir la situation autrement plus délicate de celles qui, du fait que leurs pays se réfèrent toujours aux arrêts des vérités révélées dont on peut dire qu’elles ne réservent pas aux deux sexes les mêmes fonctions ni les mêmes privilèges, se voient dénié le droit à disposer de leurs corps, de leurs déplacements, de leurs choix de vie, de leur liberté et encore plus de leur liberté sexuelle. Elles sont en conséquence si loin de la totale liberté dont jouiraient les femmes de notre continent que leur infortune disqualifie aux yeux de beaucoup les murmures des nôtres.

Ainsi, la dernière génération de femmes en France a grandi fascinée par le mirage d’une bataille déjà remportée, d’une dignité totalement garantie, d’une liberté entièrement acquise. Elles ont eu droit à une scolarité, décroché des diplômes, travaillé sans l’autorisation d’un père ou d’un mari, joui d’une vie sexuelle autonome, bref elles ont apparemment vécu en femmes libres dans un monde égalitaire.

Du sexisme ordinaire qui se manifeste parfois dans l’espace public ou au travail, elles ont fait des incidents sans importance, des comportements à mettre sur le dos de l’indélicatesse de tel patron, de la goujaterie de tel importun dans la rue, de la misère sexuelle de tel délinquant, de la psychopathie de tel agresseur…

Coups de malchance ? Accidents de parcours ? Suite de mésaventures dont personne n’est vraiment responsable ? Jusqu’à quand ? Jusqu’au jour où autour d’un livre, d’une conférence, d’une discussion entre amies, certaines se sont rendu compte que beaucoup de femmes souffraient exactement des mêmes importunités, du même dénigrement, des mêmes bâtons dans les roues, et qu’il y avait peut-être quelque chose de systémique là-dessous.

Le but de ce blog et des prochains articles est donc de convaincre que, derrière la thèse improbable d’un destin malchanceux ou d’une incapacité générale des femmes à affronter la vie de la même manière que les hommes, à être élues, à être payées aussi bien, à connaitre la même progression de carrière, à être tranquille dans l’espace public, se cache un système bien plus structuré qu’on ne pense !

Bref, si vous pensez que vous êtes moins bien payée que Jacques parce que vous êtes trop nulle, que vous êtes sifflée dans la rue à cause de votre seul décolleté, et que votre copain aurait bien aimé faire le ménage si ce n’était la maniaquerie de vos hormones féminines qui le préviennent toujours, ce livre est fait pour vous !

Car pour voir l’histoire avec son plus grand H, le constat est plus global qu’on ne pense : des décennies après le droit d’éligibilité des femmes en France, on ne compte que 26,6% de femmes députées à l’Assemblée Nationale. Des décennies après la loi Roudy sur l’égalité professionnelle, les inégalités salariales s’élèvent toujours à 27. Et bien que la liberté sexuelle soit acquise, bien qu’on apprenne aux filles et aux garçons que le désir doit être mutuel et le plaisir partagé, nous comptons 75 000 femmes violées par an en France, pour ne parler que des femmes majeures.

Alors, pourquoi ? Pourquoi l’égalité n’est-elle aujourd’hui, comme vous le démontreront les données chiffrées de cet ouvrage, qu’une illusion décevante ? Pourquoi l’égalité des droits est-elle aussi bien gravée dans les lois que bafouée dans la réalité ? La bataille est-elle vraiment finie en France contre ce vieux monstre sanguinaire, le patriarcat, qui a pendant des siècles laissé dérouler ses racines dans toutes les sphères de la société au fur et à mesure que celle-ci évoluait et se constituait, corrompant les représentations, imprégnant l’idée qu’on se fait de la place de chacun dans les sphères publique et privée, en dépit des sérieux coups de hache que lui a assené le « Mouvement de Libération des Femmes » en permettant à celles-ci de disposer de leurs corps et de leur sexualité ?

Certes, il existe en France des femmes cadres, des femmes ouvrières, des femmes en situation de grande précarité ou de grande richesse, des femmes issues de l’immigration ou non, des lesbiennes et des hétérosexuelles. Mais quelle que soit leur situation, on peut dire que le fait d’être femmes les placera, de par leur sexe, du côté des discriminées dans l’une ou l’autre sphère quand celles-ci ne se cumulent pas. Toute femme, quelle qu’elle soit, ne peut vivre totalement à l’abri du joug des diverses mécanismes de la domination d’un sexe sur l’autre, à savoir que les principales caractéristiques de cette domination sont qu’elle est universelle, qu’elle existe depuis toujours et qu’elle concerne une majorité de la population.

Si les inégalités sont encore énormes, elles ne crèvent en général que les yeux qui veulent bien les sonder par affinité avec la cause féministe. Sinon, c’est la loi des œillères ! Une ombre tenace les plonge dans l’ignorance et l’indifférence des autres, trahissant non seulement une grande tolérance envers les inégalités de sexes, mais nous rappelant aussi à quel point ce grand moment de bouleversement de la société française est récent au regard de l’histoire ! Ce n’est réellement qu’à partir des années 70 qu’un grand arsenal de lois égalitaires fut petit à petit grappillé, comme l’illustre ce rapide historique :

En 1804, conformément au Code Napoléon, toute femme était considérée en France comme une mineure placée sous la tutelle de ses parents, puis de son époux. Une quarantaine d’années plus tard, seul le suffrage universel masculin est instauré, et il faudra attendre : 1938 pour que la loi reconnaisse aux femmes une capacité juridique restreinte ; 1944 pour qu’elles acquièrent le droit de vote et d’éligibilité ; 1946 pour que le préambule de la Constitution française pose le principe de l’égalité des droits entre hommes et femmes ; et 1965 pour qu’elles puissent ouvrir un compte en banque et travailler sans l’autorisation de leurs maris ! Eh oui, nous parlons bien d’une ère que les grands-mères de certains d’entre nous ont connue !

Il est d’ailleurs intéressant de noter que cette conquête a connue une grande accélération à partir du moment où les femmes sont devenues électrices, attendu que les politiques ne pouvaient plus se passer de leur suffrage et fermer l’oreille à leurs doléances.

1967 fut l’année où l’obtention du droit à la contraception, avec la loi Neuwirth, ouvrit le bal à une décennie à laquelle le mouvement féministe en fera voir bien d’autres ! Un an plus tard, Anne Zelensky, qui préside l’association « Féminin, masculin, avenir », organise une grande réunion à la Sorbonne occupée en mai 68. Deux ans plus tard encore, un premier meeting du futur "Mouvement de Libération des Femmes" a lieu à l’université de Vincennes. Là, les choses deviennent sérieuses, et l’année 1970 allait connaitre une incroyable flopée de conquêtes féministes et d’événements fameux !

Dans la seule année 1970, la mère devint l’égale du père en matière d’autorité parentale ; une dizaine de féministes s’en allèrent déposer une gerbe à la femme du soldat inconnu sous l’arc de triomphe en solidarité avec la grève des américaines qui célébraient le 50ème anniversaire de leur droit de vote ; un n° spécial de la revue « partisan » porta le nom de « Libération des femmes, année zéro » rassemblant un assortiment de témoignages anonymes et de textes féministes ; et un autre texte parut dans la revue « L’idiot international » nommé « Combat pour la libération de la femme », cosigné par Gille Wittig, Marcia Rothenburg, Margaret Stephenson et Monique Wittig, celle-là même qu’on avait vu porter sous l’arc de triomphe une banderole où on pouvait lire « un homme sur deux est une femme ».

Dans « Libération des femmes, année Zéro », on pouvait lire ces mots enthousiasmants : 

« Le phénomène n’est pas limité aux Etats-Unis. Partout en Europe occidentale, simultanément depuis plus de deux ans, en Angleterre, en Hollande, en Suède et au Danemark, en Allemagne, en France, maintenant en Italie, des groupes de femmes se sont spontanément formés pour réfléchir aux moyens de lutter contre leur oppression. »

Toute la décennie qui suivit fut aussi riche qu’exaltante ! Trois grands événements eurent encore lieu en 1971, où la loi rendit obligatoire l’égalité salariale pour un même travail, où Simone de Beauvoir rédigea le fameux manifeste des 343 femmes qui affirmaient avoir avorté, et où sortit le premier des six numéros du journal « le torchon brûle ».

En 1972, le procès de Bobigny, dont je vous raconterais l’histoire dans un prochain chapitre consacré au droit à l’avortement, réussit à faire de cette question un grand débat de société, entrainant la vague d’avortements militants et clandestins organisés par le MLAC dès l’année suivante, et le soutien de 331 médecins qui rendirent public un manifeste pour le droit à l’avortement. Cette grande agitation médiatique et militante aboutit en 1974 au vote de la loi Veil qui autorise l’Interruption Volontaire de Grossesse, sous certaines conditions toutefois.

Par ailleurs, la création d’un premier secrétariat d’état à la condition féminine aidera à remporter d’autres victoires, parmi lesquelles nous pouvons compter : la libéralisation du divorce et l’interdiction de toute discrimination sexuelle dans le monde du travail en 1975; la loi Roudy qui réaffirme le principe de l’égalité dans tout le champ professionnel en 1983; la condamnation du viol entre époux par Arrêt de la Cour de cassation en 1990; la répression par la loi du harcèlement sexuel au travail et des violences conjugales en 1992; ou encore la réforme de la Constitution qui favorisera l’égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et aux fonctions électives en 1999, complétée par la loi de 2000 sur la parité.

Si, comme vous le voyez, la conquête des lois égalitaires fut bravement menée par nos ainées lors des dernières décennies, notre mission consiste aujourd’hui à les faire appliquer, et ce n’est pas une mince affaire ! Le tableau que je viens de brosser a beau avoir des airs triomphants, il n’est pas représentatif de la bataille qu’a amorcé le MLF et que je nous invite à prolonger, attendu que chacun de ces succès dut rapidement affronter de nouvelles attaques. Même le droit à l’IVG, ce droit originel de l’émancipation des femmes, est aujourd’hui grandement menacé par les fermetures massives de centres d’IVG que provoque la restructuration de l’hôpital publique. Pour ce qui est de l’égalité professionnelle, pas moins de six lois ont été votées depuis 1972, année de l’inscription de l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes dans le code du travail, sans compter la ribambelle de décrets, de transpositions de directives européennes ou d’accord interprofessionnel… en vain ! Bref, les défis sont encore gigantesques et nous devons à nos ainées comme à nous-même de les relever aussi bravement qu’elles l’ont fait.

La militante que je suis est évidemment convaincue que la volonté politique a un rôle capital à jouer pour reconnaitre, rendre visible et donner des débouchés concrets à la lutte féministe, pourvu que les lois qu’elle produit soient bien pensées et correctement appliquées. Elle doit pour cela s’emparer de tous les trésors d’analyses sociologiques, ethnologiques, philosophiques ou universitaires qui ont été faites à ce sujet pour mener notre combat avec la hargne et la combativité que son enjeu mérite. Car bien qu’on doive grandement aux mobilisations des années 70 d’avoir gagné les droits que j’ai énumérés, ceux-ci ont aussi été gagnés grâce à la gauche qui leur a offert, dans les années 80, un débouché.

Ne le celons pas, les politiques n’ont pas toujours prêté attention à la question des inégalités de genre. En revanche, la crise a tellement labouré dans les flancs de ce fossé que les féministes seraient bien inspirés d’en profiter pour réorienter les projecteurs sur ces problématiques. C’est si vrai qu’à l’annonce de l’exorbitant écart qui existe entre les pensions des femmes et des hommes pendant le mouvement des retraites de 2010, à savoir 38%, la droite s’est sentie obligée de communiquer là-dessus en arguant que sa réforme allait faire reculer les inégalités, c’est-à-dire en mentant comme une arracheuse de dents !

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JOUETS SEXISTES : Bonne année avec la vidéo de Patric Jean !

… et pensez à acheter de vrais beaux cadeaux féministes aux enfants :-)


(Réalisation : Patric Jean)

Pas bien !

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DÉTERMINISME BIOLOGIQUE : Les hommes viennent de mars, les femmes de Vénus ?

Je vais aborder aujourd’hui une matière qui me semble impérieusement importante à analyser pour mener – à bien – notre lutte contre les rôles différenciés des femmes et des hommes dans les sociétés, surtout au vu des folklores qui lui sont attachés et qui servent de socle redoutable à la domination masculine. Il s’agit de ce que Catherine Vidal, neurobiologiste dont je vais exposer ici les travaux et les conclusions, appelle le « déterminisme biologique ».

Il m’apparait d’autant plus important de nous pencher sur ces sortes d’analyses que le patriarcat a tendance lui-même à invoquer la biologie pour asseoir son modèle politique et justifier la hiérarchisation des sexes par des raisons naturelles – en particulier hormonales – arguant que l’homme serait fatalement amené à développer des comportements d’agressivité, de domination ou de compétitivité, tandis que la femme, mère et surtout porteuse d’enfants serait par nature fragile, soumise et dépendante de sa protection.

A en croire les chantres de ces thèses, les féministes devraient s’aller plaindre à la dissemblance de nos circuits de neurones de ce qu’on trouve majoritairement des hommes dans les sphères de pouvoir – à savoir la politique, le patronat ou les amphithéâtres des sciences dures – quand les femmes seraient naturellement tentées par les sciences « molles » ^^

Ces thèses n’ont d’autres effets que d’apposer aux inégalités entre les femmes et les hommes un seing absolu, car vous pensez bien que si c’est Dame Nature elle-même qui est responsable de ce que les hommes occupent majoritairement des postes de pouvoir, cependant que les femmes font le choix "libre et non faussé" de rester à la maison pendant les congés parentaux, on aurait bien du mal à clamer notre prétention contre-nature à la parité ou à la mixité dans le monde du travail !

Certes, il y a de quoi être intimidé-e-s au premier abord par l’usuelle rengaine de nos contradicteurs qui se croient très forts de dire que « l’espèce humaine vient de l’évolution ! » ou « Voyez, quand on regarde les animaux, les mâles dominent les femelles ! », tout saugrenu que soit leur penchant à aller chercher dans le monde animal de quoi expliquer les comportements et les rapports entre les humains et les genres. En l’occurrence, il existe une infinie diversité de comportement entre les mâles et les femelles parmi les millions d’espèces animales qui cohabitent sur notre terre. Surtout, l’être humain a quelque chose d’un peu particulier : il a un cerveau unique en son genre !

Le cortex cérébral (qui recouvre l’ensemble du cerveau humain) s’est tellement développé au fil de l’évolution qu’il a dû se plisser pour tenir à l’intérieur de la boite crânienne. En dépliant la bête, on s’aperçoit que sa surface est de deux mètre carré sur 3 millimètres d’épaisseur : cette surface est spécifique à l’humain, c’est dix fois plus que chez le singe, et c’est grâce à ce cortex cérébral que nous sommes capables d’échapper à tous les programmes biologiques, qu’il s’agisse du programme génétique ou de la loi des hormones. Il n’y a donc, nous concernant, aucun instinct qui va s’exprimer à l’état brut, il n’y a ni instinct maternel, ni instinct féminin, ni instinct de domination… Toutes ces notions-là ne sont plus défendables car tout, chez elle comme chez lui, va être contrôlé par la culture. Non, l’être humain n’est pas un rat ou une souris de 70 ou 100 kg. L’être humain, comme le disait François Jacob, est certes génétiquement programmé, mais il est programmé pour apprendre !

Cela nous amène à nous poser des questions autrement plus opportunes, à savoir si on retrouve dans le cerveau l’opposition biologique que nous pouvons observer par ailleurs, s’il y a des compétences typiquement féminines et des compétences typiquement masculines, si les hommes viennent de mars et les femmes de Vénus, bref a-t-on des cerveaux différents ou pas ? Le cerveau a-t-il un sexe ?

La réponse est « Oui et non ». Oui, car le cerveau contrôle – entre autres – toutes les fonctions qui sont associées à la reproduction. Il existe donc chaque mois, dans le cerveau des femmes, des neurones qui vont s’activer de manière cyclique pour permettre l’ovulation… Une telle activation, vous l’imaginez bien, n’existe pas dans les cerveaux des hommes. Mais quand on s’adresse maintenant à ce qu’on appelle les fonctions cognitives, à savoir les capacités de mémoire, d’intention ou de raisonnement, c’est la diversité cérébrale qui règne, c’est-à-dire que les différences entre les cerveaux de plusieurs individus d’un même sexe vont être plus importantes que les différences qu’on peut observer entre les sexes.

Tous les cerveaux humains sont différents, qu’on soit femme ou qu’on soit homme, et vous auriez beau en servir un prototype sur un plateau à un neurologue en l’invitant à deviner son sexe, il serait absolument incapable de vous le dire. En un mot comme en cent, il n’existe aucune propriété qui soit du masculin ou du féminin dans l’anatomie du cerveau humain !

Cette notion ne concerne pas seulement les dessins des circonvolutions ou toute autre particularité physique, chacun-e a également des façons différentes de faire fonctionner son cerveau. Les nouvelles techniques d’IRM, l’imagerie cérébrale par résonance magnétique, nous ont permis de réaliser un rêve merveilleux, celui de voir le cerveau vivant en train de fonctionner sans avoir à ouvrir la boite crânienne, à le conserver dans le formol ou à aller tourmenter des malheureuses-x condamné-e-s à mort comme on le faisait autrefois. L’IRM fut en conséquence une véritable révolution méthodologique et conceptuelle qui a permis de remarquer une autre propriété exceptionnelle du cerveau humain, « la plasticité cérébrale ».

Cette propriété nous informe que rien, chez l’humain, n’est jamais figé dans son cerveau, et qu’il n’existe aucun programme génétique qui pré-câblerait certaines zones dès la conception ou à la naissance pour donner des propriétés dites du féminin ou du masculin. A la naissance il n’y a que 10% de nos 100 milliards de neurones qui sont connectés entre eux, et les 90% restants se connecteront plus tard en fonction des expériences de la vie ou des apprentissages. Par conséquent, nous avons tous des cerveaux différents, car nous avons tous des vécus et des expériences dans la vie qui sont différentes.

Maintenant, quand on ose prétendre que les hommes ont un cerveau faits pour les mathématiques car « ils se représentent mieux l’espace PUIIISQUE du temps de la vie des cavernes, les hommes partaient à la chasse DOONC il fallait bien qu’ils se repèrent dans l’espace, tandis que les femmes restaient dans la caverne, s’occupaient des enfants, entretenaient le feu ou s’exerçaient au langage ! »… toutes ces théories n’ont aucune base expérimentale et sont totalement spéculatives.

En revanche, suite à certaines études menées en 1995 sur les « tâches de langages », les journaux ont massivement titré que l’IRM avait permis de découvrir que les femmes activaient, pour parler, les deux hémisphères du cerveau, tandis que les hommes n’en activaient qu’un seul. C’était les débuts de l’IRM, et l’expérience avait été faite sur… 20 personnes, ce qui est, vous en conviendrez, un piètre échantillon. Depuis, des milliers d’autres personnes sont passées sous les feus des IRM et ont été soumis à divers tests de langage, et nous pouvons affirmer aujourd’hui qu’à la lueur des rayons magnétiques qui ont traversé ces milliers d’échantillons, statistiquement parlant, on peut dire qu’il n’existe pas de différence entre les femmes et les hommes dans la façon d’utiliser les ères cérébrales.

Bref, vous l’aurez compris, notre prochaine tâche militante sera maintenant d’expliquer à nos têtus contradicteurs qui peinent à imaginer une société égalitaire entre deux genres trop différents que toutes les vieilles théories qui datent d’il y a cinquante ans – ou même du siècle dernier – selon lesquelles les cerveaux seraient câblés différemment sont aujourd’hui bel et bien balayées par la mise en évidence de notre plasticité cérébrale !

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CULTURE : Les artistes et les muses auraient un sexe ?

Décidément, quand on aime participer à beaucoup de débats sur différentes thématiques, le lorgnon féministe est une panacée : absolument toutes les thématiques sont concernées par les inégalités entre les femmes et les hommes !

Beaucoup auraient tendance à penser que les milieux des arts et de la culture seraient immanquablement avant-gardistes, que les artistes ont par définition la passion d’interroger le monde et ses représentations, et qu’ils font craquer tous les jours sous les pas de leurs œuvres et de leurs réflexions les brisées du progressisme, ce qui n’est d’ailleurs pas toujours faux. Mais sur la question de la place et de la perception des femmes dans la société, il y a encore… comme un petit bout de chemin à faire !

Je veux vous donner ici quelques morceaux choisis du rapport qu’a produit le ministère de la culture en 2009 sur les inégalités entre les femmes et les hommes dans le monde de la culture :

Depuis 1997,

  • 100% des spectacles au théâtre de l’Odéon à Paris ont été mis en scène par des hommes.
  • 94 % des œuvres subventionnées que nous écoutons tous les jours sont produites par des hommes.
  • Il n’y a que trois directrices sur 42 de centres dramatiques nationaux…

Je m’arrête là, vous savez bien que dès qu’on se met à déballer les chiffres de la domination masculine, on pêche par longueur de notes !

Bien évidemment, cette domination s’explique entre autres par l’histoire. Pendant de longs siècles, les femmes n’ont été valorisées dans l’art qu’en tant que muses ou qu’objets de représentation, toute l’essence créative humaine coulant aux yeux de nos anciens entre l’âme, l’esprit et la main masculines. Les hommes avaient aussi le privilège de recevoir une éducation et une formation artistique qui leur permettaient de se projeter dans une carrière professionnelle pour vivre de leurs créations, tandis que les femmes étaient écartées voire même interdites de ces lieux d’apprentissage. L’École des Beaux-Arts n’a par exemple admis la présence des femmes dans ses rangs qu’à la fin du 19ème siècle !

Cependant, quelques artistes féminines ont réussi à faire carrière, mais leurs œuvres ont ou bien été condamnées à l’oubli comme celles d’Artemisia Gentileschi ou de Rosa Bonheur, ou bien on les avait traité de folles et interné comme Sylvia Plath ou Virginia Woolf.

Vous me direz, tout ça, ce sont des histoires qui datent d’un ancien monde patriarcal aujourd’hui révolu… et pourtant ! L’orchestre philharmonique de Vienne, mondialement connu, n’a permis de recruter des musiciennes qu’en 1997 ! Aussi, l’exposition Dyonysiac en 2005 au Centre Pompidou, qui prétendait présenter au monde de jeunes artistes prometteurs, ne comptait aucune œuvre de femme.

J’en profite pour parler un peu du cinéma, qui est mon autre passion. Il se trouve que j’ai fait l’École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle, et quand on me demandait de citer mes réalisateurs préférés, je me surprenais moi-même à ne citer que des hommes : Vittorio De Sica, Claude Sautet, Jean Cocteau, François Truffaut, John Cassavetes, Kenji Mizoguchi,  Orson Welles… ma cinéphilie était complètement structurée par des figures masculines.

… En même temps, est-ce bien ma faute, car – le saviez-vous ? – Ou plutôt l’aviez-vous remarqué ? Depuis sa création, une seule réalisatrice a remporté la palme d’or au festival de Cannes, Jane Campion pour La leçon de piano, et c’est aussi le cas du césar de la meilleure réalisatrice, décerné à Tony Marshall pour Venus beauté institut, et pour beaucoup d’autres prix et festivals. Depuis 66 ans, il n’y a eu que 9 présidentes de jury à Cannes !

Je vais aussi me mouiller et dire un mot sur les contenus quitte à "urtiquer" celles et ceux qui tiennent comme à la prunelle de notre République à la liberté d’expression, car je ne peux m’empêcher d’avoir l’amère impression que le cinéma est une éternelle projection du monde et des genres vu par l’homme. La femme que je suis a, de ce fait, bien du mal à se reconnaître dans les protagonistes féminines dont les comportement étranges et pas toujours rationnels (le premier qui plaisante aura illustré mon propos ;-) ) les réduisent à des figures – au mieux – de l’éternel féminin et d’obscurs objets du désir, au pire au bout de chair aphrodisiaque choisi pour poivrer les bandes annonces.

Ça, vous me direz, ce sont les films commerciaux qui usent de méchantes ficelles pour garantir un nombre d’entrées raisonnablement fructueux. Mais la cinéphile que je suis vous assure qu’on a également affaire à l’auteur qui projette innocemment ses fantasmes sur les personnages féminins qu’il a imaginé et qu’il déshabille à l’écran en pensant cultiver une démarche personnelle qui n’a rien d’un réflexe culturel. Sauf que fatalement, de l’autre côté de la chaîne de production, beaucoup de comédiennes sont "systématiquement" invitées à se déshabiller dans des castings pour des scènes auxquelles on se demande bien ce que leur nudité apporte, sinon à installer une norme esthétique conformiste selon laquelle la femme, au cinéma comme dans le tableau de Manet, ça se déshabille un point c’est tout.

Le pouvoir, comme vous le savez, a quelques territoires privilégiés dans notre monde. Il y a le pouvoir de l’argent, mais là on n’est pas sorties de l’auberge puisque, selon l’ONU, 99% des richesses et capitaux dans le monde sont entre les mains d’hommes. Il y a le pouvoir politique, et ce fameux 18,5% de députées à l’Assemblée Nationale française qui n’a pas fini d’outrager le mot "égalité" qui trône sur le fronton. Enfin, il reste celui des représentations et de la culture, qui n’est pas des moindres puisqu’il a le pouvoir de déconstruire ou de réinventer les normes, voire hélas de les perpétuer quand on ne se donne pas la peine de les constater.

de plus excitant pour vous que de relever des défis esthétiques et intellectuels, et puisque vous êtes nombreuses et nombreux à avoir la triste impression que tous ces défis ont déjà été relevés et explorés, j’ai bon espoir qu’on sera plusieurs à oser poser un regard subversif sur la question des genres, et à interroger cette forme de domination qui est souvent la plus négligée de toutes, peut-être parce que c’est la plus importante, la plus incrustée et la plus invisibilisée.

*Je vous renvoie au très beau livre de Linda Nochlin datant de 1970 « Femme, art et pouvoir ».

Rapport de Reine Prat sur les femmes dans le spectacle vivant

J’ai parlé plus haut des rapports qu’a produite Reine Prat en 2006 et en 2009 pour mettre en lumière les grandes inégalités qui persistaient entre les femmes et les hommes dans le monde de la culture. Voici quelques chiffres non exhaustifs :

Ce sont des hommes qui dirigent :

  • 92% des théâtres consacrés à la création dramatique
  • 89% des institutions musicales
  • 86% des établissements d’enseignement
  • 78% des établissements à vocation pluridisciplinaires
  •  71% des centres de ressources
  • 59% des centres chorégraphiques nationaux

Pour ce qui est des représentations :

  • 97% des musiques que nous entendons dans nos institutions ont été composées par des hommes
  • 94% des orchestres programmés sont dirigés par des hommes
  • 85% des textes que nous entendons quand nous allons au théâtre ont été écrits par des hommes
  • 78% des spectacles que nous voyons quand nous allons au théâtre ont été mis en scène par des hommes
  • 57% ont été chorégraphiés par un homme

Autre chiffre révélateur, les femmes pratiquent le plus souvent des activités artistiques en tant qu’amatrices et les hommes en tant que professionnels :

  • Les garçons représentent 38% des élèves de l’enseignement initial
  • mais 50% des étudiants des conservatoires nationaux supérieurs.
  • Les hommes constituent 49% du corps enseignant des Emma, Enm et Cnr
  • mais on en trouve 86% à la direction d’un de ces établissements
  • et 100% à la direction des quatre principaux établissements d’enseignement supérieur

Ce système différencialiste des fonctions des femmes et des hommes dans notre société est évidemment incompatible avec les exigences d’une société moderne, démocratique et surtout progressiste, puisqu’il contribue à reproduire et même à renforcer des stéréotypes de genre qui cantonnent inlassablement les femmes à des rôles subalternes dans notre société. Voici un petit tour des problématiques les plus souvent responsables de cet état de fait :

Candidatures :

Les candidates sont beaucoup moins nombreuses que les candidats :

  • Les femmes les plus talentueuses et les plus compétentes éprouvent souvent de sérieuses difficultés à se convaincre elles-mêmes de la légitimité de leur candidature pour accéder à des fonctions habituellement occupées par des hommes. Elles ont donc plus de difficultés à en convaincre les personnes qui se trouvent en situation de décision.
  • Il n’est pas rare qu’une femme soit nommée à la succession d’une autre femme. Comme si la première nomination féminine créait un précédent et ouvrait la voie.
  • Une action volontariste est donc nécessaire pour faire émerger des candidatures féminines et pour en assurer la légitimité : travail de conviction et d’accompagnement auquel les administrations sont peu habituées et pour lequel elles trouvent peu de disponibilité.
  • Si les femmes accèdent beaucoup plus rarement que les hommes à des postes de direction, elles en sont plus aisément évincées : une fois nommée, une femme devra incessamment apporter la preuve de ses capacités, la moindre erreur lui sera fatale. Il n’en est pas de même pour ses collègues masculins. Les exemples abondent de la différence de traitement réservé aux unes et aux autres dans ce type de situations, chacunE en a en tête.

Préjugés :

  • Une « forte personnalité », considérée comme une qualité chez un candidat, sera chez une candidate le signe d’un caractère dont on ne manquera pas de craindre qu’il soit source de conflits.
  • A l’inverse, on peut entendre insinuer à propos d’une candidate qu’elle pourrait « ne pas faire le poids », vis à vis des élus, des personnels, des syndicats.
  • Le charisme d’un candidat qui emporte la conviction sera perçu chez une candidate comme un art de la séduction dont on se méfiera.

Il est donc d’autant plus urgent de prendre conscience des stéréotypes de genre véhiculés dans les textes et l’iconographie pour éliminer définitivement les assignations faites à l’un et l’autre sexe d’avoir à incarner telle ou telle fonction (Ex : des filles pour les cours de danse, des garçons pour souffler dans les trombones, des hommes pour la direction d’orchestre etc.)

N’oublions pas non plus la question de la rédaction non sexiste. Le masculin, érigé en neutre, est constitué en norme qui stigmatise le féminin et convertit la moitié de l’humanité en minorité dans notre inconscient culturel. par ailleurs, la rédaction non sexiste des offres d’emploi doit faire l’objet d’une attention particulière pour qu’aucun sexe n’en soit exclu, conformément à la loi de 1983. Les textes législatifs, circulaires etc. sont également concernés, ainsi que tous les documents destinés au public.

Plafond de verre :

  • Des femmes dirigent 28% de l’ensemble des salles et festivals de musique actuelles, mais seulement 7% à la direction des salles labellisées
  • Elles représentent 44% des musicien-ne-s interprètes, mais 30% des musicien-ne-s d’orchestre permanents et seulement 20% des solistes.
  • Les femmes représentent 46% des équipes de direction de l’ensemble des institutions du spectacle vivant, mais moins de 20% d’entre elles sont à la direction des scènes nationales dont le recrutement se fait surtout dans ce vivier.

Histoire de toujours profiter de cette veille statistique dont je vous ai soumis aujourd’hui un aperçu, il serait bon qu’un tableau de bord des attribution de subventions – et autres – soient l’occasion d’établir des statistiques sexuées, et que les centres de ressources du spectacle vivant se mobilisent pour mesurer l’évolution des répartitions des femmes et des hommes aux postes de responsabilité des organismes de leurs secteurs, notamment à l’occasion de la mise à jour de leurs guides-annuaires. Les résultats de ces différents travaux de veille statistique sexuée doivent être publiés ! Enfin, il ne faut pas hésiter à favoriser la mixité dans les équipes de travail, c’est-à-dire recruter des femmes à la technique ou des hommes au secrétariat et aux relations publiques.



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MME MLLE : De la pureté des vrai-e-s féministes

Comme le savent celles et ceux qui consultent de temps en temps les "médias de masse" (rime avec Vade retro, satanas !), puisqu’il faut reconnaître qu’Osez Le Féminisme a plus de bonheur que d’autres associations pour y trouver une place résonnante, nous avons lancé depuis quelques jours une campagne appelée  "Mademoiselle, la case en trop" aux côtés des Chiennes de gardes pour réclamer – enfin – la suppression de la case "Mademoiselle" dans les formulaires administratifs et autres supports où l’on demande aux citoyen-ne-s quelle civilité utiliser. Je dis "enfin" car la France fait ici figure d’élève retardataire par rapport à bien d’autres pays où cette suppression a déjà eu lieu. Cependant, cette campagne est l’aboutissement militant d’une réflexion bien plus profonde et plus globale sur la place que tient "Mademoiselle" dans le quotidien des femmes, les raisons pour lesquelles elle s’agrippe encore à la langue française, et ce qu’elle peut révéler de notre société.

Je mets de côté les réflexions par trop intraitables de quelques personnes qui, comme d’habitude, ont voulu nous faire des leçons sur ce qu’était "le vrai féminisme". Je présume, au vu du nombre de camarades de gauche élargie qui m’ont expliqué qu’il fallait se concentrer sur des thèmes un peu plus sanguinolents, qu’on sera beaucoup plus nombreuses et nombreux aux prochaines manifestations contre les fermetures de centre IVG, de maternités, ou contre les inégalités salariales… #onpeutrever

Il est cependant vrai que beaucoup d’internautes se sont posé des questions sur la pertinence de notre mobilisation autour d’un (épi)phénomène qui a visiblement des conséquences moins dramatiques que les violences faites aux femmes ou que les inégalités sociales. Je tiens d’abord à dire aux hommes qui se les sont posé qu’ils ont, sans doute, un peu de mal à mesurer l’ampleur du caractère intrusif de cet usage dans notre vie. Peuvent-ils seulement nous dire combien de fois, dans le courant de la semaine précédente (par exemple) ont-ils été sommés, que ce soit dans la rue, face à un inconnu, à une commerçante ou à une administration, à signifier s’ils étaient mariés ou pas ?

Sans doute jamais, ou très peu de fois, car cette espèce d’inspection indiscrète qui plonge sa sonde dans un pan de notre vie privée, en l’occurrence  notre statut marital, n’intervient les concernant qu’à de très rares occasions. La question peut émerger autour d’un verre galant avec une femme ou un homme qui leur demande s’ils sont libres ; de la bouche – et encore – de quelqu’un qui leur fait passer un entretien d’embauche ; ou encore d’une nouvelle amitié qui s’aventure à poser des questions sur leur vie privée. Eh bien, qu’ils se le tiennent pour dit : en tant que femme, ça nous arrive tout le temps ! Que ce soit la commerçante du coin, le serveur dans un café, ou l’administrateur qui nous fait remplir le plus banal des papiers, on a toujours droit au "madame ou mademoiselle ?" qui nous incite donc à signifier si nous sommes mariées ou pas. Et à chaque fois qu’on répond "Madame" (surtout si on est assez jeune) on a aussitôt droit au "Ah oui, vous êtes mariée ?" et on pense très fort dans notre intérieur "mais enfin, je ne vous connais pas !!"

Il est vrai que bien d’autres attaques d’ordre social, qu’OLF combat d’ailleurs avec même hargne, frappent aujourd’hui les femmes dans leurs droits et dans leur quotidien, mais comment pouvons-nous affirmer devant tout le pays nos exigences en matière d’autonomie ou de droit à disposer de son propre corps, quand ce pays nous renvoie sans cesse, à travers ses documents officiels, à une distinction qui continue à séparer les femmes en deux catégories, celles qui ne sont pas (encore) mariées et celles qui le sont (déjà), et en les rendant encore et toujours dépendantes de leur rapport présumé à un homme ? C’est d’autant plus grave qu’on ne remarque même plus, et les fonctionnaires de notre République dite égalitaire les premiers, l’asymétrie entre l’unique case qui concerne les hommes, et la double case qui concerne les femmes et surtout leur rapport ou pas à un homme.

Pourtant, les féministes et les sociologues ne cessent d’analyser l’effet des jouets, des livres pour enfants, de tout ce qui accompagne leur éducation ou de ce qui construit l’image qu’elles et qu’ils ont d’elles et d’eux-mêmes, entre autre en tant que fille ou que garçon. N’est-ce pas bien naïf de croire que ça n’a nulle influence sur leur vision de leur sexe et de la trajectoire de leur vie, quand on appelle les petits garçons Monsieur dès leur plus jeune âge, sans leur présenter à l’horizon une espèce de palier qu’il leur faudra franchir pour accéder à une nouvelle étape de leur vie à travers le changement d’appellation, tandis qu’on appelle les petites filles « mademoiselle » et qu’elles comprennent assez tôt, en voyant leurs mamans, leurs tantes, bref les adultes féminines qui les entourent se faire appeler différemment, que pour mériter la case Madame, il fallait passer par le mariage ? Ce dernier devient par conséquent à leurs yeux un passage obligé de leur trajectoire de vie et de leur projection dans l’avenir, et les hommes se posent beaucoup moins la question de l’accomplissement de leur vie d’homme à travers l’étape du mariage.

C’est bien connu, les combats qui semblent les plus petits à mener sont souvent les plus difficiles à défendre, et en particulier quand ils touchent les droits des femmes, ces dernières étant toujours intimées de justifier l’importance et l’opportunité de leurs combats. L’histoire de la remise en cause de la légitimité de nos luttes est aussi vieille que l’histoire de ces luttes elles-mêmes. Quand on a eu le droit de vote, ils se sont écrié "Ah c’est bon, maintenant elles ont l’égalité, elles vont arrêter de nous embêter !" ; quand on a eu obtenu le droit à la contraception et à l’avortement, ils se sont encore écrié "C’est bon, elles n’ont plus à hurler maintenant, elles ont l’égalité", pareil pour les droits touchants à l’autonomie professionnelle etc. Il n’empêche que des décennies plus tard, les femmes ne constituent toujours que 18,5% des député-e-s à l’Assemblée Nationale, sont un certain nombre à devoir avorter à l’étranger suite aux fermeturesdes centres d’IVG en France, et gagnent 27% de salaire en moins que leurs congénères. Mais on n’accorde toujours pas de crédibilité à la persistance de leurs gémissements.

Personne n’oserait contredire que, sur les papiers administratifs et même dans la vie, "Mademoiselle" est un mot tout simplement discriminatoire. La distinction ne concerne que les femmes, elle touche à un détail de leur vie privée à laquelle elles sont sans cesse renvoyées, tandis que les hommes sont appelés Monsieur toute leur vie, quels que soient leur âge, leur vie privée, leur statut marital ou leur paternité, et personne ne conteste non plus que "damoiseau" soit dès longtemps engouffré dans une irrévocable désuétude ni ne réclame sa réhabilitation. Enfin, à celles qu’on a convaincu que le terme était flatteur, rappelons que "Oiselle" est définie dans le dictionnaire comme voulant dire "oiseau femelle" ou "jeune fille niaise".

Il y a des combats plus urgents à mener aujourd’hui ? Chiche, et Osez Le Féminisme sera là pour le faire, comme elle a été là pendant les ribambelles de 8 mars, de 1er mai, de manifestations pour le droit à l’avortement ou pour sauver les maternités, nous l’avons encore montré il y a quelques jours en battant le pavé pour défendre la Maternité des Lilas. Raison de plus pour que ce gouvernement ne nous fasse pas perdre trop de temps avec cette histoire de cases désuètes. Finissons-en, abolissons-la comme nos voisin-e-s allemand-e-s, anglai-e-s ou canadien-ne-s etc. et qu’on n’en parle plus !

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PATRIARCAT : C’est quoi ça d’abord ?

Patriarcat par-ci, patriarcat par-là, nulle personne de bonne volonté féministe ne rechigne à rejoindre le front de ses pourfendeur/ses. Mais encore faut-il, dans un blog qui se réclame du féminisme d’éduc’ pop, dire deux mots sur ce qu’est exactement que ce vieux monstre sanguinaire. Date-il de longtemps ? Sont-ce les poète-sse-s des religions monothéistes qui l’ont imaginé ? Est-il toujours vivant, bien portant ou en agonie ? Quelque chose justifie-t-elle son succès ? Combien de ses tentacules remuent-elles encore ? Qui a eu l’idée de créer ce modèle social en premier, et pourquoi ? Bref, pour remédier au problème: FOR-MU-LONS-LE. Je vais ici me baser sur les travaux et analyses de Françoise Héritier, Anthropologue et ethnologue française.

Partons, pour commencer notre fustigation, des deux groupes concernés par son concept, les femmes les hommes. Il y a, on l’aura tou-te-s remarqué, une différence biologique entre les femmes et les hommes, et l’idée est de savoir pourquoi, à partir de cette différence biologique, a-t-on construit deux groupes sociaux hiérarchisés, les hommes dominant les femmes, et comment s’est construite la domination masculine,  le patriarcat. C’est déjà une belle chose de prendre la peine de se poser ces fameuses questions de "comment" et de "pourquoi", car généralement on se contente de constater les dégâts, c’est-à-dire les morts féminines, les viols, les coups et les blessures, et d’y remédier sans remonter forcément jusqu’à la racine du mal (je m’abstiens ici de tout jeu de mot rebattu).

Le discours machiste justifie souvent la réalité de la domination masculine en la transposant sur le plan d’une essence: les petits garçons seraient naturellement conquérants, audacieux, entreprenants, et les petites filles naturellement humbles, timides et renfrognées. Il y a d’ailleurs en psychologie une expérience bien connue qui consiste à montrer à deux groupes de personnes différents le même court-métrage montrant un bébé qui pleure, et selon le sexe imputé à l’enfant (on dit au premier groupe que c’est une petite fille et au second que c’est un petit garçon), les spectatrices et spectateurs disent de la petite fille présumée qu’elle a peur, et du petit garçon présumé qu’il est en colère.

La première remarque à faire à propos du patriarcat est qu’il s’agit d’un universel. Il n’y a pas de société au monde, soit historique soit ethnologique et actuelle, qui ait été une société de pouvoir féminin, et il n’y a même pas eu de société d’égalité entre les sexes. Il y a certaines sociétés où l’on voit des femmes âgées, c’est-à-dire ménopausées (bref ayant perdu toute possibilité d‘accéder à la reproduction) avoir un statut quasi masculin, mais ça concerne seulement certaines femmes. Étant marocaine, je reconnais dans cette thèse le portrait de ma grand-mère veuve, devenue cheftaine de la grande famille et dotée, si l’on en croit les grands respects qu’on porte à sa figure, d’une admirable sagesse. Or des sociétés de pouvoir féminin – contrairement aux histoires de sociétés matriarcales dont on nous rabâche les oreilles et qu’on ne cite jamais, et pour cause – ça n’existe pas. Pourquoi ?

Aux aubes de l’humanité, au paléolithique inférieur, c’est-à-dire il y a plus de 500 000 ans, et peut-être même à des humanités antérieures du Neandertal (bref il y a vraiment très très longtemps !), il a fallut que cet être humain qui se met à penser, à parler, à être debout, à agir, à agir sur les choses, se mette également à donner du sens à son existence à partir de ce que ses sens observent, puisqu’il n’a que cela pour discerner le monde, cela et bien évidemment un cerveau particulièrement bien foutu qui est le même que celui qu’il a maintenant, bien qu’il se soit développé depuis, mais qui fonctionne déjà avec des usages cognitifs qui sont toujours les nôtres aujourd’hui. Milles excuses, cette phrase était longue et alambiquée ^^. Et pour comprendre le monde, il doit répondre à des questions d’une simplicité enfantine, dont une qui le taraude particulièrement: pourquoi y a-t-il deux sexes dans la nature, chez l’être humain mais aussi dans le monde animal puisqu’il est assez futé pour remarquer qu’il y a bien des girafes mâles et des girafes femelles, mais pas assez perspicace pour faire le même constat à propos du monde végétal.

Mais surtout, la grosse et l’incroyable question qui le taraude autant qu’elle ne torture la susceptibilité masculine, est de savoir pourquoi des deux sexes, un seul a la capacité de se reproduire "à l’identique", de faire des filles donc, mais aussi de générer un sexe différent de sa propre forme corporelle ? Comment se peut-il donc-t-il donc que les femmes soient assez douées pour trouver dans leur composition de quoi fabriquer des bébés portant le pénis qu’ils ont eux-même entre les jambes, et pourquoi lui, l’homme, ne peut RIEN faire ? En clair, le malheureux cherche à répondre à une question qui peut sembler drôle, mais qui est vraiment cruciale et que beaucoup de mythes se posent: Si les femmes ont la capacité de faire les enfants des deux sexes toutes seules, "à quoi servent les hommes" ?!

Mais comme il remarque également un autre point - essentiel et constant – c’est qu’il faut des rapports sexuels pour qu’il y ait procréation, ou plutôt grossesse, la réponse fatale qu’ont donné toutes ces micro-sociétés, et qui s’est retransmise génération après génération, c’est que si les femmes font les enfants des deux sexes, ce n’est pas qu’elles aient un petit moteur magique qui leur permet d’accomplir le prodige, mais que ce sont les hommes qui avec leur fameux phallus mettent les enfants dans les femmes. Voilà tout le secret de ce funeste retournement de situation, thèse à proprement dit phallocrate qui débrouillera aux yeux de toutes les premières sociétés humaines le mystère de la procréation. Nous la retrouvons plus tard avec quelques variantes, le discours et la pensée d’Aristote en étant la version la plus crûe, et elle sera aussi joyeusement relayée par les religions qui n’ont pas inventé la chose mais y ont imprimé la trace du péché.

Conclusion épouvantable de cette façon de démêler le fonctionnement, et donc les fonctions des deux sexes dans la société, les femmes ne sont désormais considérées que comme un réceptacle de la matière, une sorte de marmite qui ne sert qu’à cuire l’enfant que l’homme a mis en elle. S’ensuivent deux conséquences énormes à la fois sur le plan social et sur le plan cognitif:

Sur le plan social, les femmes sont tout bonnement devenues une ressource, pour parler dans les termes de notre époque. Pour que ces messieurs puissent avoir des fils, il fallait qu’ils aient dans leur patrimoine une femme histoire de planter dedans et de faire pousser leurs semblables, tâche qu’eux-même ne sont pas fichus d’accomplir tous seuls, ô injustice considérable à laquelle ils sont si sensibles depuis le début de l’humanité. Si les femmes sont devenues une ressource, il faut donc se les approprier, et le type d’échange qui est sensé construire la fameuse société – que les Zemmour et con-sort craignent que le féminisme n’ébranle – est un échange de femmes que les hommes font entre eux et qu’ils se répartissent comme une capacité féconde –> un homme donnera sa sœur à un autre homme qui lui donnera sa sœur en échange, et les enfants appartiendront ainsi au père, même si on peut citer l’exemple de quelques sociétés de filiation matrilinéaire où les enfants appartiennent à l’oncle maternel.

Il n’empêche que dans toutes ces sociétés, qu’elles soient patriarcales ou matrilinéaires, les enfants sont considéré-e-s comme étant les produits des hommes, placé-e-s par leurs soins dans les corps des femmes, et pour que le système roule il est préférable d’assigner les malheureuses à résidence afin qu’elles restent cantonnées à leur seule et unique tâche. Pour cela, la société patriarcale va avoir recours à quatre grands moyens qui, tous les quatre, sont monstrueusement efficaces.

1) Le premier, c’est l’interdiction faite aux femmes de disposer de leurs propres corps, et c’est d’ailleurs toujours vrai dans la majeure partie du monde. Les femmes sont "données" en mariage, elles ne peuvent souvent pas voir un médecin sans l’autorisation de leurs maris, ne disposent pas du choix du nombre d’enfants qu’elles auront et de la temporalité pour les avoir, bref elles sont encore cette éternelle ressource que les hommes s’approprient pour produire d’autres hommes.

2) Le deuxième gros moyen, c’est l’impossibilité qu’elles ont d’accéder à l’enseignement et à la culture. Pour paraphraser Chrysale, le personnage de Molière dans "les femmes savantes", ou Léo ferré pour prendre un exemple plus récent, on préfère avoir une femme qui fait de bons potages qu’une intellectuelle effrontée. L’homme a bien deviné que la culture, à partir du moment où l’écriture arrive, est cette lumière libératrice qui émancipe, qui donne l’esprit critique, et a surtout compris qu’il était hors de question que les femmes puissent s’imbiber le cerveau de ses rayons. Là encore, c’est toujours vrai dans la majeure partie du monde où l’école est réservée, du moins en priorité, aux petits garçons.

3) Troisièmement, il ne faut pas qu’elles aient accès au pouvoir. L’universel de cette maxime est si fort qu’il a enveloppé de son ombre les Lumières de la grande révolution de 1789 qui n’a pas daigné faire des femmes des citoyennes. Il faudra attendre 1944 pour que les femmes aient droit d’éligibilité et de vote en France, et à y regarder de plus près, relevons qu’il n’y a jamais eu de femme présidente de la République Française, et qu’il suffit de compter le piètre nombre de celles qui siègent à l’assemblée nationale pour tâter le pouls de ce permanent état de fait.

4) Enfin, pour maintenir tout ce petit système en place, il faut un dernier ingrédient et pas des moindres, "le dénigrement"… ne jamais oublier le mépris et le dénigrement, condition essentielle pour maintenir les hommes dans leur complexe de supériorité et les femmes dans leur complexe d’infériorité. La chose est facile à vérifier, je vous engage à taper une fois sur google « femmes + citations » et vous pourrez constater à quel point et avec quelle violence et quelle raillerie tous les auteurs, intellectuels, artistes, théologiens, politiciens, bref toute l’élite s’est un jour essuyé les pieds sur les femmes pour bien se faire voir de ses contemporain-e-s. Si vous n’avez pas internet, parlez Féminisme à votre voisin et admirez le mi-sourire goguenard qui viendra plier un coin de sa bouche. Ce mépris, ce dénigrement, ce sentiment de puissance n’entend affirmer qu’une chose: les hommes doivent toujours posséder, rester virils et dominants, être les maitres du monde pour que le monde roule à l’endroit car ce serait évidemment une catastrophe et une calamité s’il venait à tomber entre les mains tremblantes de la médiocrité féminine, sont seuls maitres des idées, maitres de la technique, maitres des corps des femmes, maitres du système de production et maitres de l’enfantement.

Je veux, pour finir ce chapitre, citer une petite histoire très ancienne qui ne cesse de se décliner en mille histoires, milles histoires qu’on entend sans cesse dès lors qu’on voyage, qu’on lit, qu’on observe, qu’on questionne nos contemporain-e-s de partout. Surtout, c’est une petite histoire que nous ne cessons de reproduire car il faut bien se convaincre que c’est nous qui la fabriquons encore, génération après génération, cette domination masculine. Personnellement, je crois au changement et à l’inventivité des êtres humains qui a déjà réalisée de si grandes choses comme le savent bien les progressistes, alors je le dis avec l’optimisme le plus matérialiste qui soit, ce que nous avons créé par l’esprit, nous pouvons le détruire par l’esprit !

Voilà ma petite histoire déclinée en deux petites histoires. Je commence par la première. Au Burkina Faso, on remarque que les femmes ont deux façons de se comporter quand elles ont dans le dos un bébé qui pleure. De temps en temps, on les voit prendre le petit braillard pour lui donner le sein, et puis d’autres fois elles continuent avec une glaciale indifférence ce qu’elles sont entrain de faire, parfois même l’enfant les agace de ses cris piteux et elles le refilent à une fillette qui passait par là. Sans doute aurez-vous d’abord le réflexe de mettre ces deux comportements sur le compte du travail de la mère, de son humeur du moment, de toutes sortes de raisons aléatoires, jusqu’au jour où vous vous rendrez compte que c’est aux petits garçons qu’elles donnent le sein tout-de-suite dès qu’ils pleurent, et que c’est les petites filles qu’elles font attendre. Demandez leur pourquoi, leur réponse vous paraitra tellement exemplaire de la grande histoire que nous nous racontons depuis tout-à-l’heure. Elles vous donneront une raison biologique pour les hommes, sociologique pour les filles, narrée en ces termes:

"Les garçons ont par nature le corps rouge, c’est-à-dire qu’ils sont violents, et si on ne leur donne pas le sein dès qu’ils le réclament, les malheureux vont immédiatement piquer une grosse colère qui risque de leur être fatale et de se retourner contre leurs petits corps. Donc si nous ne voulons pas qu’ils meurent en s’étouffant d’un mâle et brutal énervement, il faut les satisfaire tout-de-suite ! (là encore, la marocaine que je suis acquiesce en reconnaissant l’argument que m’opposaient mes grands-parents chaque fois que je me disputais avec mes cousins et qu’il fallait que je leur cède) – Et les petites filles ? – Oh les femmes, vous savez, elles devront attendre toute leur vie. Mieux vaut leur apprendre la patience tout-de-suite afin qu’elles sachent au plus tôt qu’elles n’auront pas toujours tout ce qu’elles veulent." Ainsi, les mamans du Burkina Faso créent systématiquement, et ce dès la naissance, deux races d’individus comme on dit en sociologie, ceux à qui on donne la satisfaction immédiate de tous leurs besoins, et celles à qui on apprend l’attente et la frustration.

Et la satisfaction immédiate de tous les besoins, il faut bien comprendre que ça ne se résume pas au sein maternel. Ce mode d’éducation provoque ensuite l’exigence des hommes à satisfaire immédiatement l’envie de puissance, mais aussi les besoins sexuels. La prostitution, c’est-à-dire l’accès libre aux femmes et à tous les corps, sans délai, sans barrière, sans résistance, est une revendication qui tient à ce sentiment de puissance, de la puissance du désir et de la pulsion qui est celle de l’enfant mâle à qui on apprend qu’il est légitime de la satisfaire immédiatement.

Cette histoire me parait exemplaire bien qu’elle soit typique d’une société africaine particulière, mais on peut en citer beaucoup d’autres du même ordre pour convaincre nos contemporain-e-s que c’est bien NOUS qui continuons à reproduire ce modèle. Je vous raconte maintenant la deuxième histoire qui nous concerne de plus près: quand un-e enfant de nos jours, en France ou n’importe où en Europe, demande à ses parents, à son institutrice ou à son instituteur comment fait-on les enfants, on lui répond : "papa mets une petite graine dans le ventre de maman". C’est-à-dire qu’on répète encore et toujours le discours d’Aristote qui prétend que les femmes ne sont que matière, que terre et que réceptacle, et que seule la graine qui patauge dans le sperme contient l’enfant. Ces simples mots ont une importance dont vous n’avez pas idée de la désastreuse portée, et c’est fondamental de bien le comprendre pour concevoir la permanence de la domination masculine, celle qui dans ses formes les plus anciennes n’a que rarement été une domination violente. Rien ne s’est fait à coup de bâtons dans la fondation de cet empire, il s’est passé de guerre conquérante et s’est constitué par l’esprit et par l’éducation implicite qu’il donne à ses enfants. La seule guerre qu’il aie connue, c’est celle que les machistes appelle la guerre des sexes et qui est plutôt un combat de libération, comme le nomme le Mouvement de Libération des Femmes.

Pour clore mon article, s’il y a une affirmation que je veux faire de façon certes un peu brutale mais qui permettra de préciser ma pensée, c’est que je suis profondément convaincue qu’il n’y a réellement qu’un seul, un grand enjeu politique aujourd’hui, c’est celui du rapport des sexes et de la façon dont il convient à une société de le régler, de l’organiser dans l’avenir, et de régler par là même beaucoup d’autres problèmes de société qui trouvent dans celui-ci son modèle originel, du moins quand on aura pris la peine intellectuelle d’en déconstruire les mécanismes. Rappelons toujours que cette oppression barbare, que cet esclavagisme social concerne plus de la moitié de l’humanité, même si j’ai toujours l’impression désagréable, chaque fois que je sors cette formule, que beaucoup d’oreilles entendent malgré elles « l’autre moitié de l’humanité, la deuxième moitié ».

Nous avons déjà fait d’immenses progrès, notamment grâce au droit à la contraception et à l’avortement qui est à mes yeux le premier de tous les droits, le premier de tous les combats pour l’égalité entre les femmes et les hommes, celui qui a permis aux quelques femmes qui en bénéficient de se réapproprier un corps si longtemps confisqué, de recouvrer l’estime de leur propre sexualité, et enfin de découvrir le goût de l’autonomie. J’en profite au passage pour pointer du doigt quelques chose qui me semble avant tout révélateur: ce terrain-là est le seul où je rencontre encore bon nombre de progressistes, et par ailleurs de camarades, qui trébuchent, contestent les vérités, revoient à la baisse les prétentions, ou expriment des idées qui ne leur semblent pas à priori racistes, tout violent que soit le sexisme de leurs répliques, tous dénigrants que soient leurs sourires quand on leur parle des droits des femmes.

Ce réflexe dont personne n’est responsable, puisqu’il tient du fameux mépris, du fameux dénigrement dont on a armé leurs esprits pendant des siècles afin de maintenir les femmes dans leur complexe d’infériorité, nous rappelle que la première grande inégalité a été d’abord construite par un système cognitif qui oppose des catégories, le haut, le bas, l’actif, le passif, le puissant, l’impuissant, le sérieux, le frivole, le logique, l’irrationnel etc. en les connotant comme masculines ou féminines, positives ou négatives, et c’est naturellement ce qui est masculin qui est positif.

Donc, ce sont bien des « idéologies » qui sont partagées et que nous pouvons détruire par un travail acharné d’éducation, d’abord sur nous-mêmes, ensuite sur celles et ceux qui éduquent nos enfants, et enfin sur les politiques pour leur faire comprendre que ce problème là, cette inégalité là, ce modèle d’inégalité là est à la source de toutes les autres formes d’inégalités. Le racisme n’existerait pas s’il n’avait pas eu déjà, pour lui permettre de placer et de vendre intellectuellement son mécanisme, ce modèle de procédé discriminatoire et hiérarchisant qui est le modèle de toutes les autres  formes de domination des uns sur les autres. C’est pour cela que c’est le problème politique majeur et central, et c’est pour cela qu’il est si regrettable qu’on considère encore les violences faites aux femmes, les morts féminines victimes des violences conjugales ou les viols, comme de simples accidents du domestique, de la pulsion, du sexuel, du psychologique, de tout ce qu’on voudra, mais pas pour ce que c’est !

Bref, il suffit, j’espère que vous en conviendrez, de contempler les sociétés qui nous entourent et celle dans laquelle on vit, pour se forcer à être d’autant plus vigilent-e-s – au lieu de pleurer notre impuissance sur le sort de la femme qui meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son compagnon en France – aux ravages que nous pouvons commettre en reproduisant les stéréotypes de genre.

Une seule solution: En appeler à l’éducation à l’égalité et à une vigilance de tous les instants contre le sexisme !


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PARITÉ : Plus besoin d’écrire élu-e-s en 2014 ??

Puisqu’on parle depuis quelques jours (seulement !!) d’élections cantonales et de suffrage universel – et tant qu’à faire, je vous invite à lire mon article sur le FN et le féminisme !! – j’édite rapidement cette note pour dénoncer la réforme des collectivités territoriales que notre gouvernement prévoit de mettre en œuvre en 2014.

Le nouveau mode de désignation des conseillers territoriaux, qui vont remplacer les conseillers régionaux et les conseillers généraux, est un retour en arrière énorme ! Au lieu d’avoir un scrutin de "listes" qui peuvent comporter autant de femmes que d’hommes, la réforme prévoit d’organiser des élections à un seul tour et par circonscription. En gros, on va encore une fois se retrouver, comme à l’assemblée nationale, avec plus de 80% d’hommes !

Comme vous l’avez peut-être remarqué, là où la parité est simple à appliquer, c’est-à-dire où nous avons des scrutins de liste, le principe fonctionne remarquablement bien : C’est le cas des régionales, des européennes ou des municipales. En revanche, là où le mode de désignation fonctionne par scrutin uninominal, comme c’est le cas des législatives, la parité ne fonctionne pas. Des calculs très sérieux ont été faits à ce sujet, considérant que si cette réforme était appliquée, les femmes seraient carrément évincées des territoires !

C’est vraisemblablement le recul historique le plus grave jamais enregistré au niveau de la remise en cause du principe de parité ! On peut dire qu’on va sans doute revenir à l’état caricatural de la présence des femmes sur la scène politique d’avant les lois sur la parité et la réforme constitutionnelle de 1999.

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