Au loin de la ville, sur le sable,
Roulant sur l’ombre de mes pneus,
J’ai une joie insaisissable
Et un chagrin vertigineux.
Dans mon coffre, tâche rouge
Sur une chemise d’été,
Je sens – dernier détail qui bouge -
De ta plaie le sang éructer.
Au loin de la ville, en plein jour,
Une heure après t’avoir tué,
Je fume la cigarette d’amour
D’effort physique effectué.
Toute la tension évacuée
Se resserre sur le chagrin
Pour m’empêcher de me huer
D’avoir mis ce coup dans tes reins,
D’avoir exagéré un brin.
Sur la terre où je vais cacher
Ton corps qui finit de blêmir,
Quand le soleil va se coucher
Enterrant même ton souvenir,
Serai-je malheureuse ou déçue ?
Je ne sais pas si quelques fleurs
Oseront pousser là-dessus
Pour boire un peu de tes couleurs,
Pour ressusciter tes couleurs.
Sur la terre où j’ai bien pleuré,
Je n’ai pas priée, mon amour.
Je ne voudrai pas me leurrer
Et prononcer de faux discours.
A Dieu je ne rends pas ton âme,
Je te l’ai prise et je la garde.
Dans les miroirs, reflet infâme,
Depuis, c’est elle que je regarde,
Depuis c’est elle qui me regarde.
Au loin de la ville, sur le sable,
Roulant sur l’ombre de mes pneus,
J’ai un chagrin insaisissable
Et un bonheur vertigineux.
Dans mon coffre, tâche rouge
Car seule la tâche est restée,
Il n’y a plus rien, cette fois, qui bouge
Car le vent l’a déjà figé.
Pourtant jusqu’à l’éternité
J’entendrai son bruit dégorger.
Au loin de la ville, sur le sable,
Roulant sur l’ombre de mes pneus,
J’ai un chagrin insaisissable
Et j’ai un bonheur vénéneux.






















